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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200937

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200937

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200937
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationMagistrat PATER
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 février 2022 et 14 septembre 2023, la SAS Ginesta Energies représentée par C'M'S' Francis Lefebvre Avocats, doit être regardée comme demandant au tribunal de :

- surseoir à statuer dans l'attente de la décision du conseil d'Etat sur le recours formé à l'encontre du jugement n° 2001468 du tribunal administratif de Montpellier du 13 décembre 2021 ;

- prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés non bâties, de taxe spéciale d'équipement, de taxe d'enlèvement des ordures ménagères et de taxe pour la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021 ;

- mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la régularité de la procédure : la procédure d'évaluation suivie par l'administration est entachée d'irrégularité puisque la commission communale des impôts directs n'a pas été consultée lors du changement de catégorie d'évaluation opéré en 2018 ;

Sur le bienfondé : l'administration n'est pas fondée à classer les parcelles dans la catégorie " terrain à bâtir ", la condition subjective tenant à la volonté du propriétaire de faire supporter sur son terrain une " construction " n'est pas remplie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Ginesta Energies ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, désigné Mme Pater Brigitte, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, magistrate désignée ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte authentique de 26 novembre 2015, complété par avenant du 29 septembre 2017, la SAS Ginesta Energies a conclu un bail emphytéotique sur des parcelles de terres agricoles constituant un ensemble foncier d'environ 18 hectares, situées au lieu-dit " La garenne au-delà de la Cesse ", sur le territoire de la commune de Ginestas (Aude). Elle avait préalablement obtenu un permis de construire un parc photovoltaïque sur ces parcelles. Ces dernières, initialement classées dans la première catégorie (terres agricoles) visée à l'article 18 de l'instruction du 31 décembre 1908 relative à l'évaluation des propriétés non bâties, ont été reclassées par l'administration fiscales dans la dixième catégorie comprenant notamment les " terrains à bâtir ". Les avis d'imposition de taxe foncière des années 1918 et 1919 émises au nom de l'emphytéote, la société Ginesta Energies, ont tenu compte de ce reclassement. Ce reclassement a été contesté par la société dans le cadre d'une instance n° 2001468 ayant donné lieu à un jugement de rejet du tribunal de céant du 13 décembre 2021. Un pourvoi en cassation est pendant devant le conseil d'Etat. L'administration ayant persisté à retenir ce reclassement dans le cadre des taxes foncières émises au titre des années 2020 et 2021, la SAS Ginesta Energies doit être regardée, dans la présente instance, comme demandant au tribunal la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés non bâties, de taxe spéciale d'équipement, de taxe d'enlèvement des ordures ménagères et de taxe pour la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021.

Sur les conclusions en réduction :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article 1396 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. - La taxe foncière sur les propriétés non bâties est établie d'après la valeur locative cadastrale de ces propriétés déterminée conformément aux règles définies aux articles 1509 à 1518 A et sous déduction de 20 % de son montant. ". Aux termes de l'article 1509 du même code : " La valeur locative des propriétés non bâties établie en raison du revenu de ces propriétés résulte des tarifs fixés par nature de culture et de propriété, conformément aux règles tracées par l'instruction ministérielle du 31 décembre 1908. ". Aux termes de l'article 18 de ladite instruction ministérielle : " En vue de simplifier la formation du tarif provisoire et les autres opérations de l'évaluation, les natures de culture ou de propriété sont rangées, suivant leur analogie, en treize grandes catégories :1° Terres : 2° Prés et prairies naturels ; herbages et pâturages ; 3° Vergers et cultures fruitières d'arbres et arbustes, etc. ; 4° Vignes ; 5° Bois, aulnaies, saussaies, oseraies, etc. ; 6° Landes, pâtis, bruyères, marais, terres vaines et vagues, etc ; 7° Carrières, ardoisières, sablières, tourbières, etc. ; 8° Lacs. Étangs, mares. Abreuvoirs, fontaines, etc, canaux non navigables et dépendances : salins, salines et marais salants : 9° Jardins autres que les jardins d'agrément et terrains affectés à la culture maraîchère, florale et d'ornementation ; pépinières, etc ; 10° Chantiers, lieux de dépôt terrains à bâtir, rues privées, etc ; 11° Terrains d'agrément parcs, jardins, pièces d'eau, etc ; 12° Chemins de fer, canaux de navigation et dépendances ; 13° Sols des propriétés bâties et des bâtiments ruraux cours et dépendances, etc ". Aux termes de l'article 1517 du code général des impôts : " - 1. Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498 et des éléments de nature à modifier la méthode de détermination de la valeur locative en application des articles 1499-00 A ou 1500. Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement. II. - 1. Les valeurs locatives résultant des changements mentionnés au I du présent article sont appréciées (). 2. En ce qui concerne les propriétés non bâties, ces valeurs sont déterminées d'après les tarifs arrêtés pour les propriétés de même nature existant dans la commune ou, s'il n'en existe pas, d'après un tarif établi à cet effet. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la valeur locative des propriétés non bâties affectées par les changements est déterminée en faisant application des tarifs d'évaluation à l'hectare arrêtés, lors de la précédente révision générale pour les propriétés de même nature existant dans la commune, ou à défaut de tarifs spécialement établis pour la constatation desdits changements.

4. Il résulte de l'instruction, qu'en recevant des panneaux photovoltaïques, les parcelles exploitées par les précédents propriétaires en terres agricoles, ont connu un changement d'affectation et que prévue, par le plan local d'urbanisme, l'implantation d'une centrale photovoltaïque ne constitue pas une nouvelle nature de culture sur le territoire communal qui aurait échappé à l'analyse de la commission communale des impôts direct à l'occasion de la révision des valeurs locatives. Dans ces circonstances, le reclassement des parcelles par l'administration sans recueillir l'avis préalable de la commission communale des impôts directs ne résulte pas d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions litigieuses

5. Pour l'application des articles 1393 et 1415 du code général des impôts (CGI), du I de l'article 1509 du même code et de l'article 18 de l'instruction ministérielle du 31 décembre 1908, un terrain qui est destiné, par la volonté de son propriétaire, à supporter des constructions doit être classé dans la catégorie des terrains à bâtir sauf si le propriétaire se trouvait, au 1er janvier de l'année d'imposition, pour des raisons tirées des règles relatives au droit de construire, dans l'impossibilité d'y édifier des constructions ou de les vendre à cette fin.

6. Aux termes du lexique national d'urbanisme, une construction est définie comme " un ouvrage fixe et pérenne, comportant ou non des fondations et générant un espace utilisable par l'homme en sous-sol ou en surface " et " recouvre notamment les constructions en surplomb (constructions sur pilotis, cabanes dans les arbres), et les constructions non comprises dans la définition du bâtiment, telles que les pergolas, hangars, abris de stationnement, piscines, les sous-sols non compris dans un bâtiment ". " La notion d'espace utilisable par l'homme vise à différencier les constructions, des installations dans lesquelles l'Homme ne peut rentrer, vivre ou exercer une activité. Les constructions utilisées pour les exploitations agricoles, dans lesquelles l'homme peut intervenir, entrent dans le champ de la définition. A contrario, les installations techniques de petites dimensions (chaufferie, éoliennes, poste de transformation, canalisations ), et les murs et clôtures n'ont pas vocation à créer un espace utilisable par l'Homme ".

7. D'une part, s'il est constant que les parcelles concernées sont au regard du plan local d'urbanisme de la commune de Ginestas, dans la zone A " agricole ", elles sont situées dans un secteur de cette zone nommé " Aer1 " réservée à l'implantation d'une centrale photovoltaïque où sont expressément autorisés les " constructions liées et nécessaires à l'activité de la centrale photovoltaïques (locaux) ".

8. D'autre part, il résulte de l'instruction, qu'antérieurement à la conclusion du bail emphytéotique en 2016 complété en 2017 sur les parcelles situées dans ce secteur, la société Ginesta Energies avait obtenu dès le 15 mars 2013 un arrêté préfectoral initial modifié les 31 décembre 2013 et 9 mai 2016 autorisant la construction d'un parc photovoltaïque, lesdits arrêtés visant le secteur " Aer1 " du plan local d'urbanisme. La notice descriptive du projet énonce que celui-ci est composé de panneaux photovoltaïques mobiles, de 6 locaux techniques, lesquels comprennent des onduleurs-transformateurs répartis sur la zone d'implantation et un poste de livraison électrique positionné de façon à être accessible aux techniciens. Dès lors, bien que non doté d'un lexique particulier, le plan local d'urbanisme de Ginesta doit être regardé comme ayant donné à la notion de construction une définition plus large que celle du lexique national revendiquée par la société requérante se bornant à la notion d'espace utilisable par l'homme.

9. La SAS Ginesta Energies a conclu un bail emphytéotique dans l'objectif d'installer des panneaux photovoltaïques et ses aménagements qualifiés par le document d'urbanisme local de " construction " sur des parcelles réservées à cet effet. Par suite, en reclassant dans la dixième catégorie notamment " terrains à bâtir ", l'ensemble de la propriété ayant fait l'objet de l'arrêté de permis de construire du 15 mars 2013 et des arrêtés modificatifs des 31 décembre 2013 et 9 mai 2016, l'administration fiscale n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en réduction doivent être rejetées. Il en sera de même, par voie de conséquence des conclusions sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SAS Ginesta Energies est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ginesta Energies et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La magistrate désignée,

B. PaterLe greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 janvier 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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