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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201031

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201031

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201031
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantGUYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, M. B C, représenté par Me Guyon, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la radiation de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er février 2021 ainsi que la mise à sa charge d'un indu de 10 214,67 euros au titre de cette même prestation sur la période du 1er février 2019 au 28 février 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle le directeur adjoint de la mutualité sociale agricole du Languedoc lui a notifié un indu de revenu de solidarité active de 10 214,67 euros la période du 1er février 2019 au 28 février 2021 ;

3°) de prononcer la décharge de l'indu ;

4°) à titre subsidiaire, de déterminer ses droits ;

5°) de procéder à la compensation judiciaire des prestations auxquelles il aurait droit avec les sommes réclamées ;

6°) de le rétablir dans ses droits ;

7°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision du 24 février 2021 a été signée par une autorité incompétente ;

- ses droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'aucun entretien ne lui a été proposé afin qu'il puisse faire valoir ses observations ;

- la décision attaquée ne mentionnant pas les documents qui la fondent, il ignore la teneur des renseignements fournis par l'administration ;

- la décision est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne mentionne ni le fait générateur, ni les bases de calculs ayant conduit à l'indu litigieux, ni les documents sur lesquels elle est fondée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas pris en compte sa situation de précarité et de bonne foi ;

- il ignorait ne pas pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active en tant qu'étudiant car son référent auprès de la caisse d'allocations familiales ne l'a pas informé correctement ;

- il se trouve en situation de précarité ;

- il est de bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a bénéficié du revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. Par une décision du 24 février 2021, le directeur adjoint de la mutualité sociale agricole du Languedoc, et non le président du conseil départemental du Gard comme l'indique le requérant, lui a notifié la fin de ses droits à cette prestation à compter du 1er février 2021 et la mise à sa charge à ce titre d'un indu d'un montant de 10 814,67 euros correspondant à la période du 1er février 2019 au 28 février 2021. M. C conteste cet indu ainsi que la radiation de ses droits au revenu de solidarité active.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 24 février 2021 :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles que les recours contentieux tendant à l'annulation d'une décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales et du président du conseil départemental ordonnant le reversement d'un indu de revenu de solidarité active n'est recevable que si l'allocataire a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge administratif.

3. En l'espèce, M. C a exercé, le 30 mars 2021, le recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 24 février 2021 par laquelle le directeur adjoint de la mutualité sociale agricole lui notifié un indu de revenu de solidarité active. Ce recours a été rejeté par le président du conseil départemental de l'Hérault par décision du 4 juin 2021. Par suite, les conclusions de la requête doivent être regardées, comme le fait valoir en défense le département de l'Hérault, comme étant dirigées uniquement contre la décision du 4 juin 2021, laquelle s'est entièrement substituée à la décision du directeur adjoint de la mutualité sociale agricole du Languedoc. En conséquence, les vices allégués qui entacheraient la décision du 24 février 2021 ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre de la décision du 4 juin 2021.

Sur les conclusions relatives à l'indu de revenu de solidarité active :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité de la décision du 4 juin 2021 :

5. En premier lieu, la circonstance que la décision du 24 février 2021 mentionne par erreur qu'un recours doit être exercé devant le président du conseil départemental du Gard est sans incidence sur la régularité de la décision du 4 juin 2021 prise par le président du conseil départemental de l'Hérault.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; 2° Lorsque, sans motif légitime, les dispositions du projet personnalisé d'accès à l'emploi ou les stipulations de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas respectées par le bénéficiaire ; 3° Lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active, accompagné par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail, a été radié de la liste mentionnée à l'article L. 5411-1 du même code ; 4° Ou lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre. / Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. / Lorsque, à la suite d'une suspension de l'allocation, l'organisme payeur procède à une reprise de son versement et, le cas échéant, à des régularisations relatives à la période de suspension, il en informe le président du conseil départemental en précisant le nom de l'allocataire concerné et en explicitant le motif de la reprise du versement de l'allocation. / Lorsqu'il y a eu suspension de l'allocation au titre du présent article, son versement est repris par l'organisme payeur sur décision du président du conseil départemental à compter de la date de conclusion de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi. ". Aux termes de l'article R. 262-69 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil général envisage de réduire ou suspendre en tout ou partie le revenu de solidarité active en application de l'article L. 262-37, il en informe l'intéressé par courrier en lui indiquant les motifs pour lesquels il engage cette procédure et les conséquences qu'elle peut avoir pour lui./ L'intéressé est invité à présenter ses observations à l'équipe pluridisciplinaire compétente dans un délai maximum d'un mois à compter de la date de notification de ce courrier. Il est informé de la possibilité d'être entendu par l'équipe pluridisciplinaire et, à l'occasion de cette audition, d'être assisté de la personne de son choix. ".

7. M. C ne saurait utilement se prévaloir de la procédure prévue à l'article R. 262-69 précité du code de l'action sociale et des familles dès lors que radiation du bénéfice du revenu de solidarité active ne résulte pas de l'une des causes énoncées à l'article L. 262-37 du même code.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; () ". La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu ni les pièces sur lesquelles elle se fonde.

9. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. C ne peut soutenir que la décision statuant sur son recours devait indiquer les bases de liquidation de l'indu et les pièces sur lesquelles elle se fonde. D'autre part, la décision du 4 juin 2021 mentionne les textes dont il a été fait application et indique que l'intéressé n'a pas droit au revenu de solidarité active du fait de son statut d'étudiant. Dans ces conditions, la décision du 4 juin 2021 est suffisamment motivée.

10. En quatrième lieu, dès lors que l'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant le président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code, il ne saurait utilement invoquer à l'encontre d'une décision de répétition d'indu d'allocation de revenu de solidarité active la méconnaissance du principe général du droit à une procédure contradictoire. Par suite, le moyen tiré de l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire doit être écarté.

11. En cinquième lieu, si M. C soutient qu'il n'a pas eu connaissance des documents obtenus par l'exercice du droit de communication par l'administration, il résulte de l'instruction que l'indu et la radiation du bénéfice du revenu de solidarité active sont exclusivement fondés sur les propres déclarations de l'intéressé figurant sur la fiche de renseignement complétée par celui-ci et dans laquelle il précise être étudiant au sein de l'université Paul Valéry. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que les garanties énoncées aux articles L. 114-19 et suivants du code de la sécurité sociale ont été méconnues.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu et de la radiation du bénéfice du revenu de solidarité active :

12. En vertu de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle. Le premier alinéa de l'article L. 262-2 du même code dispose que : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 262-4 : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () 3° Ne pas être élève, étudiant ou stagiaire au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation. Cette condition n'est pas applicable aux personnes ayant droit à la majoration mentionnée à l'article L. 262-9 du présent code ; () ".

13. Pour prononcer la radiation de M. C du dispositif de revenu de solidarité active à compter du mois de février 2021 et mettre à sa charge l'indu en litige, le président du conseil départemental d'Hérault a estimé que l'intéressé avait, depuis le mois de septembre 2018, le statut d'étudiant, et que cette situation faisait ainsi obstacle, en application des dispositions du 3° de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles, à ce qu'il bénéficie du revenu de solidarité active.

14. M. C ne conteste pas que son statut d'étudiant faisait obstacle au bénéfice du revenu de solidarité active. Les circonstances qu'il n'aurait pas été informé par son référent que son statut d'étudiant lui faisait perdre le bénéfice du revenu de solidarité active, qu'il est de bonne foi et qu'il est en situation précaire sont sans incidence sur le bien-fondé de l'indu et son droit au revenu de solidarité active.

Sur la demande de remise de dette :

15. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

16. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions de précarité et de bonne foi prévues par ces dispositions présentent un caractère cumulatif.

17. En l'espèce, M. C, qui se borne à produire son avis d'imposition 2020 et un bulletin de salaire d'octobre 2021, n'établit pas ses ressources et ses charges de telle sorte qu'il ne peut être regardé comme se trouvant dans une situation de précarité telle qu'il lui serait impossible de rembourser sa dette. Dès lors, et sans que sa bonne foi soit remise en cause, il n'y a pas lieu de lui accorder une remise de dette.

Sur la demande de compensation :

18. Si M. C demande la compensation entre l'indu et les créances qu'il détiendrait au titre d'autres prestations sociales, il n'établit pas, en tout état de cause, que ces créances seraient certaines, exigibles et liquides. Par suite, la demande de compensation ne peut qu'être rejetée.

19. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de M. C doit être rejeté, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au département de l'Hérault et à Me Guyon.

Copie en sera adressée à la mutualité sociale agricole du Languedoc.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 juin 2023.

La greffière,

F. Roman

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