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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201354

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201354

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201354
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BERNIER & D'ALIMONTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mars 2022 et 6 avril 2023, M. C D, représenté par Me d'Alimonte, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Perpignan et son assureur la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser la somme de 241 505,09 euros en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge dans cet établissement de santé ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Perpignan la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le centre hospitalier de Perpignan a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- ses préjudices doivent être évalués comme suit :

o Déficit fonctionnel temporaire total : 4 075 euros

o Déficit fonctionnel temporaire partiel : 6 433 euros

o Préjudice esthétique temporaire : 3 000 euros

o Préjudice esthétique permanent : 8 000 euros

o Déficit fonctionnel permanent : 66 600 euros

o Souffrances : 45 000 euros

o Préjudice d'agrément : 20 000 euros

o Perte de gains professionnels actuels : 32 242 euros

o Incidence professionnelle : 50 000 euros

o Frais engagés : 5 000 euros

o Dépenses de santé : 1 155,09 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2022, le centre hospitalier de Perpignan et son assureur la SHAM, représentés par Me Grillon, concluent :

1°) à titre principal au rejet de la requête, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'il soit condamné aux entiers dépens de l'instance ;

2°) à titre subsidiaire à ce que l'indemnisation des préjudices soit réduite à de plus justes proportions, à ce que la somme demandée par M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit limitée à ce que l'équité commande et à ce qu'il soit statué ce que de droit sur les dépens ;

3°) à ce que le mémoire de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Hérault soit déclaré irrecevable, à titre principal au rejet des demandes indemnitaires en l'absence de faute, à titre subsidiaire à la limitation des débours imputables à la prétendue faute du centre hospitalier.

Ils soutiennent que :

- le centre hospitalier n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- aucun lien de causalité direct et certain entre les préjudices et l'intervention chirurgicale du 29 mai 2017 ne peut être retenu ;

- à titre subsidiaire les préjudices doivent être évalués comme suit :

o Déficit fonctionnel temporaire : 4 905,55 euros

o Déficit fonctionnel permanent : 40 000 euros

o Souffrances : 18 000 euros

o Préjudice esthétique temporaire : 900 euros

o Préjudice esthétique permanent : 4 000 euros

o Préjudice d'agrément : 2 000 euros

o Perte de gains professionnels actuels : non justifiée

o Incidence professionnelle : à rejeter

o Frais engagés : non justifié

o Dépenses de santé : à justifier, la consultation d'un cardiologue pour la somme de 20,98 euros devant être exclue.

o le mémoire de la CPAM est irrecevable, il n'est pas signé par le directeur de la caisse et aucune délégation de signature n'est produite ;

o la caisse ne produit pas d'attestation d'imputabilité, les débours mentionnés ne correspondent pas aux conclusions expertales et devront être rejetés ; seuls les débours imputables à la prétendue faute du centre hospitalier sont susceptibles d'être indemnisés, à l'exclusion des débours liés à l'infection nosocomiale contractée au sein de la clinique Saint-Antoine de Nice et aux fractures successives causées par l'imprudence du patient ; enfin, le centre hospitalier refuse la capitalisation.

Par un mémoire, enregistré le 13 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault demande la condamnation du centre hospitalier de Perpignan à lui verser la somme de 136 231,09 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir, en remboursement des prestations versées à son assuré, ainsi que sa condamnation à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient que :

- elle est fondée à demander le remboursement des prestations servies à son assuré en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

- elle justifie que le montant des prestations, en lien avec les fautes imputables au centre hospitalier, s'élève à :

o frais hospitaliers : 13 880,65 euros

o frais médicaux : 2 218,72 euros

o frais pharmaceutiques : 1 028,54 euros

o frais d'appareillage : 17,87 euros

o frais de transport : 4 293,51 euros

o capital invalidité : 9 828,22 euros

o frais futurs : 104 963,58 euros.

Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 2 340 euros par ordonnance du président du tribunal administratif de Montpellier du 24 février 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Grillon, représentant le centre hospitalier de Perpignan et la SHAM.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a été admis le 29 mai 2017 aux urgences du centre hospitalier de Perpignan suite à un accident sportif dans un canyon. Il a été hospitalisé dans cet établissement de santé du 29 mai au 2 juin 2017 pour une fracture ouverte du tibia droit. M. D a subi par la suite de multiples interventions chirurgicales et hospitalisations réalisées à la clinique Saint-Antoine de Nice et au centre hospitalier universitaire de Nice, où il a subi le 6 septembre 2019 une amputation transtibiale droite, avant d'être appareillé avec une prothèse définitive. Par sa requête, M. D demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Perpignan et son assureur la SHAM à lui verser la somme de 241 505,09 euros en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge dans cet établissement.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article L. 122-1 du code de la sécurité sociale : " () le directeur général ou le directeur de tout organisme de sécurité sociale représente l'organisme en justice et dans tous les actes de la vie civile. Il peut donner mandat à cet effet à certains agents de son organisme ou à un agent d'un autre organisme de sécurité sociale ".

3. Les dispositions précitées donnent qualité au seul directeur général ou au directeur de la caisse pour décider d'agir en justice. Or en l'espèce le mémoire produit par la CPAM de l'Hérault est signé par Mme B A, responsable du service recours contre tiers, et il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière a reçu délégation pour ce faire. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense et qui n'a donné lieu à aucune régularisation doit être accueillie, et les conclusions de la CPAM de l'Hérault doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Perpignan :

En ce qui concerne la faute médicale :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () ".

5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise contradictoire établi par un médecin spécialiste en orthopédie et traumatologie que M. D a été opéré le 29 mai 2017 au centre hospitalier de Perpignan pour une fracture ouverte de type Cauchoix I de la diaphyse du tiers distal du tibia droit, avec fracture spiroïde de l'extrémité supérieure du péroné. L'intervention a consisté en une réduction ostéosynthèse par enclouage centro-médullaire. L'expert relève que, selon les dires de M. D, ce dernier a constaté dès le réveil que son pied droit était en rotation externe, les radiographies post opératoires montrant un clou en place mais une rotation au niveau de l'extrémité inférieure du tibia et des os du tarse, alors que l'extrémité supérieure du tibia est en vrai profil. Et il résulte de l'instruction que, lors d'une consultation du 16 août 2017, le chirurgien a constaté que l'intéressé présentait des suites compliquées par un trouble de torsion du squelette jambier évalué à 20° d'excès de rotation externe, et un scanner de la jambe droite réalisé le 20 octobre 2017 a retrouvé une hypertorsion du squelette jambier droit à 115°. Si l'expert note que ces dernières images ne lui permettent pas de confirmer l'importance de cette rotation externe, il conclut néanmoins qu'elle présente un caractère significatif et supérieur aux 15° tolérables sans le cadre d'un cal vicieux après enclouage tibial. Il résulte également de l'instruction, comme le retient l'expert, que le chirurgien a verrouillé le foyer avec une rotation externe trop importante, l'angulation externe maximum du cal vicieux autorisée par la littérature médicale dans ce type d'intervention étant de 15°, au-delà de laquelle survient une gêne importante nécessitant une nouvelle intervention chirurgicale. L'expert conclut dès lors que le geste chirurgical n'a pas été effectué conformément aux données acquises de la science. Si le centre hospitalier affirme en défense qu'une rotation externe supérieure à 15° ne constitue pas une faute dès lors qu'une nouvelle intervention est possible, cette allégation n'est pas de nature à remettre en cause l'analyse documentée de l'expert quant au manquement constaté. En outre, à supposer que M. D, comme le soutient l'établissement, n'aurait pas respecté la consigne de décharge complète prescrite durant un mois à l'issue de l'intervention, il ne résulte pas de l'instruction que cette circonstance ait pu avoir une quelconque incidence sur la majoration de la rotation, alors que l'expert ne l'évoque pas et que le centre hospitalier ne s'en est pas prévalu durant l'expertise contradictoire. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir que le centre hospitalier de Perpignan a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne l'infection nosocomiale :

6. En vertu des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. La présomption de responsabilité des établissements de santé en cas d'infection nosocomiale posée par le I de l'article L. 1142 du code de la santé publique vaut y compris en cas d'infection due à un germe présent dans l'organisme du patient avant l'intervention.

7. Il résulte de l'instruction que, suite à l'erreur technique commise lors de l'intervention du 29 mai 2017 au centre hospitalier de Perpignan, M. D a bénéficié d'une intervention chirurgicale de reprise le 18 janvier 2018 réalisée à la clinique Saint-Antoine de Nice, consistant à pratiquer une ostéotonomie de dérotation, suivie d'une nouvelle intervention en urgence le 17 mars 2018 visant notamment à réaliser des prélèvements devant une collection hématique. Les analyses bactériologiques mettront alors en évidence la présence d'un staphylocoque aureus sensible à tous les antibiotiques, lequel n'avait pas été décelé par le service des urgences de l'hôpital d'Antibes où l'intéressé se serait rendu à trois reprises courant mars 2018, le bilan biologique réalisé étant alors rassurant. En outre, M. D avait fait l'objet d'un bilan par Petscan le 11 décembre 2017 qui n'avait pas retrouvé d'infection.

8. En se bornant à faire valoir, comme l'affirme l'expert, que cette infection nosocomiale n'est que la résultante de la faute commise lors de l'intervention du 29 mai 2017 au centre hospitalier de Perpignan, en ce qu'elle ne serait pas survenue si M. D n'avait pas eu à subir une ostéotomie de dérotation, le requérant ne se prévaut d'aucun manquement susceptible d'engager la responsabilité de l'établissement public de santé. En tout état de cause, à supposer même que M. D recherche la responsabilité du centre hospitalier de Perpignan sur le fondement du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, il ne résulte ni de l'instruction, ni du rapport d'expertise et il est constant que cette infection n'est pas survenue au cours ou au décours de sa prise en charge par le centre hospitalier de Perpignan et n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci. Dans ces conditions, la responsabilité du centre hospitalier de Perpignan ne saurait être engagée à ce titre.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité du centre hospitalier de Perpignan n'est engagée qu'à raison de la faute médicale commise lors de l'intervention du 29 mai 2017.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne le lien de causalité :

10. Il résulte de l'instruction que la faute médicale commise au centre hospitalier de Perpignan le 29 mai 2017 a nécessité une chirurgie de reprise afin de pratiquer une ostéotomie de dérotation, qui s'est déroulée le 18 janvier 2018 conformément aux règles de l'art selon l'expert. Dès lors qu'il existe un lien direct et certain entre la faute et cette intervention chirurgicale de reprise, les préjudices de M. D en résultant doivent être indemnisés.

11. En revanche, il résulte également de l'instruction que, postérieurement à cette intervention, M. D a dû subir de nouvelles hospitalisations. Ainsi il a séjourné à la clinique Saint Antoine de Nice du 17 mars au 24 mars 2018 suite à une infection nosocomiale, puis du 23 au 26 mai 2018 pour une reprise chirurgicale pour drainage, et du 18 au 19 décembre 2018 pour ablation du matériel suite à une consolidation incomplète de l'ostéotomie de dérotation. Le chirurgien a alors réitéré à M. D des conseils de prudence quant aux activités qu'il pourrait entreprendre risquant de trop solliciter son tibia dont le matériel venait d'être enlevé. Cependant le requérant a repris son travail de moniteur de ski en janvier 2019 et a été hospitalisé du 17 au 20 février 2019 suite à la fracture itérative fermée de sa fracture initiale, lors d'un virage à ski. Le médecin a de nouveau insisté pour que M. D " n'exagère pas dans sa remise en charge. J'espère que le message est bien passé mais avec le tempérament téméraire du patient, il convient de rester prudent ". Le requérant a été ensuite hospitalisé du 4 au 19 juin 2019 pour une réintervention de mise en place d'une nouvelle ostéosynthèse par plaque vissée. En l'absence de consolidation de son état, il a été hospitalisé du 18 juillet au 2 août 2019 pour ablation de la plaque tibiale et pose d'une attelle plâtrée. De retour chez lui, M. D a présenté une fracture itérative sous plâtre en descendant un escalier, et a été hospitalisé du 5 au 17 septembre 2019 pour une amputation transtibiale droite, l'expert fixant une consolidation de son état de santé au 6 décembre 2019. Si M. D demande l'indemnisation de l'intégralité des préjudices résultant de ses opérations multiples ayant conduit à une amputation, il résulte toutefois de l'instruction et de ce qui vient d'être dit que les dommages subis postérieurement à la reprise chirurgicale du 18 janvier 2018 sont sans lien direct et certain avec la faute du centre hospitalier de Perpignan, et ne sauraient lui être imputables. Dans ces conditions, les chefs de préjudices correspondant ne pourront pas être indemnisés.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. D a subi, en lien direct et certain avec la faute médicale du 29 mai 2017, un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué à 10% du 5 septembre 2017 au 16 janvier 2018 correspondant à une gêne due au cal vicieux, puis un déficit fonctionnel temporaire total du 17 au 30 janvier 2018 correspondant à l'opération chirurchicale de reprise. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant globalement à la somme de 526 euros, à raison de 20 euros par jour. En revanche, en l'absence de lien avec la faute du centre hospitalier de Perpignan, il n'y a pas lieu d'indemniser les périodes postérieures courant jusqu'à l'hospitalisation de M. D pour amputation.

13. Si l'expert évalue à 30% le déficit fonctionnel permanent dont est atteint M. D en raison de son amputation au tiers supérieur de la jambe droite et de son appareillage, ce chef de préjudice est sans lien avec la faute du défendeur et ne sera pas indemnisé.

14. L'expert a évalué à 5,5 sur une échelle de 7 les souffrances endurées par M. D, au vu de la longueur des hospitalisations, des différents traitements et de la souffrance morale. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lien avec la faute du centre hospitalier l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

15. L'expert a évalué à 4 sur une échelle de 7 le préjudice esthétique temporaire durant trois mois pour les périodes ou M. D déambulait en fauteuil roulant, puis un préjudice esthétique permanent évalué à 3 sur une échelle de 7 au vu des cicatrices. Ces préjudices n'étant pas établis comme en lien avec la seule faute, ils ne seront pas indemnisés.

16. M. D se prévaut d'un préjudice d'agrément en ce qu'il n'a pu reprendre l'intégralité de ses activités quotidiennes et sportives telles que le ski, la randonnée, la plongée, l'animation d'activités physiques ou ses missions d'éducateur sportif option ski alpin. S'il est constant que l'intéressé se trouve désormais limité dans ses activités sportives, il ne résulte pas de l'instruction que ce poste de préjudice soit en lien direct avec la faute du centre hospitalier. Par suite il ne sera pas indemnisé.

17. M. D fait valoir qu'il exerçait avant l'accident la profession de chauffeur de poids lourds et de moniteur de ski, et sollicite le versement de la somme de 32 242 euros au titre de la perte de revenus subie au cours de l'incapacité temporaire de travail, correspondant à 28 mois de salaire au minimum légal, et produit ses avis d'imposition faisant état de revenus annuel de 17 022 euros en 2016, 10 552 euros en 2017, 10 667 euros en 2018 et 12 330 euros en 2019. Il produit également des récapitulatifs de ses honoraires de moniteur de ski, facturés en sa qualité d'auto-entrepreneur entre 2009 et 2016. Il résulte également de l'instruction et il n'est pas établi que l'intéressé aurait perçu des indemnités journalières sur la période susceptible d'être indemnisée en lien avec la faute, du 5 septembre 2017 au 30 janvier 2018. Par suite, il sera fait une juste appréciation de la perte de chance sérieuse d'obtenir des gains professionnels en allouant la somme de 5 757,50 euros correspondant à cinq mois rémunérés sur la base nette mensuelle du SMIC de 1 151,50 euros.

18. Si le requérant demande l'indemnisation de la perte de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle, ces derniers sont sans lien avec la faute du centre hospitalier et il n'y a pas lieu de les indemniser.

19. M. D indique qu'en raison de son handicap et de son amputation, il s'est vu retirer le droit de conduire une voiture à boîte de vitesse manuelle et a été contraint de s'acquitter d'un véhicule à boîte automatique. Toutefois, ce poste de préjudice étant sans lien avec la faute, il n'y a pas lieu de condamner le centre hospitalier de Perpignan à l'indemniser.

20. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que le centre hospitalier de Perpignan et son assureur la SHAM doivent être solidairement condamnés à verser la somme totale de 8 283,50 euros à M. D en réparation de ses préjudices.

Sur les frais liés au litige :

21. Les frais d'expertise, liquidés et taxés par l'ordonnance du 24 février 2021 du président du tribunal administratif de Montpellier, à la somme de 2 340 euros, sont mis à la charge du centre hospitalier de Perpignan et de la SHAM.

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le centre hospitalier de Perpignan et la SHAM demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Perpignan et de la SHAM la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier de Perpignan et la SHAM sont solidairement condamnés à verser la somme de 8 283,50 euros à M. D.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme 2 340 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Perpignan et de la SHAM.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au centre hospitalier de Perpignan, à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Copie en sera transmise à l'expert.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et de la solidarité en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 juin 2024

Le greffier,

F. Balicki

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