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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201362

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201362

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201362
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDEHORS-FRANCES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2022, M. A B, représenté par Me Frances, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer procédant des treize mises en demeure valant commandement de payer, notifiées le 12 novembre 2021, la somme correspondant à des cotisations supplémentaires de taxes d'habitation et de contributions pour l'audiovisuel public au titre des années 1999, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008 et 2009, de taxes foncières sur les propriétés bâties au titre des années 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010, et d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 1994, 1995, 1996, 1997, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007 et 2008.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'opposition à poursuite formée le 11 janvier 2022 contre les mises en demeure du 4 novembre 2021 est recevable en ce qu'elle est fondée sur la prescription de l'action en recouvrement, laquelle se rattache à la catégorie des contestations de l'obligation de payer ;

- en application des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales et de la doctrine référencée BOI-REC-EVTS-30-10 du 12 septembre 2012, faute pour l'administration, à qui incombe la charge de la preuve, de démontrer qu'elle a, par des actes interruptifs, légalement interrompu la prescription, l'action en recouvrement est prescrite ;

- la prescription de l'action en recouvrement lui est acquise dès lors que le comptable public n'a procédé à aucune poursuite à son encontre pendant quatre années consécutives à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle ;

- l'administration fiscale ne peut lui refuser l'octroi d'un sursis de paiement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable car l'opposition à poursuite a été adressée à la domiciliation du service des impôts des particuliers chargés du recouvrement des créances en lieu et place de la domiciliation des services de la direction départementale de l'Hérault ;

- l'invocation de la prescription à l'encontre de l'action en recouvrement est un moyen qui se rattache à la contestation de l'exigibilité de l'impôt et non à celle de l'obligation de payer ; elle doit être invoquée dans les deux mois du premier acte de poursuite et n'est recevable qu'une fois en application de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales ;

- les actes de poursuites régulièrement délivrés par le comptable public ont interrompu la prescription à l'encontre des impositions contestées ;

- la requête de M. B ne remplit pas les conditions pour l'obtention d'un sursis de paiement ;

- la requête est purement dilatoire, les contentieux à répétition introduits par M. B empêchent le comptable public d'agir et de recouvrer ses créances.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Valenza, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B doit être regardé comme demandant la décharge de l'obligation de payer procédant des treize mises en demeure valant commandement de payer, notifiées le 12 novembre 2021, la somme correspondant à des cotisations supplémentaires de taxes d'habitation et de contributions pour l'audiovisuel public au titre des années 1999, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008 et 2009, de taxes foncières sur les propriétés bâties au titre des années 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010, et d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 1994, 1995, 1996, 1997, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007 et 2008.

Sur la fin de non-recevoir :

2. D'une part, qu'aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents () doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Les contestations ne peuvent porter que : 1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. () ". L'article R. 281-1 du même livre dispose que : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire. Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, en premier lieu, au chef du service du département ou de la région dans lesquels est effectuée la poursuite. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article R. 281-3-1 du même livre : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée, selon le cas, au directeur départemental des finances publiques, au responsable du service à compétence nationale ou au directeur interrégional des douanes et droits indirects () dans un délai de deux mois à partir de la notification : a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; b) De tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation de payer ou le montant de la dette ; c) Du premier acte de poursuite permettant d'invoquer tout autre motif. ".

5. Lorsque le redevable d'une imposition se prévaut de la prescription de l'action en recouvrement, il soulève une contestation qui ne porte pas sur l'obligation de payer mais qui a trait à l'exigibilité de l'impôt. La prescription de l'action en recouvrement doit, en application du c) de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, être invoquée à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir.

6. M. B a formé, par lettre du 11 janvier 2022, une opposition à poursuite dirigée contre les mises en demeure du 4 novembre 2021 notifiées le 12 novembre 2021 en invoquant la prescription de l'action en recouvrement. Il résulte toutefois de l'instruction et il n'est pas contesté que ces mises en demeure du 4 novembre 2021 ne constituent pas les premiers actes de poursuite permettant à M. B d'invoquer la prescription à l'encontre des impositions litigieuses. En effet, comme le fait valoir le service, les impositions en litige ont déjà fait l'objet de mises en demeure valant commandement de payer le 27 octobre 2016, lesquelles ne constituaient déjà pas les premiers actes de poursuite, ainsi que l'ont jugé le tribunal administratif de Montpellier le 3 avril 2018 et la cour administrative d'appel de Marseille le 15 octobre 2019 par des jugements devenus définitifs. Dans ces conditions, l'opposition à poursuite présentée le 11 janvier 2022 par M. B était tardive, et les conclusions à fin de décharge sont par suite irrecevables.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la seconde fin de non-recevoir opposée en défense ni de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que la demande de décharge de M. B doit être rejetée.

Sur l'amende pour recours abusif :

8. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

9. Il résulte de l'instruction que, par la présente requête, M. B a entendu soumettre à la juridiction administrative pour la seconde fois les impositions susvisées en se prévalant de nouveau du moyen tiré de la prescription, alors que le tribunal administratif et la cour administrative d'appel ont rejeté son précédent recours. Ce faisant, M. B a entendu bénéficier de l'écoulement du temps afin de tenter de laisser s'installer la prescription de la dette fiscale à charge, empêchant le comptable public d'agir et de recouvrer ses créances. Dans ces conditions, la présente requête, mue par des considérations dilatoires, présente un caractère abusif. Il y a lieu, pour ce motif, d'infliger à son auteur une amende d'un montant de 1 000 euros, dont la mise en recouvrement relève de la direction départementale des finances publiques compétente.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B est condamné à verser une amende de 1 000 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 décembre 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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