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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201525

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201525

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201525
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantS.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 25 mars 2022, le 11 septembre 2023 et le 5 mars 2024, la Sarl Calmel et Joseph, représentée par la SCP HGetC Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la directrice générale de l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) prise le 26 janvier 2022 valant titre exécutoire, et de la décharger de l'obligation de payer la somme de 607,69 euros ;

2°) de fixer le montant des dépenses éligibles pour l'année 2017 à 75 800,52 euros justifiant un montant d'aide due de 37 142,25 euros et condamner FranceAgriMer à lui verser 11 377,25 euros, correspondant au solde restant dû après déduction de l'avance versée de 25 765 euros, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de FranceAgriMer une somme de 1 500 euros au titre des frais du litige.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif est territorialement compétent ;

- FranceAgriMer a commis une erreur de droit en rejetant l'ensemble des dépenses déclarées pour la promotion des vins en Chine car aucune action n'a été modifiée, seule une économie réelle a pu être régulièrement faite ;

- l'économie réelle est dûment justifiée par la présentation de l'étude qui correspond à celle annoncée et dont le paiement est établi ;

- l'annulation du rejet des dépenses déclarées pour l'opération de promotion relative à la Chine implique de revoir le montant total des dépenses ouvrant droit à subvention et de fixer celle-ci à un montant de 37 142,25 euros, compte tenu d'une réduction non contestée de 2% à appliquer.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 juillet 2023 et le 12 janvier 2024, l'établissement FranceAgriMer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le tribunal administratif de Montpellier n'est pas compétent car la convention conclue avec la requérante déroge régulièrement à sa compétence territoriale ;

- les conclusions, tendant à ce que le tribunal fixe le montant d'aide dû à la requérante au titre des actions de promotions menées en 2017 et enjoigne à un tel versement, sont irrecevables car l'administration conserve une marge de manœuvre et elle ne peut être condamnée à payer une somme qu'elle ne doit pas ;

- il n'a commis aucune erreur de droit en estimant que l'action 3, qui constitue une action principale de l'opération, a été irrégulièrement modifiée ;

- en tout état de cause, la société a procédé à une modification majeure sans l'avertir ce qui peut régulièrement conduire au rejet des dépenses déclarées pour l'opération en cause ;

- l'existence d'une économie réelle n'est nullement établie alors que l'étude de marché dont se prévaut la requérante n'a pas été produite lors de la vérification des dépenses.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;

- le règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission du 27 juin 2008 ;

- la décision INTV-POP-2017-26 du 18 mai 2017 du directeur général de FranceAgriMer ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de Me Paré, représentant la société Calmel et Joseph.

Considérant ce qui suit :

1. La Sarl Calmel et Joseph, maison de négoce spécialisée dans les vins du Languedoc-Roussillon, a, parmi ses activités, celle d'exportation de vins à l'étranger. Dans ce cadre, elle a sollicité une aide à la promotion de ses vins dans cinq pays étrangers, parmi lesquels la Chine, au titre des années 2017 et 2018. Une convention de subvention, n° 438-17, a été conclue en ce sens avec l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) pour un budget prévisionnel de dépenses de 228 720 euros, dont 24 400 euros en Chine au titre de l'année 2017. Si cette convention a fait l'objet d'un avenant, en vue notamment de diminuer le budget prévisionnel à un montant de 105 706 euros, les dépenses prévues pour les actions de promotion en Chine n'ont pas été modifiées. A la suite d'une demande de la Sarl Calmel et Joseph de paiement de la subvention due pour l'année 2017, FranceAgriMer l'a informée, par décision du 26 janvier 2022, que le montant de l'aide arrêté pour l'année 2017 était de 25 186,25 euros, justifiant l'émission d'un titre de recettes de 607,69 euros correspondant au reversement de l'avance indûment perçue majorée de 5%. Par la présente requête, la Sarl Calmel et Joseph demande l'annulation de cette décision, la décharge de l'obligation de payer la somme de 607,69 euros et que soit fixé à 37 142,25 euros le montant total de l'aide due par FranceAgriMer avec injonction à l'établissement public de lui verser la somme de 11 377,25 euros, en complément de l'avance déjà versée.

Sur la compétence territoriale du Tribunal :

2. Aux termes de l'article R. 312-10 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux législations régissant les activités professionnelles, notamment () les activités agricoles () ceux concernant les sanctions administratives intervenues en application de ces législations relèvent, lorsque la décision attaquée n'a pas un caractère réglementaire, de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve soit l'établissement ou l'exploitation dont l'activité est à l'origine du litige, soit le lieu d'exercice de la profession ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 312-2 du même code : " Sauf en matière de contrats, la compétence territoriale ne peut faire l'objet de dérogations, même par voie d'élection de domicile ou d'accords entre les parties ". Enfin, aux termes de l'article R. 221-3 du code de justice administrative : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : () Montpellier : Aude, Hérault, Pyrénées-Orientales () ".

3. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 26 janvier 2022 de la directrice générale de FranceAgriMer constitue un titre de recette pour le remboursement d'une avance d'aides accordées au titre de l'année 2017, sur le fondement de divers règlements de l'Union européenne, pour la promotion hors de l'Union européenne de vins bénéficiant d'une appellation d'origine protégée, d'une indication d'origine protégée ou de vins de certains cépages. Certes, l'article 9 de la convention n° 438-17 conclue entre la requérante et l'établissement public, en vertu de laquelle ont été définies les modalités de mise en œuvre et de paiement, notamment, des aides à l'origine du litige, mentionne que le tribunal administratif de Montreuil est compétent pour connaître des contestations relatives à son exécution. S'il appartient aux parties, sur le fondement de l'article R. 312-2 du code de justice administrative, d'aménager les règles de compétence territoriale des tribunaux administratifs, cet aménagement ne peut être organisé par une convention de subvention, qui constitue un acte unilatéral. Le litige, né d'une décision de répétition d'aides déjà versées, qui ne relève pas du juge du contrat, a pour objet une décision ayant un caractère individuel et est au nombre des litiges relatifs aux législations régissant les activités professionnelles, en l'espèce les activités agricoles. Le siège de la société requérante se trouve dans l'Aude et le lieu d'exercice de la profession est également situé dans ce département, de sorte que le tribunal administratif de Montpellier est, en application des dispositions des articles R. 312-10 et R. 221-3 du code de justice administrative, compétent pour en connaître.

Sur les conclusions dirigées contre la décision relative au montant d'aide alloué pour l'année 2017 et le titre exécutoire subséquent :

4. A titre liminaire, il résulte de l'article 1er de la convention de subvention n° 438-17 que : " une opération de promotion s'entend comme un ensemble d'actions de promotion réalisées dans un pays ou un groupe de pays au cours d'une année donnée ".

5. En l'espèce, s'agissant de l'opération " Chine " pour l'année 2017, il résulte de l'instruction que deux actions, sur cinq possibles, ont été retenues comme pouvant ouvrir droit à subvention : l'action n° 1 correspondant aux " actions de relations publiques, promotion et publicité " pour un budget prévisionnel de 14 400 euros et l'action n° 3 correspondant à " études de marchés nouveaux, nécessaires à l'élargissement des débouchés " pour un budget prévisionnel de 10 000 euros. La réalisation des dépenses prévues pouvait ouvrir droit au bénéfice d'une subvention d'un montant maximal de 12 200 euros, correspondant à 50% des dépenses prévisionnelles.

6. Il résulte de l'instruction que la différence entre le montant de l'aide maximale prévue et celui de l'aide effectivement perçue par la Sarl Calmel et Joseph au titre de l'année 2017 provient du rejet, par FranceAgriMer, de l'ensemble des dépenses déclarées pour l'opération relative à la promotion des vins en Chine. Ce rejet s'est fondé sur l'article 6.2 de la décision INTV-POP-2017-26 du 18 mai 2017 de la directrice générale de FranceAgriMer relative à la mise en œuvre par FranceAgriMer des opérations de promotion des vins sur les marchés des pays tiers par les entreprises et les interprofessions pour la programmation 2014 à 2018, visée par la convention de subvention conclue avec la requérante et repris en son article 7.

7. Ces dispositions, relatives à la " modification d'une opération " prévoient que : " une opération approuvée par FranceAgriMer peut faire l'objet de modifications à condition que : - les objectifs généraux de l'opération et sa finalité ne soient pas remis en cause ; () / La finalité ou les objectifs généraux de l'opération sont considérés comme remis en cause dès lors que la modification affecte les actions principales de l'opération. Ces actions principales sont définies comme celles qui, prises dans l'ordre décroissant d'importance des dépenses, totalisent de manière cumulée au minimum 60% du montant de l'opération. Les actions principales ne peuvent pas être annulées sans remettre en cause l'éligibilité de l'opération. / Il existe deux catégories de modifications : 1- les modifications dites mineures : () Pour chaque action, la baisse du budget dans la limite de 20% de celui initialement approuvé est donc possible (). Cette diminution constitue une modification mineure / 2- les modifications dites majeures : toute modification autre que celles définies ci-dessus est une modification majeure. Elle doit être notifiée et approuvée par FranceAgriMer. () Si lors de l'instruction de la demande de paiement, FranceAgriMer détermine qu'une modification majeure n'a pas été notifiée dans les délais, l'ensemble de l'opération est rejetée () / Au-delà de ces modifications, () les évolutions suivantes ne sont pas considérées comme des modifications relevant d'une notification : - des économies réelles (réalisation d'une prestation équivalente ou achat d'un matériel identique à ceux initialement prévus mais à un prix inférieur), qui conduisent à des sous-réalisations () ".

8. Il résulte de l'instruction que l'action " études de marché " n'a donné lieu qu'à 3 600 euros de dépenses, soit une diminution de 64% par rapport au budget prévisionnel. Alors même que l'action " études de marché " correspondait à une action principale au sens des dispositions précitées, dans la mesure où l'autre action de l'opération ne correspondait pas à 60% du montant de l'opération, FranceAgriMer a estimé que la modification en litige a conduit à remettre en cause la finalité ou les objectifs généraux de l'opération. Par ailleurs, alors même que le montant de la sous-réalisation conduit à regarder la modification comme majeure, il est constant qu'elle n'a pas fait l'objet d'une notification préalable, omission conduisant au rejet de l'ensemble de l'opération, sur le fondement des dispositions précitées.

9. La société requérante soutient qu'il ne s'agit pas d'une modification de l'action mais uniquement d'une économie réelle, c'est-à-dire de la réalisation d'une prestation équivalente à celle initialement prévue mais à un prix inférieur. Toutefois, alors que la décision précédemment visée du 18 mai 2017 de la directrice générale de FranceAgriMer prévoit, comme seul justificatif possible de la réalisation de l'action " études de marché ", la fourniture du " rapport d'étude ", celui-ci n'a pas été produit lors du contrôle des dépenses, opéré par FranceAgriMer. S'il est vrai que l'établissement public n'a pas expressément demandé la production de cette étude, elle a invité la requérante, par courrier du 19 janvier 2021, à produire des observations sur la décision qu'elle était susceptible de prendre et qui était déjà expressément motivée par la méconnaissance de l'article 6.2 de la décision du 18 mai 2017 du fait d'une sous-réalisation de l'action " études de marchés " de l'opération Chine. Dans ces conditions, si la requérante produit désormais l'étude en litige, cette production tardive permet de douter de son antériorité à la décision contestée.

10. Par ailleurs, il ressort de la demande de subvention de la société requérante que celle-ci a " un réseau commercial déjà bien développé " en Chine et qu'un de ses associés " connait parfaitement ce marché et commercialise des vins là-bas depuis plus de 10 ans ". Or, l'étude de marché versée aux débats apparait très générale, sans adaptation aux vins spécifiquement proposés par la requérante alors que son objectif déclaré dans le cadre de l'action 3 était de " de développer la vente de notre gamme Vieille Grange que nous n'arrivons pas à exporter sur ce marché ". Enfin, alors même que le rédacteur de cette étude était présenté par la société requérante dans sa demande de subvention comme un " prestataire extérieur local " qui la représente sur certaines manifestations et avec lequel elle était donc amenée à régulièrement collaborer, elle ne justifie pas de l'erreur importante commise sur l'évaluation du prix de la prestation qui devait lui être confiée.

11. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions citées au point 7 du présent jugement ni commettre d'erreur d'appréciation que FranceAgriMer a pu estimer que l'action 3 avait fait l'objet d'une modification majeure et que la finalité ou les objectifs généraux de l'opération menée en Chine étaient remis en cause. Dès lors, FranceAgriMer a régulièrement pu rejeter, sur ce fondement, l'ensemble des dépenses éligibles relatives à cette opération.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision de la directrice de FranceAgriMer du 26 janvier 2022, ainsi que du titre exécutoire de 607,69 euros doivent être rejetées. Les conclusions tendant à ce que la société requérante soit déchargée de la somme mise à sa charge doivent donc également être rejetées.

13. Par ailleurs, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, le présent jugement implique le rejet des conclusions de la requérante tendant à ce que soit réintégrée une somme de 12 200 euros, correspondant à l'aide maximale initialement prévue pour l'opération menée en Chine, dans le calcul de la subvention due par FranceAgriMer au titre de l'année 2017. Dès lors, les conclusions tendant à ce que le montant de l'aide due par FranceAgriMer soit révisé pour intégrer cette somme et qu'il soit enjoint à l'établissement public de verser la somme ainsi arrêtée doivent être rejetées.

14. Enfin, le rejet des conclusions principales présentées par la Sarl Calmel et Joseph implique le rejet de ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la Sarl Calmel et Joseph est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la Sarl Calmel et Joseph et à l'établissement public national des produits de l'agriculture et de la mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 juin 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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