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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201723

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201723

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201723
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantCHNINIF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, Mme D C, représentée par Me Chninif, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a refusé de lui accorder une remise de sa dette correspondant à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 675,44 euros pour la période de janvier 2019 à juin 2021, et ainsi implicitement confirmé le bien-fondé de cet indu ;

2°) de lui accorder une remise de sa dette correspondant à cet indu :

3°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a pas dépassé les trois mois de séjour en dehors du territoire français autorisés par l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est de bonne foi ;

- elle se trouve dans une situation financière précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 1er mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département des Pyrénées-Orientales. A la suite d'un contrôle de sa situation retenant qu'elle n'avait pas déclaré ses séjours hors du territoire national pour l'année 2019 notamment, ainsi que la situation professionnelle et les ressources d'un de ses enfants, l'intéressée s'est vue notifier, par décision du 8 juillet 2021, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 809,58 euros pour la période du 1er janvier 2019 au 30 juin 2021. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision du 27 septembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a refusé de lui accorder une remise de sa dette et, ainsi, implicitement confirmé le bien-fondé de cet indu.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité :

2. En premier lieu, la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a donné délégation, par un arrêté n° 5504-2021 du 11 mars 2020, à M. E B, responsable du service " accès aux droits ", à l'effet de signer les décisions individuelles prises sur les recours en matière de revenu de solidarité active. Par suite, la décision attaquée du 27 septembre 2021, signée par M. E B, n'est pas entachée d'incompétence et le moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

4. Il résulte des termes de la décision du 27 septembre 2021 qu'elle mentionne porter sur un indu de 5 675,44 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er janvier 2019 au 30 juin 2021. Elle mentionne en outre être fondée sur l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles et indique enfin résulter d'un contrôle opéré par la caisse d'allocations familiales révélant que Mme C avait résidé en 2019 hors du territoire au-delà du temps prévu par la réglementation. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé :

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ".

6. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir une condition de ressources et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

7. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C a pour origine la prise en compte de séjours excédant trois mois effectués à l'étranger en 2019 ainsi que l'absence de déclaration de la situation professionnelle et des ressources d'un de ses enfants. Il ressort du rapport d'enquête établi le 25 juin 2021 par un agent assermenté, dont les énonciations font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme C a séjourné au Maroc durant 167 jours au cours de l'année 2019. Si la requérante soutient qu'elle ne s'est pas absentée du territoire français plus de trois mois en 2019, les différents timbres apposés sur son passeport ne permettent pas de l'établir. Dans ces conditions, la requérante ne remet pas utilement en cause les constatations du rapport d'enquête.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 27 septembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a implicitement confirmé le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

Sur la demande de remise de dette :

9. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

11. Si Mme C soutient qu'elle se trouve dans une situation financière précaire, elle n'apporte au soutien de sa demande de remise de dette aucun justificatif relatif à ses charges et à ses ressources actuelles. Dans ces conditions, et en supposant même qu'elle soit de bonne foi, l'intéressée n'établit pas se trouver, à la date du présent jugement, dans une situation de précarité telle qu'elle ne puisse faire face au remboursement de sa dette.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête présentée par Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au département des Pyrénées-Orientales, à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales et à Me Chninif.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 29 juin 2023.

La greffière,

F. Roman

No 2201723

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