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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201724

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201724

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201724
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGUILLERM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, M. A B, représenté par Me Guillerm, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, en droits et pénalités, auxquels il a été assujetti au titre des années 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 et 2015 et de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015 ;

2°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, auxquels il a été assujetti au titre des années 2016, 2017 et 2018 et de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, en fixant le montant de l'impôt sur le revenu à payer à 75 206 euros et le montant de taxe sur la valeur ajoutée concernant l'activité de transport à 59 566 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'il se trouve en situation de défaillance déclarative, il est régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés depuis le 1er mars 2000 pour son activité de transport routier ; il n'a dès lors exercé aucune activité occulte et le droit de reprise de l'administration ne pouvait s'exercer, en application des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales que dans la limite de trois années, soit les années 2016, 2017 et 2018 ;

- il est en droit de déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ses achats de carburant pour son activité de transport ;

- en l'absence d'activité occulte, la majoration de 80% infligée n'est pas justifiée et seule peut être appliquée une majoration de 40% pour défaut de déclaration dans les trente jours à compter de la mise en demeure, au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

- le service devra tirer les conséquences du délai de reprise limité aux années 2016, 2017 et 2018 en ce qui concerne les intérêts de retard prévus par les dispositions de l'article 1727 du code général des impôts, soit un taux de 0,40% pour les intérêts courus jusqu'au 31 décembre 2017 et un taux de 0,20% pour les intérêts courant à compter du 1er janvier 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions portant sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu sont irrecevables, l'objet du litige se limitant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés dans la réclamation préalable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Avrilleau, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'une vérification de comptabilité relative à l'exercice de son activité de transport routier de frêt. En l'absence de dépôt de ses déclarations fiscales obligatoires, le service a mis à sa charge d'une part, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu par voie d'évaluation d'office sur le fondement de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales au titre des années 2010 à 2018 et d'autre part des rappels de taxe sur la valeur ajoutée par voie de taxation d'office sur le fondement de l'article L. 66-3 de ce livre au titre de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2018. M. B demande la décharge de ces impositions supplémentaires en droits et pénalités au titre des années 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 et 2015 et de la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015 et la réduction de ces impositions supplémentaires au titre des années 2016, 2017 et 2018 et de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018.

Sur la recevabilité des conclusions :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de l'administration des impôts ou de l'administration des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition () ". Aux termes de l'article R. 200-2 de ce livre : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ".

3. Si M. B demande la décharge et la réduction des cotisations supplémentaires mises à sa charge au titre de l'impôt sur le revenu, ces conclusions sont irrecevables en application des dispositions précitées dès lors que la réclamation préalable présentée par le requérant le 21 avril 2021 portait seulement sur la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le service doit être accueillie.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le délai de reprise :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte ou lorsqu'il est bénéficiaire de revenus distribués par une personne morale exerçant une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ". Dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

5. Il est constant qu'en dépit de mises en demeure, M. B n'a pas déposé ses déclarations fiscales obligatoires au titre des années vérifiées pour son activité professionnelle de transport routier de frêt de proximité, alors que le service a relevé l'émission de factures liées à cette activité pour la période du 19 janvier 2010 au 31 décembre 2018. Si M. B fait valoir que son entreprise est inscrite au registre du commerce et des sociétés pour cette activité de transport routier de frêt depuis le 1er mars 2000 sous l'identifiant SIRET n°41221119500117, il résulte toutefois de l'instruction que M. B a fermé l'établissement au répertoire Sirene à compter du 30 juin 2003 avant de procéder le 2 décembre 2017 à une nouvelle immatriculation de l'établissement de transport auprès du registre du commerce et des sociétés. En outre, il ressort des termes de la proposition de rectification que M. B a indiqué au vérificateur qu'étant immatriculé dans le cadre de son autre activité individuelle agricole, il pensait ne pas avoir à procéder à une nouvelle immatriculation de l'activité individuelle de transport. Dès lors, il résulte de l'instruction qu'entre le 30 juin 2003 et le 2 décembre 2017, le requérant a poursuivi la même activité de transport routier de frêt de proximité sans avoir accompli les diligences nécessaires après du centre de formalités des entreprises ou auprès du greffe du tribunal de commerce. Dans ces conditions, l'exercice d'une activité occulte par M. B est établie et celui-ci ne peut être regardé comme ayant commis une erreur au sens de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales précité. Il s'ensuit que le droit de reprise de l'administration n'était pas prescrit lorsque la proposition de rectification lui a été notifiée le 6 novembre 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée sont atteints par la prescription doit être écarté.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible :

6. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; b) Celle qui est due à l'importation ; c) Celle qui est acquittée par les redevables eux-mêmes lors de l'achat ou de la livraison à soi-même des biens ou des services ; d) Celle qui correspond aux factures d'acquisition intracommunautaire établies conformément à la réglementation communautaire dont le montant figure sur la déclaration de recettes conformément au b du 5 de l'article 287. 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession soit desdites factures, soit de la déclaration d'importation sur laquelle ils sont désignés comme destinataires réels () ". Aux termes de l'article 289 de ce code : " I. - 1. Tout assujetti est tenu de s'assurer qu'une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers (). II. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée. ". Aux termes de l'article 242 nonies A de l'annexe II du même code : " I. - Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : 1° Le nom complet et l'adresse de l'assujetti et de son client ; () ".

7. Si M. B se prévaut du caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ses achats de carburant, il ne produit toutefois aucune facture permettant de l'établir et se borne à produire des extraits de Grand Livre, qui ne sauraient tenir lieu de factures. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir du caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée.

En ce qui concerne la majoration de 80% pour activité occulte :

8. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".

9. Il résulte de ce qui précède que M. B a mené entre le 30 juin 2003 et le 2 décembre 2017 une activité occulte de transport routier de frêt de proximité sans avoir déposé aucune déclaration fiscale et sans avoir accompli les diligences nécessaires auprès du centre de formalités des entreprises ou du greffe du tribunal de commerce. Par suite, l'administration fiscale était fondée à lui appliquer la majoration de 80% prévue par les dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts.

En ce qui concerne les intérêts de retard :

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la réduction des intérêts de retard mis à sa charge au titre des années 2016, 2017 et 2018.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin de décharge ou de réduction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme demandée par M. B.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 janvier 2024.

Le greffier,

F. Balicki

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