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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201762

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201762

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201762
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantDBKM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, M. A D, représenté par Me Bapcérès, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite du 28 juillet 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé un indu de revenu solidarité active d'un montant de 1 457,80 euros pour la période allant du 1er août 2018 à décembre 2019 ;

2°) de le décharger du paiement de cette somme ;

3°) d'enjoindre au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales de restituer les sommes recouvrées, le cas échéant, au titre de l'indu ;

4°) à titre subsidiaire, de prononcer la remise gracieuse de cet indu ;

5°) en tout état de cause, de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales et de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, chacun en ce qui le concerne, une somme de 1 200 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de démontrer la saisie de la commission de recours amiable ;

- elle méconnait l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la demande de remise gracieuse :

- il est de bonne foi ;

- il justifie d'une situation de précarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ancienne compagne de M. D, a bénéficié du revenu de solidarité active dans le département des Pyrénées-Orientales depuis le mois d'août 2018. À la suite d'un contrôle de la situation de Mme C dont il a résulté une réintégration dans les ressources du foyer dont M. D faisait alors partie, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a notifié à Mme C, par une décision du 30 janvier 2020, un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er août 2018 à décembre 2019. Par une décision du 22 juillet 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a procédé à un partage de la créance suite à la séparation du couple en laissant à la charge de M. D une somme de 1 715,56 euros. Cependant, à la suite du décès de Mme C, la totalité de la dette a été imputée à M. D. Par un courrier du 21 mai 2021, M. D a formé un recours pour contester cette dette qui a été implicitement rejeté par la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales. Par la présente requête, M. D demande, à titre principal, l'annulation de cette dernière décision ainsi que la décharge du montant de cet indu et, à titre subsidiaire, la remise gracieuse de la somme de 1 457,80 euros mise à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un recours préalable obligatoire fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision se trouve entachée d'illégalité si son auteur n'en communique pas les motifs à l'intéressé dans le délai d'un mois qui suit la demande formée par ce dernier à cette fin dans le délai de recours contentieux.

4. Il ne résulte pas de l'instruction que M. D aurait demandé la communication des motifs de la décision implicite qu'il conteste. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision confirmant l'indu mis à sa charge ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, le recours administratif préalable obligatoire est soumis pour avis à la commission de recours amiable, sous réserve des limites prévues par la convention conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département mentionnée à l'article L. 262-25 du même code. Aux termes de l'article R. 262-89 du même code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".

6. La consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestation relative au revenu de solidarité active formée auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 précité du même code. En l'espèce, en vertu de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département des Pyrénées-Orientales et la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, les recours administratifs en matière de contestation relative au bien-fondé de l'indu ne sont pas soumis pour avis à la commission de recours amiable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de recours amiable est inopérant et ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Cependant aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées () ". Ces dernières dispositions, en fixant un délai spécifique de prescription de deux ans pour procéder à la récupération d'indus de revenu de solidarité active, excluent celles générales du code des relations entre le public et l'administration.

8. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. D ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration pour soutenir que la décision litigieuse aurait illégalement procédé au retrait de la décision du 22 juillet 2020 de partage de la dette.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées.

Sur la demande de remise gracieuse :

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.

11. Dans la présente instance, M. D demande au tribunal de le décharger de sa dette de revenu de solidarité active d'un montant de 1 457,80 euros. Toutefois, le requérant ne produit aucun justificatif et ne met ainsi pas le tribunal en mesure d'apprécier son éventuelle situation de précarité. Par suite, le moyen doit être regardé comme n'étant manifestement pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département des Pyrénées-Orientales et de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au département des Pyrénées-Orientales et à Me Bapcérès.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le président,

D. BLa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2023.

La greffière,

F. Roman

No 220176

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