vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2201842 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | JURILYS AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 avril et 30 septembre 2022, la société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) Solution Coopérative pour l'Emploi - Melting, représentée par Me Bernard, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et des taxes additionnelles mises à sa charge au titre des années 2018 et 2019, assortie des intérêts moratoires ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est constituée sous la forme d'une société à but non lucratif ;
- elle ne réalise pas de bénéfice dès lors qu'elle a pour objet social la mise à disposition de personnel au profit de ses associés dont l'activité est non lucrative, moyennant une somme correspondant exactement à la part leur incombant dans les dépenses communes ; ce n'est qu'à titre accessoire qu'elle exerce son activité au profit de personnes non associées, soit 0,1% de son chiffre d'affaires, ce qui ne constitue pas une cause de requalification en activité lucrative ;
- la seule augmentation de son chiffre d'affaires démontre simplement que les adhérents ont accru leur demande et ne saurait démontrer la lucrativité de la structure ;
- la mise à disposition de personnel, qu'elle facture à prix coûtant est nécessairement moins coûteuse que dans le secteur concurrentiel qui applique une marge ;
- la rémunération perçue par sa présidente est proportionnée aux ressources de l'association et constitue la contrepartie des sujétions imposées dans l'exercice de son mandat ; elle ne saurait remettre en cause le caractère désintéressé de son activité ; cette rémunération est inférieure à trois fois le plafond annuel de la sécurité sociale, commenté par le service dans sa doctrine BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20 n°230 à 250 du 12 septembre 2012 ;
- l'objectif de la loi fiscale est de rester neutre par rapport au choix de la forme d'exploitation retenue ; le fait qu'elle soit une SCIC constituée en la forme de société par actions simplifiée (SAS) et assujettie de plein droit à l'impôt sur les sociétés a trait à sa forme sociale, et ne préjuge en rien du caractère lucratif de son activité ; il est constant que le Conseil d'Etat, en matière de contribution économique territoriale, apprécie le caractère de l'activité exercée à partir d'un faisceau d'indices sans s'attacher, à priori, à la nature juridique du redevable ; ainsi, un groupement dont la gestion est désintéressée et dont aucun de ses membres n'exerce une activité lucrative ne peut être regardé comme exerçant lui-même une activité lucrative ;
- l'administration elle-même avait d'ailleurs qualifié de non lucrative son activité pour lui refuser le droit au bénéfice du remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi ; cette prise de position formelle quant à son activité lui est opposable sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête de sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 47-1775 du 10 septembre 1947 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Etienne, représentant la SCIC Solution Coopérative pour l'Emploi - Melting.
Considérant ce qui suit :
1. La SCIC Solution Coopérative Pour l'Emploi - Melting, constituée sous la forme d'une société par actions simplifiée (SAS), est spécialisée dans le secteur d'activité des agences de travail temporaire. Au titre des années 2018 et 2019, elle s'est spontanément acquittée de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, de la taxe additionnelle ainsi que des frais de gestion y afférent, dont elle demande la décharge par la présente requête.
Sur les conclusions en décharge :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de commerce : " Le caractère commercial d'une société est déterminé par sa forme ou par son objet. / Sont commerciales à raison de leur forme et quel que soit leur objet, () les sociétés par actions. ".
3. Aux termes de l'article 19 quinquies de la loi du 10 septembre 1947 portant statut de la coopération : " Les sociétés coopératives d'intérêt collectif sont des sociétés anonymes, des sociétés par actions simplifiées ou des sociétés à responsabilité limitée à capital variable régies, sous réserve des dispositions de la présente loi, par le code de commerce. Elles ont pour objet la production ou la fourniture de biens et de services d'intérêt collectif, qui présentent un caractère d'utilité sociale. () ".
4. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts dans sa rédaction alors en vigueur : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 8 ter, 239 bis AA, 239 bis AB et 1655 ter, sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quel que soit leur objet, les sociétés anonymes, les sociétés en commandite par actions, les sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes dans les conditions prévues au IV de l'article 3 du décret n° 55-594 du 20 mai 1955 modifié, les sociétés coopératives et leurs unions ainsi que, sous réserve des dispositions des 6° et 6° bis du 1 de l'article 207, les établissements publics, les organismes de l'Etat jouissant de l'autonomie financière, les organismes des départements et des communes et toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif. ".
5. Aux termes de l'article 1586 ter du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les personnes physiques ou morales ainsi que les sociétés non dotées de la personnalité morale et les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent une activité dans les conditions fixées aux articles 1447 et 1447 bis et dont le chiffre d'affaires est supérieur à 152 500 € sont soumises à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. / II. - 1. La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises est égale à une fraction de la valeur ajoutée produite par l'entreprise, telle que définie à l'article 1586 sexies / Pour la détermination de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, on retient la valeur ajoutée produite et le chiffre d'affaires réalisé au cours de la période mentionnée à l'article 1586 quinquies, à l'exception () de la valeur ajoutée afférente aux activités exonérées de cotisation foncière des entreprises en application des articles 1449 à 1463 () / ()". Aux termes de l'article 1447 du même code : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales () qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée () ".
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1586 ter du code général des impôts, éclairées par leurs travaux préparatoires que, pour définir les redevables de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, le législateur a entendu renvoyer à la définition des redevables de la cotisation foncière des entreprises telle qu'elle résulte de l'ensemble des dispositions de l'article 1447 du code général des impôts. Ne sont pas soumises à la cotisation foncière des entreprises les personnes qui se livrent à une exploitation ou effectuent des opérations, même à titre habituel, de caractère non lucratif.
7. Il résulte de l'instruction que la SCIC Solution Coopérative Pour l'Emploi - Melting, constituée sous forme de SAS, se déclare dans ses statuts en qualité de société à but non lucratif. Elle a pour objet social la mise à disposition temporaire de salariés qu'elle recrute et rémunère, au profit de ses associés, personnes physiques ou associations à but non lucratif intervenant dans le domaine du handicap et à titre accessoire au profit de personnes non associées, moyennant des sommes correspondant exactement à la part leur incombant dans les dépenses communes. Elle fait valoir que sa gestion est désintéressée dès lors que ses associés poursuivent un but non lucratif et que ces prestations de mise à disposition de personnels, facturées à prix coûtant, sont nécessairement moins onéreuses que dans le secteur concurrentiel. Toutefois, même si elle ne poursuit pas la réalisation de bénéfices, en permettant ainsi à ses associés de réaliser une économie de dépenses afférentes à leurs activités, la requérante doit être regardée comme ayant pour objet de leur procurer un avantage financier dans leur intérêt. Par ailleurs, l'absence effective de profit qu'invoque la requérante n'est pas, en elle-même, un indice suffisant de la gestion désintéressée qui implique, en outre, non seulement l'exclusion délibérée et préalable de toutes réalisations de gains mais également que les gains éventuels ne puissent pas être appréhendés ni en fait ni en droit. Tel n'est pas le cas en l'espèce dès lors que l'article 31 des statuts de la requérante, qui sont ceux d'une société par actions simplifiée, n'exclut pas la distribution d'excédents au profit de ses actionnaires.
8. Enfin, la circonstance que l'administration a rejeté le 21 janvier 2021 une réclamation de la requérante portant sur le remboursement d'un crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au motif qu'elle n'était pas éligible du fait, notamment, du caractère non lucratif de son activité inscrit dans ses statuts ne saurait constituer une prise de position formelle de l'administration fiscale dont la société requérante pourrait utilement se prévaloir sur le fondement des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales.
9. Dans ces conditions, la SCIC Solution Coopérative pour l'Emploi - Melting doit être regardée comme exerçant une activité à but lucratif, répondant à la définition des redevables à la cotisation foncière des entreprises telle qu'elle résulte des dispositions de l'article 1447 du code général des impôts, et doit être soumise à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises prévue à l'article 1586 ter du code général des impôts. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et des taxes additionnelles mises à sa charge au titre des années 2018 et 2019.
S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
10. La requérante ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'instruction fiscale référencée BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20 paragraphes n°230 à n°250 du 12 septembre 2012 qui concerne des organismes privés sans but lucratif et dans les prévisions de laquelle elle n'entre pas.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SCIC Solution Coopérative pour l'Emploi - Melting à fin de décharge ne sont pas fondées.
12. Le présent jugement n'impliquant aucune restitution d'impôt, les conclusions tendant au versement des intérêts moratoires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société requérante au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCIC Solution Coopérative pour l'Emploi - Melting est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société coopérative d'intérêt collectif Solution Coopérative pour l'Emploi - Melting et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 janvier 2024.
Le greffier,
F. Balickifb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026