vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2201855 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril 2022 et 6 décembre 2023, Mme D F, agissant en son nom et en celui de son fils A C, représentée par Me Badji-Ouali, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite du 2 janvier 2022 par laquelle le rectorat de l'académie de Montpellier a refusé d'indemniser les préjudices qu'elle et son fils estiment avoir subis dans le cadre de la scolarisation de ce dernier au sein de l'école Nelson Mandela de Juvignac ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnisation à hauteur de 10 000 euros s'agissant de ses préjudices et à hauteur de 5 000 euros s'agissant des préjudices subis par son fils ;
3°) d'enjoindre à l'inspecteur d'académie de l'Hérault de prendre toutes les dispositions nécessaires au respect des mesures mises en place par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que le rectorat de l'académie de Montpellier a commis une de nature à engager sa responsabilité à son égard ; il n'a pas correctement appliqué les dispositions de l'article L. 112-1 du code de l'éducation ainsi que l'obligation d'instruction prévue à l'article L. 131-2 du même code ; par une décision du 6 juin 2018 renouvelé le 13 février 2019, son fils bénéfice de l'attribution d'une auxiliaire de vie scolaire (AVS) à raison de 15 heures par semaine ; or le temps scolaire A, accompagné d'une AVS, a été limité à 9 heures par semaine ; il a été privée pendant plus de 14 mois des 15 heures hebdomadaires d'accueil avec une AVS.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 4 juillet 2023, le 6 novembre 2023 et le 18 décembre 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique, et notamment son article L. 1432-2 ;
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, mère de l'enfant A C né le 20 mars 2013, atteint d'un trouble du spectre autistique associé à un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, a obtenu, le 13 février 2019, une décision d'orientation de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du département de l'Hérault, afin que son fils puisse bénéficier d'une prise en charge dans une unité localisée d'inclusion scolaire (ULIS) ainsi que d'une prise en charge en services d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2022. Après avoir présenté le 20 octobre 2021 une réclamation préalable d'indemnisation, implicitement rejetée, Mme F, estimant que l'Etat est responsable d'une scolarisation inadaptée de son fils au sein de l'école Nelson Mandela de Juvignac, pendant quatorze mois, demande la condamnation de ce dernier à l'indemniser des préjudices de son fils mineur et de ses propres préjudices.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet :
2. De telles conclusions doivent être rejetées comme irrecevables dès lors que la décision implicite de rejet sur sa demande d'indemnisation préalable n'a pour seul objet que de lier le contentieux.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. () ". Aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation. / () / Pour favoriser l'égalité des chances, des dispositions appropriées rendent possible l'accès de chacun, en fonction de ses aptitudes et de ses besoins particuliers, aux différents types ou niveaux de la formation scolaire. / () ".
4. Aux termes de l'article L. 112-1 de ce code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire () aux enfants () présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents () handicapés. / () ". Aux termes de l'article L. 112-2 du code de l'éducation, dans sa rédaction applicable au litige : " Afin que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant () handicapé a droit à une évaluation de ses compétences, de ses besoins et des mesures mises en œuvre (). Cette évaluation est réalisée par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles. () / En fonction des résultats de l'évaluation, il est proposé à chaque enfant () handicapé, ainsi qu'à sa famille, un parcours de formation qui fait l'objet d'un projet personnalisé de scolarisation assorti des ajustements nécessaires en favorisant, chaque fois que possible, la formation en milieu scolaire ordinaire. Le projet personnalisé de scolarisation constitue un élément du plan de compensation visé à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles. Il propose des modalités de déroulement de la scolarité coordonnées avec les mesures permettant l'accompagnement de celle-ci figurant dans le plan de compensation ".
5. Aux termes de l'article L. 351-1 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Les enfants et adolescents présentant un handicap ou un trouble de santé invalidant sont scolarisés dans les écoles maternelles et élémentaires et les établissements visés aux articles L. 213-2, L. 214-6, L. 422-1, L. 422-2 et L. 442-1 du présent code et aux articles L. 811-8 et L. 813-1 du code rural et de la pêche maritime, si nécessaire au sein de dispositifs adaptés, lorsque ce mode de scolarisation répond aux besoins des élèves. Les parents sont étroitement associés à la décision d'orientation et peuvent se faire aider par une personne de leur choix. La décision est prise par la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles, en accord avec les parents ou le représentant légal. A défaut, les procédures de conciliation et de recours prévues aux articles L. 146-10 et L. 241-9 du même code s'appliquent. Dans tous les cas et lorsque leurs besoins le justifient, les élèves bénéficient des aides et accompagnements complémentaires nécessaires. () ".
6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions, d'une part, que le droit à l'éducation étant garanti à chaque enfant quelles que soient les différences de situation et, d'autre part, que l'obligation scolaire s'appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants en situation de handicap ne sauraient avoir pour effet, ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Ainsi, il incombe à l'Etat, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, et, le cas échéant, de ses responsabilités à l'égard des établissements sociaux et médico-sociaux, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants en situation de handicap, un caractère effectif.
7. Il s'ensuit que la carence de l'Etat à assurer effectivement le droit à l'éducation des enfants soumis à l'obligation scolaire est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité. La responsabilité de l'Etat doit toutefois être appréciée en tenant compte, s'il y a lieu, du comportement des responsables légaux de l'enfant, lequel est susceptible de l'exonérer, en tout ou partie, de sa responsabilité. En outre, lorsque sa responsabilité est engagée à ce titre, l'Etat dispose, le cas échéant, d'une action récursoire contre un établissement social et médico-social auquel serait imputable une faute de nature à engager sa responsabilité à raison du refus d'accueillir un enfant orienté par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH).
8. Mme F reproche à l'Etat le caractère partiel de la scolarisation de son fils à l'école Nelson Mandela, de septembre 2019 à décembre 2020, qu'elle estime non conforme à la décision de la CDAPH du 13 février 2019 qui accorde une aide humaine individuelle à A en milieu scolaire à hauteur de quinze heures hebdomadaires.
9. En premier lieu, il résulte des termes de cette décision que celle-ci n'impliquait pas par elle-même une scolarisation de quinze heures hebdomadaires mais seulement la mise en place d'un accompagnement par une auxiliaire de vie sur le temps scolaire A dans la limite de quinze heures. Dans ces conditions, alors que, conformément à cette décision, A a été systématiquement, sur la période en litige, assisté d'une auxiliaire de vie scolaire (AVS) dans la limite de son temps de scolarisation, Mme F n'est pas fondée à soutenir que les services de l'Etat auraient commis des manquements dans leur obligation de mise en œuvre des décisions de la CDAPH.
10. En second lieu, il résulte de l'instruction que, malgré la décision CDAPH orientant A au sein d'une ULIS, il a été, excepté une seule journée, scolarisé au sein de l'école Nelson Mandela dans une classe ordinaire de CP puis de CE1. Au sein de cet établissement, les différentes réunions, des équipes de suivi de scolarisation (ESS) A, composée du directeur de l'école Nelson Mandela, de la requérante, de l'AVS qui suit A, de l'enseignant référence handicap du secteur, du kinésithérapeute, de l'orthophoniste A, d'un psychologue de l'éducation nationale et de l'enseignante affectée en milieu hospitalier, ont toutes collégialement acté un temps de scolarisation limité à neuf heures hebdomadaires pour tenir compte des difficultés rencontrées liées à la gestion des actes de violence que pouvait commettre A envers ses camarades ou son AVS, et à ses difficultés d'apprentissage au sein d'une classe ordinaire. En particulier le GevaSco d'avril 2019, consignant les préconisations de la réunion de l'ESS d'avril 2019, tenue alors qu'Amir était encore scolarisé en maternelle et dans l'optique de son passage en CP, indique qu'un emploi de temps de neuf heures hebdomadaires a été mis en place. Après un passage d'une seule journée en classe ULIS en septembre 2019, écourté suite au changement d'avis de Mme F, estimant la classe inadaptée à son fils, A a été de nouveau scolarisé en milieu ordinaire à compter du 4 novembre 2019 en CP à l'école Nelson Mandela, afin d'accéder à la demande de Mme F de s'absenter un mois avec son fils au B, malgré les réticences de l'équipe pédagogique rappelant le besoin d'emploi du temps routinier pour A. Le GevaSco de novembre 2019 a relevé qu'à son retour, A a montré un comportement relativement violent et inadapté. A ce stade, l'ESS a conclu qu'un temps de scolarisation à neuf heures demeure le plus adapté et qu'une orientation en ULIS reste préférable. Une autre réunion de l'ESS le 3 février 2020 précise une fois de plus les grandes difficultés d'apprentissage A dans une classe de 28 élèves, soulignant un apprentissage individuel et totalement décroché du reste de la classe et confirme un temps de scolarisation à neuf heures hebdomadaires, aménagé avec des horaires décalés pour s'adapter aux angoisses de l'enfant. Ensuite, il résulte de l'instruction qu'à la rentrée 2020/2021, A est scolarisé en classe de CE1 à l'école Nelson Mandela jusqu'en décembre et l'ESS du 24 novembre accède à la demande de Mme F d'augmenter le temps de scolarisation à quinze heures tout en précisant qu'elle estime que la solution n'est pas bienveillante pour A et qu'une scolarisation en ULIS reste préférable conformément à la décision de la CDAPH. Enfin, il résulte de l'instruction que, postérieurement à la période en litige, le GevaSco du 22 juin 2021, tenant l'échec de l'augmentation du temps de scolarisation A, a indiqué que l'ESS propose d'inscrire A dans le dispositif ULIS de Saint Georges d'Orques et a précisé que " l'augmentation du temps scolaire ne peut se faire que dans le cadre du dispositif ULIS. Si sa maman refuse cette proposition, A ne pourra être accueilli plus de 10h par semaine en classe ordinaire ". Dans ces conditions, alors qu'une durée de scolarisation plus importante n'était ni souhaitable ni envisageable, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le caractère partiel de la scolarisation de son fils en milieu ordinaire au sein de l'école Nelson Mandela de Juvignac constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices subis du fait des manquements dans la scolarisation A au sein de l'école Nelson Mandela de Juvignac.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la requérante la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à la rectrice de l'académie de Montpellier et à Me Badji-Ouali.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Philippe Gayrard, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Marion Bossi, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
I. ELe président,
JP. Gayrard
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de le jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 avril 2024.
La greffière,
B. Flaesch.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026