vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2201887 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 avril 2022, le 5 septembre 2022, le 20 septembre 2022, le 3 janvier 2023, le 27 octobre 2023 et les 12 et 14 décembre 2023, Mme F C et M. E D, représentés par Me Ruffel, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2021 en ce que le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault leur a notifié un indu de 13 823,43 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2020 au 31 octobre 2021 ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté leur recours administratif dirigé contre cette décision ;
3°) d'annuler la décision du 7 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à charge ;
4°) à titre principal, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales et au département de l'Hérault de rétablir Mme C dans ses droits au revenu de solidarité active, déduction faite de la période de vie maritale entre février 2021 et mai 2021 puis septembre 2021 et de son activité salariée entre mai 2020 et octobre 2020 ;
5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales et au département de l'Hérault de réexaminer la situation de Mme C en tenant compte de la situation réelle qu'elle expose ;
6°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- l'indu n'est pas fondé dès lors que la réintégration dans leurs ressources des revenus de M. D pour la période du 1er mai au 31 octobre 2020 n'a pu conduire à remettre en cause l'ensemble des droits ; ils n'ont été en couple que de février 2021 à mai 2021 et depuis septembre 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision du 23 novembre 2021 est irrecevable dès lors que la décision du 7 juillet 2022 s'y est substituée ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Ruffel, représentant Mme C et M. D.
La clôture de l'instruction a été différée au 20 décembre 2023 à 12 heures.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est bénéficiaire du revenu de solidarité active. À la suite d'un contrôle de situation, il a été constaté que Mme C n'avait pas déclaré des salaires perçus de mai 2020 à octobre 2020 et il a été estimé qu'elle avait dissimulé une relation de concubinage depuis le mois de décembre 2019. En conséquence, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié, par une décision du 23 novembre 2021, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 823,43 euros pour la période du 1er février 2020 au 31 octobre 2021. Mme C et M. D contestent la régularité de la récupération de cet indu ainsi que son bien-fondé en ce qu'il a été pris en compte une situation de concubinage. Les requérants ne contestent pas en revanche avoir omis la déclaration des salaires perçus de mai 2020 à octobre 2020.
Sur le périmètre du litige :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite d'un tel recours se substituent nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d'être déférées au juge.
4. Il résulte de l'instruction que Mme C a formé le recours préalable prévu par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles contre la décision du 23 novembre 2021 lui notifiant l'indu en litige de revenu de solidarité active. Le président du conseil départemental de l'Hérault en a accusé réception le 22 avril 2022 et l'a rejeté explicitement par une décision du 7 juillet 2022. Dans ces conditions, les conclusions de Mme C et M. D doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre cette dernière décision du 7 juillet 2022 qui s'est substituée tant à la décision du 23 novembre 2021 qu'à celle initialement née implicitement du silence gardé sur le recours préalable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 23 novembre 2021 du directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault aurait rejeté son recours administratif est inopérant et ne peut qu'être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité de la décision du 7 juillet 2022 :
5. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
6. Il résulte des termes de la décision du 7 juillet 2022 qu'elle mentionne porter sur un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 13 823,43 euros pour la période du 1er février 2020 au 31 octobre 2021. Elle mentionne en outre être fondée sur les articles R. 262-37 et R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles et indique enfin résulter des déclarations contradictoires de Mme C quant à sa vie maritale et de la réintégration dans ses ressources des revenus de M. D et de ses revenus tirés de son activité salariée pour la période de mai à octobre 2020. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 7 juillet 2022 doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
7. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-9 même code prévoit que : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période A durée déterminée, pour : 1° A personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; 2° A femme isolée en état de grossesse, ayant effectué la déclaration de grossesse et les examens prénataux. La durée de la période de majoration est prolongée jusqu'à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". En vertu de l'article L. 262-3 dudit code, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".
8. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".
9. Il résulte des dispositions citées aux points précédents que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend notamment du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. A telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
10. Il résulte de l'instruction que Mme C s'est installée chez M. D à compter du 27 décembre 2019. Si les requérants reconnaissent une relation de couple du 24 février 2021 au 14 mai 2021 et à compter du 31 octobre 2021, ils contestent en revanche toute réalité de cette situation en dehors de ces périodes. Il est fait valoir que Mme C était seulement hébergée à titre gratuit par M. D et que Mme C a également été hébergée chez des tiers. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'enquête du 28 octobre 2021, établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et dont les constatations de fait font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme C et M. D résident à la même adresse depuis le 27 décembre 2019, les attestations de tiers étant insuffisamment circonstanciées pour établir une interruption de cette résidence commune. Il résulte également de l'instruction que M. D a reconnu le premier enfant de Mme C né en 2018 ainsi que le second enfant né en février 2021, sans que, en dépit de la séparation alléguée, Mme C eût fait valoir ses droits à pension alimentaire. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'attestation établie par M. D, que celui-ci a apporté une aide financière à Mme C depuis sa rencontre. Compte tenu de ces indices concordants, Mme C et M. D doivent être regardés comme ayant entretenu une relation de couple stable et durable depuis le 27 décembre 2019. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les salaires de M. D ne pouvaient pas être pris en compte pour la détermination des ressources du foyer qu'ils constituaient.
11. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que les ressources du foyer de Mme C et M. D excèdent le plafond de ressources leur permettant de bénéficier du revenu de solidarité active, ils ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 7 juillet 2022 ainsi que la décharge de l'indu de revenu de solidarité active qui leur a été notifié.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C et M. D doit être rejetée, y compris leurs conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C et M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C et M. E D et au département de l'Hérault.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
Le président,
D. B
La greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 22 décembre 2023.
La greffière,
F. Roman
No 2201887
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026