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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202017

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202017

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202017
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET BERTIN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 21 avril 2022 et le 22 mai 2023, la Société ORANGE, représentée par Me Bertin, demande au tribunal :

1°) de condamner société EHTP à lui verser la somme de 38 895,48 euros HT assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 août 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la société EHTP la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner la société EHTP aux entiers dépens de la procédure.

Elle soutient que :

- qu'elle est fondée, en tant que tiers par rapport à une opération de travaux publics, à rechercher la responsabilité sans faute de la société EHTP ; le lien de causalité entre les travaux exécutés par cette société et le dommage qu'elle a subi est parfaitement établi dès lors que la rupture des câbles lui appartenant se situe à l'endroit même où la société EHTP a creusé une tranchée pour réaliser les travaux d'assainissement sur les réseaux d'eaux usées et d'alimentation en eau potable ; le panneau de signalisation des travaux indique que l'intervention sur ledit réseau d'assainissement est assuré par la société EHTP alors que l'arrêté de réglementation de la circulation et de stationnement automobile désigne cette seule société comme bénéficiant d'une autorisation d'occupation du domaine public ;

- la société EHTP a méconnu les dispositions de l'article R 554-25 du code de l'environnement en n'adressant la déclaration d'intention de commencement des travaux lui permettant d'obtenir le plan du réseau souterrain de la société requérante qu'un mois après la réalisation des travaux en cause ;

- la société EHTP a manqué à ses obligations tirées de l'article L 554-1 du code de l'environnement ;

- en tant que professionnel de la construction, elle est, à ce titre, assujettie à une obligation de prudence dans la réalisation de ses travaux ;

- elle a subi des dommages correspondant aux coûts de l'intervention provisoire puis aux frais de réparation des câbles endommagés par l'opération de travaux publics effectués sur la voirie, à l'angle de l'avenue Joseph Reboul et de la place Saint Roch dans la commune de Le Crès ; le montant du préjudice se justifie par la nécessité de remplacer plusieurs câbles, l'intervention du personnel de la société ORANGE et le recours à un sous-traitant pour procéder aux travaux de réparation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement le 26 janvier 2023 et le 24 mai 2023, la société EHTP, représentée par Me Bonnet, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de la société Orange la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- les observations de Me Bertin, pour la société Orange, et celles de Me Bonnet, pour la SAS EHTP.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 juillet 2019, alertée par ses clients dont le service de téléphonie s'est trouvé interrompu, la société Orange a relevé que le réseau de câbles souterrain lui appartenant a été endommagé sous la chaussée au niveau du 2, de l'avenue Joseph Reboul, dans la commune de Le Crès. Selon les constatations opérées le 5 août suivant par un technicien de la société, les dommages auraient été causés par les travaux sur le réseau d'assainissement et celui d'eau potable effectués par la société EHTP pour Montpellier Métropole Méditerranée. A la suite de ces constatations, la société Orange a procédé aux travaux de remise en état et informé, le 7 août, la société EHTP de son intention d'engager sa responsabilité en raison des désordres constatés. Et, le 20 mai 2020 la société EHTP a contesté par courrier son implication dans le dommage subi par la requérante. Après plusieurs relances et mises en demeure restées sans réponse, la société Orange demande la condamnation de la société EHTP au paiement de la somme totale de 38 895,48 € HT au titre du préjudice subi à l'occasion du sinistre constaté le 5 août 2019.

Sur les conclusions en indemnisation :

2. L'entrepreneur, qui est responsable, même en l'absence de faute, des dommages causés aux tiers par l'exécution des travaux publics dont il a la charge, ne peut dégager sa responsabilité qu'en établissant que ces dommages proviennent d'une faute de la victime ou d'un cas de force majeure.

3. La société Orange requérante verse au dossier un constat des dommages à ses câbles, établi de manière non contradictoire, le 5 août 2019, par son technicien qui identifie ces dommages et leur localisation, étayé par la production d'une photographie démontrant que des travaux étaient en cours au moment de la survenance du dommage allégué et matérialisant le parcours du réseau en rouge et le point de rupture des quatre conduites qui s'est fait au niveau de la tranchée effectuée par la société EHTP juste au-dessus de la gaine bleue du réseau humide sur lequel cette dernière société devait intervenir. Les désordres subis par la société ORANGE se situent à l'endroit précis ou la société EHTP a creusé une tranchée pour réaliser les travaux au réseau public d'assainissement dont elle avait la charge alors qu'il n'est pas démontré qu'une autre société intervenait sur le site. En outre, l'absence de signature du constat amiable dressé par le technicien de la société Orange ne permet pas, pour cette seule raison, de l'écarter dès lors qu'il a été réalisé par un agent de la société nominativement désigné, cinq jours après l'accident alors que les travaux de la société EHTP étaient toujours en cours d'exécution. Par suite, la proximité de temps et de lieux entre les travaux sur le réseau d'assainissement réalisés par la société EHTP et l'endommagement des câbles de la société Orange permet d'établir un lien de causalité direct et certain entre l'opération de travaux et le préjudice de la société requérante. De sorte que la société Orange est fondée à engager la responsabilité sans faute de la société EHTP.

4. La société Orange établit que les opérations de la société EHTP sur le réseau d'assainissement et d'eau potable ont entrainé la rupture de divers câbles desservant plusieurs de ses clients, justifiant, d'une part, la nécessité d'une intervention urgente consistant à provisoirement " reboucler " ses câbles endommagés sur d'autres parcours afin de rétablir rapidement la connexion de l'ensemble des clients concernés et, d'autre part, le remplacement des câbles défectueux sur toute leur longueur de chambre à chambre dès lors qu'elle ne pouvait se contenter d'effectuer une réparation à l'endroit même de la coupure. Mais si la société Orange se prévaut qu'il a été nécessaire de changer un câble 88 224 4 sur 198 mètres ainsi qu'un câble 88 224 4 sur 600 mètres et un câble 88 1792 4 sur 600 mètres, il ressort du constat susmentionné du 3 août 2019, ainsi que du plan transmis le 25 juin 2020 par la société Orange que les dommages se limitaient à quatre conduites de 60 mm de diamètre pour deux câbles référencés 88 448 4 et 88 224 4 à remplacer sur une longueur respectivement de 250 et 155 mètres. Dès lors qu'au jour du sinistre, le prix au mètre du câble 88 224 4, le moins onéreux, était de 5,38 €, la société Orange n'indiquant pas le prix du câble 88 448 4, il y a lieu de retenir un préjudice de 5,38 € X 405 mètres, soit 2 178,90 €. HT A ce préjudice, s'ajoute les frais de personnel de 744,28 € HT et de sous-traitance de 9 677,96 € HT correspondant à l'intervention de la société Sogetrel en charge de tirer les nouveaux câbles. Par suite, la société Orange qui justifie par les pièces qu'elle produit, les frais qu'elle a dû exposer pour pallier puis réparer les dommages résultant du sectionnement des câbles en cause, est fondée à réclamer la somme totale de 12 601,14 euros HT à la société EHTP.

Sur les intérêts :

5. la société Orange établit avoir adressé à la société EHTP une mise en demeure de payer la somme de 12 601,14 euros HT susmentionnée que cette dernière a reçue le 21 août 2020. Par suite elle a droit, à compter de cette date seulement, au paiement des intérêts au taux légal sur la somme de 12 601,14 euros.

6. il résulte de ce qui précède que la société EHTP doit être condamnée à verser à la société Orange la somme de 12 601,14 euros HT, assortie des intérêts au taux légal courant à compter du 21 août 2020.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société EHTP demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société EHTP la somme de 1 500 euros à verser à la société Orange au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : la société EHTP est condamnée à verser à la société Orange la somme de 12 601,14 euros HT assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 août 2020.

Article 2 : La société EHTP versera la somme de 1 500 euros à la société Orange en application de l'article L 761 du code de justice administrative.

Article 3 : le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SA Orange et la SAS EHTP.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseur le plus ancien,

N. Huchot La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 15 juin 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

2202017

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