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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202462

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202462

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202462
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantANEGAS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a examiné la requête de M. C contestant une saisie administrative de 4 663,14 euros pour un indu de revenu minimum d'insertion, ainsi que des demandes de remboursement et d'indemnisation. Le tribunal a rejeté l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le département des Pyrénées-Orientales, estimant que l'obligation de payer n'avait pas disparu. Il a déclaré irrecevables les conclusions indemnitaires de M. C, faute de demande préalable auprès de l'administration. Enfin, le tribunal a jugé irrecevables les conclusions tendant au remboursement des sommes récupérées, en application de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, faute de contestation dans le délai de deux mois suivant la notification du titre exécutoire ou du premier acte de poursuite.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 avril 2022, 21 octobre 2022 et 27 juin 2024, M. A C, représenté par Me Sanchez, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 4 663,14 euros correspondant à un indu de revenu minimum d'insertion dont procède la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre par la direction générale des finances publiques en vue de son recouvrement ;

2°) de condamner le département des Pyrénées-Orientales à lui restituer la somme de 4 663,14 euros saisie le 3 août 2020 sur son compte bancaire et la somme de 100 euros au titre des frais de saisie ;

3°) de condamner le département des Pyrénées-Orientales à lui restituer la somme de 435,68 euros saisie le 14 janvier 2019 sur son compte bancaire et la somme de 199,98 euros au titre des frais afférents à cette saisie ;

4°) de condamner le département des Pyrénées-Orientales à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice subi.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la dette est prescrite ;

- la dette a été effacée par la commission de surendettement des particuliers des Pyrénées-Orientales ;

- la décision attaquée ne tient pas compte des sommes déjà remboursées ;

- il justifie d'un préjudice économique et moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- à titre subsidiaire, la requête est dépourvue d'objet dès lors que la créance est entièrement soldée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Sanchez, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C était bénéficiaire du revenu minimum d'insertion dans le département des Pyrénées-Orientales. Par décision du 13 juin 2006, l'intéressé s'est vu notifier un indu d'un montant de 4 611,42 euros, dont 4 493,12 euros au titre du revenu minimum d'insertion et 118,30 euros au titre de l'allocation de logement sociale. Par décisions du 25 octobre 2012 et du 12 juillet 2019, la commission de surendettement des particuliers des Pyrénées-Orientales a effacé la dette litigieuse. Le 3 août 2020, une saisie administrative d'un montant de 4 663,14 euros a néanmoins été effectuée sur le compte bancaire du requérant. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant la décharge de l'obligation de payer la somme de 4 663,14 euros correspondant à un indu de revenu minimum d'insertion dont procèdent les saisies administratives à tiers détenteur émises par la direction générale des finances publiques pour son recouvrement et la condamnation du département des Pyrénées-Orientales à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice subi.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. En défense, le département des Pyrénées-Orientales soutient que la requête est dépourvue d'objet dès lors que ses créances sont soldées. Toutefois, il résulte de l'instruction que des poursuites continuent d'être engagées, notamment par la voie de commandants et de saisies administratives à tiers détenteurs pour le recouvrement de la dette de M. C. Ainsi, contrairement à ce que soutient le département des Pyrénées-Orientales l'obligation de payer ne peut être regardée comme ayant disparu. Par suite, l'exception de non-lieu soulevée en défense ne peut qu'être écartée.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

4. Si le requérant demande l'indemnisation du préjudice financier et moral subi, il est constant qu'il n'a pas présenté de demande préalable en ce sens auprès du département des Pyrénées-Orientales permettant de faire naitre, à la date du présent jugement, une décision. Dès lors, faute de liaison préalable du contentieux indemnitaire, ces conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions tendant au remboursement des sommes récupérées :

5. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".

6. Ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat dans sa décision du 9 février 2024, n° 473732, transposable au contentieux du revenu minimum d'insertion qui a précédé le revenu de solidarité active, le destinataire d'un titre exécutoire émis pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active, ou de revenu minimum d'insertion, est recevable à contester, à l'occasion de son recours contre cet acte, dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision de récupérer cet indu serait devenue définitive. En l'espèce, les actes de poursuite engagées pour le recouvrement des indus en litige procèdent nécessairement d'un titre exécutoire dont la date de notification ne résulte pas des pièces du dossier. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le département des Pyrénées-Orientales tirée de la tardiveté des conclusions tendant à la restitution des sommes récupérées doit être écartée.

Sur la demande de restitution des sommes prélevées :

7. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté en défense, que les dettes de M. C, incluant les indus en litige, ont été effacés par la commission de surendettement des particuliers des Pyrénées-Orientales par décision du 25 octobre 2012 et du 12 juillet 2019. Le département des Pyrénées-Orientales ne conteste pas davantage que les dettes de M. C sont soldées par suite de l'extinction de sa créance. Dès lors, M. C est fondé à contester l'obligation de payer dont procèdent les saisies administratives à tiers détenteur qui ont permis de récupérer les sommes de 4 663,14 euros et de 100 euros le 3 août 2020 et les sommes de 435,68 euros et de 199,98 euros le 14 janvier 2019. En conséquence, M. C est en droit d'obtenir la restitution de ces sommes.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Pyrénées-Orientales restituera à M. C les sommes de 4 663,14 euros et de 100 euros, récupérées le 3 août 2020, et les sommes de 435,68 euros et de 199,98 euros récupérées le 14 janvier 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2024.

Le président,

D. B

La greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 août 2024.

La greffière,

F. Roman

No 220246

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