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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202763

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202763

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202763
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la demande de la société Assurance Mutuelle des Motards (AMDM) visant à obtenir la restitution d’un solde de 195 721 euros de crédit d’impôt recherche (CIR) au titre de l’année 2016. La juridiction a estimé que la société ne démontrait pas que ses projets, notamment en matière d’assurance et d’informatique, relevaient d’opérations de recherche scientifique ou technique au sens des articles 244 quater B du code général des impôts et 49 septies F de son annexe III. Le tribunal a également jugé que l’expertise contestée n’était pas entachée d’irrégularité et que la décision de l’administration fiscale était suffisamment motivée. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2022 et des mémoires enregistrés le 20 février 2023, le 18 janvier 2024 et le 14 juin 2024, la société " Assurance mutuelle des motards " (AMDM) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner une nouvelle expertise ;

2°) de lui accorder la restitution de la somme de 195 721 euros correspondant à un solde de crédit d'impôt recherche dont elle s'estime créancière au titre de l'année 2016 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise sur la base d'une expertise diligentée par un expert qui ne disposait pas des compétences techniques pour apprécier et analyser les opérations déclarées au titre du crédit d'impôt recherche (CIR) ; en se prononçant uniquement sur le volet " informatique " sans prendre en considération les aspect statistiques et actuariels desdites opérations, l'expert a rendu un avis partial ; par ailleurs l'expertise qui a été diligentée est entachée d'erreurs et

d'insuffisances ; enfin, l'expertise se prononce globalement sur les opérations menées par elle et non sur les années au titre desquelles le CIR a été déclaré ;

- la décision par laquelle l'administration fiscale a refusé de faire droit à sa demande est insuffisamment motivée ;

- le critère d'incertitude doit être technique ; l'incertitude s'apprécie à la nature de son résultat ; l'administration a donc rajouté une condition aux textes ;

- la complexité des opérations démontre qu'elle a identifié des verrous que les opérations avaient pour objectif de lever ;

- les conditions prévues par les dispositions des articles 244 B quater B du code général des impôts et 49 septies F de l'annexe III du même code sont remplies ; les quatre projets dont elle se prévaut au titre de l'année 2015 relèvent de la recherche et du développement ;

- s'agissant des dépenses de conseil, c'est à tort que le service a retenu la somme de

14 847 au lieu de de 29 610 euros ;

- s'agissant des dépenses de sous-traitance, c'est à tort que le service a refusé de les prendre en charge puisque les prestataires de la société GFI pour laquelle Bruno LAGACHE et Vincent LOUDET ont travaillé étaient indispensables au sous-projet " Framework SID ".

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 décembre 2022 et le 15 avril 2024, la direction départementale des finances publiques de l'Hérault, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villemejeanne, rapporteure,

- les conclusions de Mme Dabouis, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A, représentant de la société Assurance mutuelle des motards.

Considérant ce qui suit :

1. La société ASSURANCE MUTUELLE DES MOTARDS (AMDM) est une société dont l'activité est dédiée à l'assurance des véhicules de type deux-roues à moteurs proposés sur le territoire national. Le 4 mai 2017, la société a souscrit une déclaration de crédit d'impôt en faveur de la recherche (CIR) au titre des projets intitulés " développement de nouvelles solutions de garanties pour les conducteurs de 2RM et de Vélo à assistance électrique (VAE) ",

" Accidentologie des deux-roues à moteur " et " solidité des indicateurs financiers face à des contextes et environnements économiques défavorables " (Outil ORSA). Le 19 décembre 2019, la société AMDM a déposé une déclaration rectificative en se prévalant d'un CIR au titre des projets intitulés " Oxymail ", " SID " et " Tarification Web ". Au titre de l'année 2016, la société a déposé une demande de restitution de CIR pour un montant de 265 531 euros. Après avoir diligenté une expertise, le service a partiellement admis cette demande en lui restituant une somme de 69 810 euros par décision du 30 mars 2023. Estimant qu'elle avait droit à la restitution intégrale du CIR déclaré au titre de l'année 2016, la société AMDM demande au tribunal de lui accorder la restitution de la somme de 195 721 euros.

Sur les conclusions à fin de restitution :

2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A, 44 duodecies,

44 terdecies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () ". Aux termes de l'article 49 septies F du code général des impôts : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté. ".

3. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction, si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations. S'il se prononce au vu des éléments avancés par l'une et l'autre partie, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que pour rejeter la demande présentée par la société requérante, l'administration s'est fondée sur un rapport d'expertise réalisé en 2021 par un expert de la direction de région académique à la recherche et à l'innovation (DRARI) Occitanie. Si la société requérante fait valoir que le service ne pouvait s'appuyer sur ce rapport puisque l'expert était seulement spécialisé dans le domaine informatique, il résulte de l'instruction que postérieurement à la décision de restitution, le service a sollicité une nouvelle expertise et l'a confié à deux experts spécialisés dans les domaines actuariels et statistiques qui ont confirmé et complété les premières conclusions de l'expertise de 2021 dans un rapport daté du 9 février 2024. La société requérante, qui ne conteste pas utilement les mentions et conclusions figurant dans cette expertise, ne saurait reprocher le manque de qualification du premier expert pour contester la décision de rejet de sa demande de restitution. En l'absence de tout élément explicite permettant de remettre en cause la pertinence de la seconde expertise et de toute précision quant aux spécificités des opérations menées en 2016, le service pouvait à bon droit compléter son analyse avec ce document. Enfin, la société requérante soutient que le premier rapport d'expertise souffre d'incohérences et d'insuffisances. Toutefois, et d'une part, si le premier expert a opéré une confusion entre les projets " 2RM " et " R Roues Lab " la seconde expertise y a remédié. D'autre part, l'expert ne s'est pas borné à porter une appréciation succincte sur l'éligibilité de ces travaux, mais a analysé l'ensemble des projets, en décrivant le dossier remis par la société requérante au titre de l'année en cause, en retraçant le contexte des projets, les indicateurs de recherche et en identifiant, le cas échéant, l'objet de l'opération et les verrous scientifiques qu'elle avait vocation à lever, les contributions scientifiques, techniques ou technologiques auxquels elle était associée, en résumant la démarche et le déroulement des opérations ainsi que les moyens, notamment humains, mis à contribution. Au terme de cette analyse, l'expert a synthétisé ces constatations et émis un avis sur le caractère éligible ou non des opérations en motivant son avis sans que celui-ci puisse être regardée comme succinct et insuffisant. Enfin, la société requérante soutient avoir déclarés 6 projets distincts au titre de l'année 2016 et indique que c'est à tort que les experts, puis le service, ont estimé que les projets " Oxymail ", " SID " et " Tarification Web " étaient des " sous-projets " faisant partie d'un projet dénommé " Oxygène ". Toutefois, il résulte de l'instruction que les deux rapports d'expertise et le service se sont prononcés sur l'éligibilité de chacun d'eux au CIR. Par ailleurs, le service a admis l'éligibilité des projets " tarificateur WEB " et " FRAMEWORK de pilotage décisionnel (SID) ". Ainsi, le service s'étant prononcé sur l'intégralité de la demande de restitution présentée par la société requérante de sorte que la qualification de " sous-projets " à la supposer même erronée n'a exercée aucune influence sur l'appréciation faite par les experts puis le service sur le caractère éligible des dépenses déclarés au titre de ces opérations " Tarificateur WEB ", " OXYMAIL " et " FRAMEWORK de pilotage décisionnel (SID) ". Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le service ne pouvait se fonder sur les deux expertises diligentées pour refuser de faire droit à sa demande de restitution.

5. En deuxième lieu, il est constant que les activités de recherche et de développement englobent les activités créatives et systématiques entreprises en vue d'accroître la somme des connaissances, y compris la connaissance de l'humanité, de la culture et de la société et de concevoir de nouvelles applications à partir des connaissances disponibles. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, la société requérante ne saurait soutenir qu'en conditionnant la restitution du crédit d'impôt recherche à une incertitude technique ou scientifique et non au résultat des opérations entreprises, le service a ajouté une condition à la loi, l'appréciation de l'accroissement des connaissances impliquant nécessairement de dresser, dans un premier temps, un état des connaissances existantes afin de pouvoir dans un second temps apprécier l'apport des opérations en cause. C'est ainsi, que lorsque les experts, et ensuite le service qui reprend à son compte leurs analyses, pointent l'absence de bibliographie sur l'état des connaissances existantes, ils se bornent à vérifier si l'opération en cause relève d'une activité de recherche et de développement autrement dit, si les activités ne pouvaient être envisagées, eu égard à l'état des connaissances techniques à l'époque considérée, par un professionnel averti, par simple développement ou adaptation desdites techniques. Par suite, le moyen tiré de ce que le service aurait ajouté une condition à la loi doit être écarté.

6. En troisième lieu, dans le dernier état de ses écritures, la société requérante soutient que la décision rejetant la demande de remboursement du crédit d'impôt recherche dont elle s'estime créancière est insuffisamment motivée. Aucune disposition ne fait obstacle à ce que l'administration fiscale s'approprie l'analyse et les motifs figurant dans le rapport d'expertise accompagnant l'avis du ministre chargé de la recherche. En outre, la décision par laquelle l'administration fiscale a refusé de faire droit à la demande présentée par la société requérante comportait les motifs de droit et de fait lui permettant de comprendre les motifs du refus opposé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de refus de remboursement du crédit d'impôt recherche, à le supposer opérant, n'est pas fondé et doit être écarté.

7. En dernier lieu, pour refuser de faire droit à la demande de restitution présentée par la société requérante le service a relevé que les opérations effectuées dans le cadre des projets " développement de nouvelles solutions de garanties pour les conducteurs de 2RM et de Vélo à assistance électrique (VAE) ", " Accidentologie des deux-roues à moteur " et " solidité des indicateurs financiers face à des contextes et environnements économiques défavorables " (Outil ORSA) et " Oxymail " ne relevaient pas d'opérations de recherche éligibles au crédit d'impôt.

En ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre du projet " développement de nouvelles solutions de garanties pour les conducteurs de 2RM et de Vélo à assistance électrique (VAE) " :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du dossier technique, que ce projet s'inscrit dans la continuité d'un projet engagé en 2015 qui consistait alors à définir la cotisation théorique couvrant les nouveaux risques que la société entendait couvrir. A l'issue de cette phase

" théorique ", les travaux se sont inscrits dans une phase d'ajustements, laquelle consistait, en collaboration avec les équipes commerciales, comprenant un travail de simulation de la nouvelle tarification sur le portefeuille des contrats existants et à mesurer les écarts observés afin d'estimer les ajustements nécessaires. Plus spécifiquement au titre de l'année 2016, il résulte de l'instruction, et notamment du second rapport d'expertise, que la société requérante a mené des travaux pour développer une nouvelle tarification pour les conducteurs de 2 roues professionnels exerçant le métier de coursier ou livreur de denrées alimentaires, proposer une solution pour assurer les motos personnalisées, développer une tarification pour les vélos à assistance électrique et mener une réflexion sur l'évolution des offres à prévoir dans les zones à circulation restreinte (ZCR). Le service fait valoir, en s'appuyant en particulier sur le second rapport d'expertise, que ces travaux, dont la présentation fournie au dossier est insuffisante par rapport à l'état de l'art notamment d'un point de vue scientifique, s'apparenteraient, quant à la démarche suivie et aux caractéristiques du nouveau modèle de tarification, à la mise en œuvre de techniques connues de l'homme du métier et à des activités qui ne pourraient être qualifiées d'expérimentales et effectuées en vue de l'amélioration substantielle de nouveaux produits au sens des dispositions précitées ou à des opérations de recherche scientifique ou technique au sens des mêmes dispositions. La société requérante fait valoir que la mise en relation avec un apport scientifique serait sans incidence pour déclarer son opération éligible. A supposer que cette circonstance soit regardée comme établie, elle ne produit cependant aucun élément permettant d'identifier une contribution technique ou technologique tandis que le collège d'experts a relevé que les insuffisances du dossier technique n'avaient pu permettre d'identifier les connaissances nouvelles produites. La société, qui s'abstient de produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, n'explicite, ainsi que l'a relevé le collège d'experts, ni le modèle initial, ni la démarche retenue pour identifier les nouvelles variables à intégrer, ni l'expression du nouveau modèle retenu, ni les résultats des tests de comparaison justifiant le choix et la création du nouveau modèle, et par suite, avoir menée dans le cadre de son projet " développement de nouvelles solutions de garanties pour les conducteurs de 2RM et de Vélo à assistance électrique (VAE) " des opérations de recherche scientifique ou technique au sens des dispositions précitées au point 2. Les travaux dont s'agit ne sauraient donc relever des opérations de recherche scientifique ou technique énumérées à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que le service a refusé de faire bénéficier la société requérante de la restitution d'un crédit d'impôt recherche institué par l'article 244 quater B du code général des impôts au titre des dépenses de recherche sus-évoquées pour l'année 2016.

En ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre du projet " Accidentologie des deux-roues à moteur " :

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du dossier technique, que ce projet de recherche théorique sur les pratiques des conducteurs de deux-roues s'inscrivant dans la continuité d'un projet débuté en 2015, s'est traduit par la mise en œuvre de travaux d'analyse et de modélisation des comportements des conducteurs de deux-roues à moteur dans la perspective de contribuer à la constitution d'un panel de " 2 000 conducteurs de 2, 3 roues et de quads ", afin notamment d'améliorer les connaissances de l'entreprise autour de cette population peu traitée et analysée dans les statistiques nationales, s'imposer en tant que référence sur le secteur des deux roues et faire une étude axée sur l'utilisateur et non sur les chiffres et les statistiques métiers. La société requérante soutient que ce projet a permis d'acquérir de nouvelles connaissances sur l'utilisation des équipements moto par les motards et sur le comportement des motards dans les zones de circulation restreintes (ZCR) sur un panel de motards âgés de plus de 40 ans. Le service soutient en revanche que la constitution d'un panel de conducteurs de deux-roues, ne constitue pas une opération éligible. Il résulte de l'instruction, et notamment du premier rapport d'expertise, que " Mener une enquête et analyser ses résultats ne constitue pas une opération de recherche et de développement " mais relèvent du savoir-faire de l'homme de métier dans le secteur des assurances, lequel nécessite de " profiler au mieux la clientèle et les prospects ". Dans la continuité de ce premier rapport d'expertise, le collège des experts a relevé que l'ensemble de ces travaux, qui ont impliqué la constitution d'un " panel de répondants ", a consisté ensuite à " administrer des questionnaires ", et exploiter les données " dans un fichier Excel avec un traitement SAS et le logiciel SPAD " et ont répondu " aux standards de traitement de ce type de donnée ". Il a par ailleurs conclu que si l'intérêt des travaux était justifié, " l'entreprise n'a pas fourni des éléments probants quant à la représentativité de son échantillon et la production de connaissances nouvelles, reproductibles et généralisables ". Il s'ensuit que le projet qui a eu recours à des outils de collecte et de traitement de donnés standard, se bornaient à utiliser des techniques existantes sans dissiper aucune incertitude scientifique et technique, n'a pas apporté des améliorations substantielles présentant un caractère de nouveauté au sens des dispositions citées au point 2. Les travaux dont s'agit ne sauraient donc relever des opérations de recherche scientifique ou technique énumérées à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que le service a refusé de faire bénéficier la société requérante de la restitution d'un crédit d'impôt recherche institué par l'article 244 quater B du code général des impôts au titre des dépenses de recherche sus-évoquées pour l'année 2016.

En ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre du projet " solidité des indicateurs financiers face à des contextes et environnements économiques défavorables " (Outil ORSA) :

10. La société requérante sollicite le bénéfice du crédit d'impôt en faveur de la recherche au titre des dépenses engagées dans le cadre du projet dit " 3 ORSA " visant à développer un outil permettant une évaluation des risques et de la solvabilité de l'organisme assureur tout en prenant en compte la règlementation européenne. Le service indique que les problématiques étudiées par la requérante dans le cadre de ce projet correspondent au métier même de l'assurance et ne sont pas scientifiques. La société requérante précise quant à elle que, dans l'état de l'art, il n'existe pas de formule ou d'outil pour définir le modèle ORSA, que ce dernier, qui constitue un modèle expérimental, impose de construire une modélisation des flux futurs selon des modèles prédictifs construits sur un risque unique en ayant pour objectif de dissiper une incertitude technologique et d'accroitre les connaissances sur le sujet. Cependant, le dossier ne permet pas d'identifier l'existence d'innovations significatives et la levée d'incertitudes scientifiques ou technologiques de nature à accroître les connaissances pour la profession. Les éléments recueillis pendant l'instruction permettent au contraire de considérer que les opérations menées dans le cadre du projet ont consisté à utiliser et adapter l'état des techniques existantes à un marché économique particulier en vue de répondre aux besoins des acteurs du monde des assurances. Par ailleurs, les experts s'accordent, et ne sont pas utilement contredits, pour considérer que les opérations ont consisté à adapter un système existant en y intégrant de nouvelles projections des cotisations, et ce selon la structure tarifaire de la société requérante. Il apparaît dès lors que la société requérante s'est bornée à décliner, pour ses propres besoins des techniques existantes sans aboutir à la production de nouveaux procédés ou systèmes. En utilisant des méthodes et techniques déjà existantes, les éléments utilisés démontrent certes une démarche intuitive validée par des expérimentations mais ne permettent pas de mettre en évidence le caractère systématique et reproductible des paramètres et attributs sélectionnés et, par suite, le développement d'un modèle expérimental transférable générant de nouvelles connaissances. Par suite, les opérations déclarées par la société requérante dans le cadre du projet dit " 3 ORSA " ne peuvent être regardées comme des opérations de développement expérimental présentant un caractère de nouveauté et susceptibles d'ouvrir droit au crédit d'impôt recherche, pour l'application des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts et de l'article 49 septies F de l'annexe III à ce code.

En ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre du projet " Oxymail " :

11. Il résulte de l'instruction que le projet Oxymail a pour objectif de rationaliser le modèle éditique dans le but de générer automatiquement des documents métier. Le service soutient, en s'appuyant en premier lieu sur le premier rapport d'expertise, que le projet ne correspondait pas à des opérations de recherches et de scientifique ou technique énumérées à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. L'expert mandaté dans un premier temps et ayant rendu son rapport en 2021, précise que le projet " aborde le problème de la génération de PDF dans l'environnement de l'entreprise. C'est un vrai souci de passage à l'échelle mais relevant de l'ingénierie pure ". Il indique également que si la " contribution scientifique, technique ou technologique " est " assez édifiante " elle " ne soulève aucun élément scientifique, elle ne porte que sur des problématiques fonctionnelles ". Si la société requérante soutient que la contribution de ce projet " OXYMAIL " serait seulement technique de sorte que l'absence de lever de verrous scientifiques ne sauraient lui être opposés, il résulte des mentions du dossier technique qu'elle a rédigé que les travaux menés dans le cadre du projet en cause participent à une " dynamique scientifique " en raison de leur position avant-gardiste dans le domaine étudié. En tout état de cause, la société qui se borne à produire les copies des dossiers techniques de présentation des projets présentés lors des opérations de contrôle, ne conteste pas utilement l'appréciation portée dans le rapport d'expertise qui indique que le projet consiste davantage à lever un verrou " liée à la volumétrie " des données et donc " relevant de l'ingénierie pure ". Par ailleurs, le collège d'expert, saisis des mêmes documents qu'en 2021, a réitéré l'inéligibilité du projet. Ce collège précise que " les travaux présentés relèvent d'une ingénierie logicielle de haut niveau permettant le développement d'une solution informatique agrégeant des données multiples et variées ". La production d'un dossier technique de présentation du projet et les précisions apportées par la société requérante sur l'identification des verrous technologiques, les protocoles d'expérimentation et les résultats obtenus ne répondent que très partiellement aux carences soulevées par l'expert et ne suffisent pas à contredire valablement ses constats tenant à l'imprécision voir à l'absence de présentation d'une démarche de recherche structurée, et donc sur une véritable démarche scientifique, ni même de l'existence d'une démarche et in fine d'accroître les techniques informatiques de génération de " PDF " à partir d'un " Framework " débouchant sur un procédé novateur, répétable et transférable. Dans ces conditions, les travaux dont s'agit ne sauraient donc relever des opérations de recherche scientifique ou technique énumérées à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que le service a refusé de faire bénéficier la société requérante de la restitution d'un crédit d'impôt recherche institué par l'article 244 quater B du code général des impôts au titre des dépenses de recherche sus-évoquées pour l'année 2016.

En ce qui concerne la prise en compte des travaux de sous-traitance :

12. Aux termes du II de l'article 244 quater B du code général des impôts : " II.- Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : () d bis) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à des organismes de recherche privés agréés par le ministre chargé de la recherche, ou à des experts scientifiques ou techniques agréés dans les mêmes conditions. Pour les organismes de recherche établis dans un Etat membre de l'Union européenne, ou dans un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales, l'agrément peut être délivré par le ministre français chargé de la recherche ou, lorsqu'il existe un dispositif similaire dans le pays d'implantation de l'organisme auquel sont confiées les opérations de recherche, par l'entité compétente pour délivrer l'agrément équivalent à celui du crédit d'impôt recherche français. / Ces dépenses sont retenues dans la limite de trois fois le montant total des autres dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt, avant application des limites prévues au d ter ; (). ". Lorsqu'une entreprise confie à un organisme mentionné au d ou au d bis du II de l'article 244 quater B du code général des impôts l'exécution de prestations nécessaires à la réalisation d'opérations de recherche qu'elle mène, les dépenses correspondantes peuvent être prises en compte pour la détermination du montant de son crédit d'impôt quand bien même les prestations sous-traitées, prises isolément, ne constitueraient pas des opérations de recherche.

13. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions portées sur la déclaration de CIR au titre de l'année 2016, que la société requérante a renseigné la rubrique " Opérations confiées à des organismes de recherche privés ou experts scientifiques ou techniques agréés sans lien de dépendance " en inscrivant une somme de 201 724 euros correspondant à des opérations de sous-traitance effectuées par plusieurs sociétés. S'agissant de ses dépenses de sous-traitance, la société AMDM revendique le bénéfice du crédit d'impôt en ce qui concerne les opérations de sous-traitance réalisées par la société GFI INFORMATIQUE et exposées dans le cadre du projet " FRAMEWORK SID " à hauteur de 30 640 euros. Pour refuser de prendre en compte lesdites dépenses, le service a estimé que les travaux externalisés n'avaient pas été indispensables aux travaux de recherches menés en 2016 et ne pouvaient être regardés comme éligibles au CIR de cette même année. Il résulte de l'instruction que les dépenses en cause concernent la conception et le développement dans le domaine de l'informatique décisionnelle et ont été déclarées dans le cadre de la refonte complète des outils informatiques de gestion et de la documentation de la société requérante. Il en résulte également que la société requérante a conclu avec la société GFI un " contrat cadre d'assistance technique au projet décisionnel " pour accompagner et garantir la mise en œuvre du projet décisionnel de la société AMDM à travers des présentations de repères, de réflexions autour d'outils, de participation à des salons, de formations. Cependant, les travaux confiés par la société requérante à la société GFI ne peuvent être regardés, en raison de leur nature, comme présentant les caractéristiques d'une opération de recherche au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts. La société requérante se prévaut d'une note de cadrage élaborée par deux personnes détaillant les contraintes techniques et les hypothèses de développements. Toutefois, ce document ne remet pas utilement en cause l'appréciation de l'administration selon laquelle ces dépenses étaient nécessaires à la réalisation des opérations de recherche menées par la société requérante. A cet égard, le second rapport d'expertise, qui ne souffre d'aucun défaut de motivation contrairement à ce que soutient la société requérante, relève qu'il s'agit " d'un soutien à assistance technique ". Il estime que les travaux de sous-traitance ne peuvent être considérés comme indispensables à la réalisation des travaux menées dans le cadre du projet en cause. Ces conclusions, qui concordent avec celles du premier expert qui avait conclu que le contrat se bornait à décrire " des tâches d'analyse, de mise en œuvre du Data Warehouse, des tests unitaires, de rapport " qui ne pouvaient être qualifiés d'opérations de recherche et de développement, ne sont pas utilement contredites par la société requérante. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les prestations sous-traitées à la société GFI étaient indispensables à la réalisation des opérations de recherche menées par la société requérante dans le cadre de son projet " FRAMEWORK SID ". Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que ces dépenses de sous-traitance devaient être comprises dans la base des dépenses éligibles au crédit d'impôt recherche.

En ce qui concerne la prise en compte des prestations de conseil :

14. Aux termes de l'alinéa 2 III de l'article 244 quater B du CGI : " Pour le calcul du crédit d'impôt, le montant des dépenses exposées par les entreprises auprès de tiers au titre de prestations de conseil pour l'octroi du bénéfice du crédit d'impôt est déduit des bases de calcul de ce dernier à concurrence : a) Du montant des sommes rémunérant ces prestations fixé en proportion du montant du crédit d'impôt pouvant bénéficier à l'entreprise ; b) Du montant des dépenses ainsi exposées, autres que celles mentionnées au a, qui excède le plus élevé des deux montants suivants : soit la somme de 15 000 € hors taxes, soit 5 % du total des dépenses hors taxes mentionnées au II minoré des subventions publiques mentionnées au III. ".

15. La société requérante soutient avoir exposé au titre des dépenses auprès de tiers au titre de prestations de conseils pour constituer la demande CIR et conteste le montant de 29 610 euros retenu par le service en se prévalant du contrat conclut notamment avec la société " FI group ". Elle indique que les prestataires de la société GFI, pour laquelle deux personnes ont travaillé sur des phases de réflexions, développements et conceptions, étaient indispensables au sous-projet " Framework SID ". Elle produit une facture émise par " GAC. Group " qui se bornent à mentionner " dépense RetD année 2016 " d'un montant de 14 098 euros ainsi que deux factures émises par " Fi Group ", la première d'un montant de 14 805,10 euros au titre du " dépôt du formulaire cerfa ", la seconde d'un montant de 17 766,12 euros au titre de la " livraison du dossier technique validé ". Si les factures émises par " Fi Group " concordent avec le montant des prestations de conseil déclaré par la société dans son dossier technique en 2016, soit la somme de 29 610 euros, en revanche, la facture émise par " GAC. Group " ne suffit à elle seule à établir que le montant à retenir serait supérieur à celui déclaré et retenu par le service. La société, qui est la seule à même de produire ces éléments, ne justifie pas que le montant à prendre en compte est celui qui a été effectivement versé au prestataire. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander la réintégration de la somme de 14 098 euros dans la base de calcul de son crédit impôt recherche.

16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de recourir à une expertise qui ne revêtirait pas un caractère utile, que la société Assurance mutuelle des motards n'est pas fondée à solliciter la restitution du crédit impôt recherche remis en cause au titre de l'année 2016.

Sur les frais liés au litige :

17. Aux termes de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

18. La société requérante, qui n'est pas représentée par un avocat, ne justifie pas des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance. Les conclusions qu'elle a présentées au titre des frais non compris dans les dépens ne peuvent donc qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'Assurance mutuelle des motards est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Assurance mutuelle des motards et à la direction départementale des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

P. Villemejeanne

Le président,

J-P. GayrardLa greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 octobre 2024.

La greffière,

A. Lacaze

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