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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202801

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202801

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202801
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantSCP CALAUDI - BEAUREGARD - MOLINIER- TRIBOUL MAILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2022, Mme C B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocation familiales de l'Hérault ne lui a accordé qu'une remise partielle de 95,23 euros sur une somme de 380,90 euros d'un indu de prime d'activité.

Elle soutient que :

- elle n'a pas perçu les sommes mises à sa charge qui ont été versées sur le compte de son ex-conjoint pendant son incarcération pour des faits de violences conjugales à son encontre ;

- elle ne comprend pas le fait qu'elle soit débitrice d'une somme qu'elle n'a pas perçue ;

- elle est de bonne foi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, représentée par Me Calaudi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'indu est bien fondé ;

- la dette a été entièrement soldée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A.

- les observations de Me Calaudi, représentant la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

La clôture de l'instruction a été différée au 26 mars 2024 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Le foyer de Mme B a notamment été bénéficiaire, du 1er juin 2021 jusqu'au 31 juillet 2021, de la prime d'activité dans le département de l'Hérault. Par décision en date du 23 septembre 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a réclamé le remboursement d'un indu de prime d'activité d'un montant de 467,44 euros. Par une décision du 5 avril 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a accordé une remise d'un montant de 95,23 euros sur le solde de l'indu s'élevant à 380,90 euros. Mme B conteste devoir rembourser cette somme et demande au tribunal de lui accorder une remise totale de l'indu.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur le bien-fondé de l'indu de prime d'activité :

3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ".

4. Il résulte de l'instruction que l'indu mis à la charge de Mme B a pour origine la prise en compte par la caisse d'allocations familiales d'une situation de concubinage déclarée tardivement avec M. D du 1er juin 2021 au 31 juillet 2021 et au regroupement, sous un seul et même matricule, de leurs dossiers respectifs. Il résulte de l'instruction que Mme B a reçu en juin et juillet 2021 deux virements de la caisse d'allocations familiales. Par ailleurs, si la requérante soutient qu'elle n'a pas été bénéficiaire de la somme en litige, il résulte de l'instruction que les virements effectués sur le compte de M. D sont relatifs à l'allocation de logement et au revenu de solidarité active, et non à la prime d'activité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'indu mis à sa charge porte sur des sommes qui ne lui ont pas été versées.

Sur la demande de remise de dette :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

6. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B serait dans une situation de précarité telle qu'il lui serait impossible de rembourser sa dette qui, d'ailleurs, a été soldée.

Sur les conclusions de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le président,

D. A

La greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 avril 2024.

La greffière,

F. Roman

No 2202801

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