lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202827 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SEP D'AVOCATS ARMANDET - LE TARGAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juin 2022 et 27 avril 2023, Mme F E, Mmes C G, B G et H G, représentées par Me Teissedre, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Montpellier à verser à Mme E la somme de 10 000 euros et à Mmes C, B et H G la somme respective de 40 000 euros en indemnisation de leurs préjudices résultant de la faute commise dans le cadre de la prise en charge aux urgences le 26 septembre 2018 de M. A G ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les soins prodigués aux urgences du centre hospitalier universitaire Lapeyronie sur la personne A G n'ont pas été conformes aux données actuelles et acquises de la science ainsi qu'à la pratique médicale, ce qui engage la responsabilité fautive de l'établissement ;
- le décès de M. G le 27 septembre 2018 est en lien direct avec la faute commise ;
- le décès est à l'origine d'un préjudice d'affection.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par Me Armandet, conclut :
- à titre principal, à ce que soit ordonnée une expertise confiée à un médecin expert spécialiste en médecine d'urgence ;
- à titre subsidiaire, au rejet de la requête en l'absence de preuve d'une faute de l'établissement ;
- à titre très subsidiaire, de retenir une perte de chance de 70% maximum imputable mais de rejeter les demandes d'indemnisation comme étant insuffisamment justifiées ;
- à titre infiniment subsidiaire, d'accueillir les prétentions dans de plus justes proportions et postes.
Il soutient que la faute n'est pas caractérisée par la seule expertise diligentée dans le cadre de la procédure judiciaire dirigée à l'encontre du médecin urgentiste à laquelle le centre hospitalier universitaire n'a pas été amené à participer. L'expertise tire des conclusions à la lumière d'une autopsie et est empreinte de présomption de faute sans prendre en compte l'obligation de moyen du médecin. La perte de chance de survie à une dissection aortique n'a pas été examinée par l'expert.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Teissedre, avocat des consorts G, et celles de Me Le Junter, représentant le centre hospitalier universitaire de Montpellier.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, âgé de 68 ans, a présenté le 25 septembre 2018 vers 23h 00 des douleurs thoraciques ayant motivé le déplacement des équipes du SMUR de Montpellier à domicile. Le patient a été admis aux services des urgences du centre hospitalier universitaire Lapeyronie à 00h36 et été pris en charge à 1H18. Après différents examens pratiqués, il a été autorisé à regagner son domicile à 6h15. Il est décédé à domicile le 27 septembre 2018. Par la présente requête, Mme F E, Mmes C G, B G et H G mettent en cause la responsabilité fautive du centre hospitalier universitaire de Montpellier et demandent sa condamnation à lui verser la somme totale de 130 000 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 I du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. L'autopsie médico-légale réalisée le 2 octobre 2018 a mis en évidence la présence d'une dissection aortique type I de Stanford avec hémopéricarde non traumatique ayant entrainé une tamponade cardiaque désignée comme étant la cause du décès. Une procédure judiciaire a été ouverte par le parquet de Montpellier et le Dr I, a été désigné par le magistrat instructeur en qualité d'expert en charge de déterminer les causes de la mort et les fautes éventuellement commises dans le cadre de la prise en charge par les services du centre hospitalier universitaire de Montpellier. L'expert conclu à un lien direct entre le décès et la dissection aortique et relève des insuffisances dans la prise en charge de M. G par le médecin sénior de garde aux urgences, pour ne pas avoir fait réaliser un scanner thoracique ou un angioscanner et a noté l'absence de mention d'un contrôle tensionnel régulier et répété aux deux bras.
4. Si le centre hospitalier universitaire soutient en défense que cette expertise non contradictoire ne saurait à elle seule établir la faute, il résulte de l'instruction, que le Dr D, médecin conseil technique de l'assureur de l'établissement, a été désigné par l'assureur du centre hospitalier universitaire aux fins d'expertise. Par son rapport du 6 septembre 2022 effectué sur pièces, il confirme que la cause de la mort est une dissection aortique et l'existence de fautes commises lors de la prise en charge au service des urgences, en l'absence d'examens conformes à la bonne pratique permettant de définir un diagnostic précis, en particulier la réalisation d'un scanner avec injection. Ce rapport communiqué au centre hospitalier universitaire n'a pas donné lieu à des observations en réplique. Dans ces conditions, il est établi que le décès causé par dissection aortique est en lien avec des manquements fautifs des services du centre hospitalier universitaire. Ces manquements, sans qu'une autre expertise soit utile, sont de nature à entrainer la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Montpellier.
Sur les préjudices indemnisables :
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du Dr D, et n'est pas contesté par les parties, que face à une dissection aortique, il y a toujours un risque de mortalité, même à la suite d'une prise en charge hospitalière conforme. Dans ces circonstances, le seul préjudice certain réparable en lien avec la faute commise, consiste en une perte de chance d'éviter le décès. Compte tenu d'un taux de mortalité hospitalière non contesté par les parties, de 30 %, il sera fait une juste appréciation du taux de la perte de chance de limiter les risques de décès à hauteur de 70 %, comme le propose d'ailleurs l'établissement hospitalier dans ses conclusions subsidiaires.
Sur la réparation :
7. Mme E, mère de B et C G, Mmes C G, née le 1er février 1999, H G, née le 12 septembre 1973 et Mme B G, née le 30 janvier 2001, enfants de M. A G, victimes par ricochet de son décès, sollicitent une indemnisation de leur préjudice d'affection, à hauteur respectivement de 10 000 euros pour Mme E et 40 000 euros pour les descendants. Ce préjudice, de nature extrapatrimonial est celui subi par le proche compte tenu de l'impact psychologique de la perte. Son indemnisation n'a pas vocation à réparer le préjudice économique résultant de cette perte.
8. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme E, ex compagne de M. G et mère de ses deux derniers enfants, en mettant à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, après application du taux de perte de chance de 70 %, une somme de 3 500 euros.
9. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme B G, mineure à la date du décès et vivant au foyer, et par Mme C G, étudiante en mettant à ce titre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, après application du taux de perte de chance de 70 %, une somme respective de 16 000 euros.
10. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme H G, en mettant à ce titre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier, après application du taux de perte de chance de 70 %, une somme de 4 200 euros.
11. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de Montpellier doit être condamné à verser à Mme E une somme de 3 500 euros, à Mme C G et Mme B G, une somme respective de 16 000 euros, à Mme H G, une somme de 4 200 euros.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 1 500 euros à verser aux consorts G et E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier est condamné à verser à Mme E une somme de 3 500 euros, à Mme C G et Mme B G, des sommes respectives de 16 000 euros, et à Mme H G, une somme de 4 200 euros.
Article 2 : Il est mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mmes G et E.
Article 3 Le présent jugement sera notifié à Mme F E, Mmes C G, B G et H G, et au centre hospitalier universitaire de Montpellier.
Délibéré après l'audience publique du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 19 décembre 2023.
Le greffier,
F. Balicki
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N° 1901371
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N° 1901371
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026