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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203005

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203005

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203005
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAMILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 juin et 17 octobre 2022, la société EMDE Trading SL (Sociedad Limitada), représentée par Me Gasquet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2018, en droits et pénalités ;

2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 20 janvier 2015 au 31 octobre 2019, en droits et pénalités ;

3°) de prononcer la décharge des cotisations de retenue à la source auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 à 2019, en droits et pénalités ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En matière d'impôt sur les sociétés :

- elle conteste le principe de l'imposition en France de ses bénéfices car elle ne dispose pas d'un établissement stable en France au sens de l'article 209-1 du code général des impôts et de l'article 5 de la convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995 ;

- en l'absence d'activité occulte exercée en France c'est à tort que le service a fait application de la procédure de taxation d'office en matière d'impôt sur les sociétés sans mise en demeure prévue par les articles L. 66 et L. 68-3° du livre des procédures fiscales ;

- en l'absence d'activité occulte exercée en France, le droit de reprise de l'administration était prescrit s'agissant des années 2015 et 2016 ;

- c'est à tort que le service a refusé de déduire de son bénéfice imposable les impositions acquittées auprès des autorités fiscales espagnoles au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 2016, en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article 39 du code général des impôts et des énonciations du paragraphe 30 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôts le 3 octobre 2018 sous la référence BOI-BIC-CHG-40-30 ;

- les bases imposables à l'impôt sur les sociétés reconstituées par le service doivent tenir compte, au titre des charges résultant des salaires versés à M. et à Mme A, des sommes de 26 400 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017 et de 29 600 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2018.

En matière de taxe sur la valeur ajoutée :

- dès lors que son siège social n'est pas en France, elle ne peut y être considérée comme établie au sens du 2 de l'article 283 du code général des impôts et du 2° de l'article 259 de ce code ;

- c'est à tort que le service a considéré qu'elle exerçait une activité occulte au regard de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- en l'absence d'activité occulte exercée en France, le droit de reprise de l'administration était prescrit s'agissant des années 2015 et 2016.

En matière de retenue à la source de l'article 119 bis 2 du code général des impôts :

- en l'absence d'activité occulte exercée en France, le droit de reprise de l'administration était prescrit s'agissant des années 2015 et 2016 ;

- s'agissant du bénéfice regardé comme distribué, les bases imposables à l'impôt sur les sociétés reconstituées par le service doivent prendre en compte, au titre des charges résultant des salaires versés à ses deux associés, les sommes de 26 400 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017 et de 29 600 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2018 ;

- l'article 115 quinquies du code général des impôts s'oppose à ce que ses bénéfices réalisés en France soient réputés distribués à ses associés ;

- la présomption légale de distribution au profit de ses associés issue des dispositions de l'article 109-1-1° du code général des impôts ne lui est pas applicable ;

- les dispositions de l'article 10.6 de la convention franco-espagnole font obstacle à l'application de la retenue à la source de l'article 119 bis 2 du code général des impôts ;

- elle entend se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe 10 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-RPPM-RCM-30-30-10-10 qui renvoie à l'instruction référencée BOI-RPPM-RCM-30-30-30 ;

- la somme de 169 899 euros correspondant au solde débiteur du compte courant ouvert en son nom dans la société Maurice a été taxée à deux reprises, à son niveau et au niveau de la SASU Maurice suite à vérification de sa comptabilité ;

- la taxation des distributions présumées appréhendées par ses associés au titre de l'année 2018 relève non pas d'un taux de 15 % mais d'un taux de 12,8 % en vertu du paragraphe 10 de l'instruction publiée le 29 juin 2022 au bulletin officiel des finances publiques-impôts sous la référence BOI-RPPM-RCM-30-30-10-20.

En matière de retenue à la source de l'article 182 A du code général des impôts :

- la retenue à la source appliquée par le service aux rémunérations versées à ses associés entre 2017 et 2019 est dépourvue de base légale ; ces rémunérations ne constituent pas des traitements et salaires de source française, seul l'article 62 du code général des impôts est applicable, sans qu'il soit besoin d'examiner les dispositions de l'article 15 de la convention franco-espagnole relatif aux professions dépendantes.

En ce qui concerne les pénalités :

- en l'absence d'activité occulte, la majoration de 80 % mise à sa charge sur le fondement du c de l'article 1728-1 du code général des impôts n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, le directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société EMDE Trading SL ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention du 10 octobre 1995 conclue entre la France et l'Espagne en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales en matière d'impôt sur le revenu et sur la fortune ;

- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;

- le règlement d'exécution n° 282/2011 du Conseil du 15 mars 2011 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société de droit espagnol EMDE Trading SL constituée le 20 janvier 2015 a pour associés M. et Mme A. Elle exerce une activité de commerce de détail d'articles médicaux et orthopédiques en magasins spécialisés, son activité réelle étant la vente de produits et la fourniture de prestations de services dans le secteur de l'optique. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015 à 2018, à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 20 janvier 2015 au 31 octobre 2019 et à des cotisations de retenue à la source au titre des années 2015 à 2019, dont elle demande la décharge au tribunal, en droits et pénalités.

Sur le principe de l'assujettissement en France à l'impôt sur les sociétés :

2. Il incombe au juge de l'impôt de rechercher si une convention internationale relative aux doubles impositions fait obstacle à l'imposition en France de revenus qui y sont imposables en application du droit interne.

En ce qui concerne la loi fiscale française :

3. Aux termes du premier alinéa du I de l'article 209 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés () en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France () ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions () ". Il résulte de ces dispositions que les bénéfices réalisés par une entreprise ayant son siège hors de France sont imposables en France notamment lorsqu'ils résultent d'opérations constituant l'exercice habituel en France d'une activité, c'est-à-dire lorsque l'entreprise exploite en France un établissement, y réalise des opérations par l'intermédiaire de représentants, ou si les opérations forment en France un cycle commercial complet.

4. La société EMDE Trading SL soutient qu'elle ne détient aucun établissement stable en France et réalise son activité de vente de produits et de prestations de services optiques à partir de son siège social espagnol, au domicile de ses gérants, M. et Mme A. Pour considérer que cette société dispose d'un établissement stable en France, le service s'est appuyé sur les informations exploitées dans le cadre de la procédure de visite domiciliaire prévue à l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, sur celles obtenues à l'aide de l'assistance administrative internationale et sur les investigations menées par le vérificateur. Ces opérations ont révélé que M. et Mme A étaient associés de la Sasu Maurice et de la Sarl A2M qui exploitent deux magasins d'optiques à Perpignan commercialisant dans des centres commerciaux perpignanais des verres et montures de lunettes achetés par la société EMDE Trading SL et réceptionnés dans les locaux de la société Maurice. Le service a ainsi relevé que l'intégralité du chiffre d'affaires de la requérante était constituée par la facturation, à ces deux sociétés, de la revente de lunettes et de prestations de services optiques. De plus, l'administration fiscale a constaté que la société EMDE Trading SL, dont le siège est situé dans une adresse de domiciliation en Espagne, à Figueres en 2017 puis dans une résidence hôtelière en 2018, ne détenait dans ce pays aucun local administratif, commercial, ou de réception des marchandises, aucun moyen humain et matériel ni numéro de téléphone, les autorités fiscales espagnoles ayant d'ailleurs refusé l'activation de son numéro de taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire en raison de l'absence d'activité en Espagne. Les investigations ont aussi démontré la présence permanente de M. et Mme A dans les locaux commerciaux de la Sasu Maurice à Perpignan, où se trouvent les informations bancaires, la comptabilité tenue par la comptable de cette société, la facturation, les fichiers clients, et les contrats commerciaux rédigés et signés en France. Ainsi, en s'attachant aux conditions de réalisation de son activité et à la présence habituelle de ses dirigeants en France, le service a conclu à la localisation, dans son établissement stable à Perpignan, du centre décisionnel, des moyens matériels et humains et de l'activité de la société, ce alors que la requérante n'apporte aucun élément de nature à justifier de la permanence d'une activité réelle sur le territoire espagnol. En effet, si la société EMDE Trading SL fait valoir que l'activité est gérée depuis le domicile espagnol des époux A, les marchandises livrées en France étant ramenées en Espagne afin de préparer les verres et montures, aucun élément crédible n'est rapporté au soutien de ces allégations, ce alors qu'elle ne dispose en Espagne d'aucun local professionnel ni appareillage lourd nécessaire à la préparation des verres. En outre, l'ensemble des verres, montures, liste des clients et données sur leurs corrections sont conservés dans les locaux de la Sasu Maurice à Perpignan, à proximité du lieu de leur revente. Ce faisant, la société requérante, qui ne justifie d'aucune activité ni consistance en Epagne, ne remet pas sérieusement au cause les constats du service.

5. Dans ces conditions, le service établit que la société dispose en France d'un établissement stable et doit être regardée comme une entreprise exploitée en France au sens et pour l'application des dispositions précitées du I de l'article 209 du code général des impôts et pouvait, par suite, y être imposée sur ses bénéfices au regard de la loi fiscale française.

En ce qui concerne l'application de la convention fiscale franco-espagnole :

6. Aux termes de l'article 7 de la convention conclue le 10 octobre 1995 entre la France et l'Espagne : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un État contractant ne sont imposables que dans cet État, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre État contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre État mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cet établissement stable. () ". Aux termes de son article 5 : " 1. Au sens de la présente convention, l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires par l'intermédiaire de laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité. / 2. L'expression " établissement stable " comprend notamment : / a) un siège de direction ; / b) une succursale ; / c) un bureau ; / () 4. Nonobstant les dispositions précédentes du présent article, on considère qu'il n'y a pas "établissement stable " si : a) il est fait usage d'installations aux seules fins de stockage, d'exposition ou de livraison de marchandises appartenant à l'entreprise ; b) des marchandises appartenant à l'entreprise sont entreposées aux seules fins de stockage, d'exposition ou de livraison ; c) des marchandises appartenant à l'entreprise sont entreposées aux seules fins de transformation par une autre entreprise ; d) une installation fixe d'affaires est utilisée aux seules fins d'acheter des marchandises ou de réunir des informations pour l'entreprise ; e) une installation fixe d'affaires est utilisée aux seules fins d'exercer, pour l'entreprise, toute autre activité de caractère préparatoire ou auxiliaire ; () ".

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le siège de la direction de la société EMDE Trading SL est situé dans les locaux de la SASU Maurice à Perpignan, en France. Si la requérante soutient qu'il ne s'agit que d'un lieu de stockage au sens de l'article 5.4 de la convention franco-espagnole précitée, elle ne l'établit pas, et il résulte de l'instruction et de ce qui précède que les locaux de la Sasu Maurice ont une fonction allant au-delà d'un simple lieu de réception des marchandises. Dès lors, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la société EMDE Trading SL doit être regardée comme disposant en France d'une installation fixe d'affaires au sens des stipulations du 1 de l'article 5 de la convention bilatérale franco-espagnole, et par suite, d'un établissement stable au sens de ladite convention, impliquant l'imposition de ses bénéfices en France.

Sur le principe de l'assujettissement en France à la taxe sur la valeur ajoutée :

8. Aux termes de l'article 256-1 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes de l'article 269-1 de ce code : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () ". Selon l'article 283 du même code : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables (). Toutefois, lorsque la livraison de biens ou la prestation de services est effectuée par un assujetti établi hors de France, la taxe est acquittée par l'acquéreur, le destinataire ou le preneur () ".

En ce qui concerne les livraisons de biens :

9. Aux termes de l'article 258 du code général des impôts : " I. - Le lieu de livraison de biens meubles corporels est réputé se situer en France lorsque le bien se trouve en France : a) Au moment de l'expédition ou du transport par le vendeur, par l'acquéreur, ou pour leur compte, à destination de l'acquéreur ; b) Lors du montage ou de l'installation par le vendeur ou pour son compte ; c) Lors de la mise à disposition de l'acquéreur, en l'absence d'expédition ou de transport ; () ".

10. Il résulte de l'instruction que les lunettes vendues par la requérante aux sociétés Maurice et A2M étaient commandées auprès de fournisseurs français, et se trouvaient donc en France au moment de leur expédition ou transport à ces deux clients finaux, puis montées dans les locaux de la société Maurice à Perpignan. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que ces opérations devaient être soumises à la taxe sur la valeur ajoutée en France.

En ce qui concerne les prestations de service :

11. Aux termes du 1° de l'article 259 du code général des impôts : " Le lieu des prestations de services est situé en France : 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : a) Le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France auquel les services sont fournis ; b) Ou un établissement stable auquel les services sont fournis ; c) Ou, à défaut du a ou du b, son domicile ou sa résidence habituelle ; () ".

12. Il résulte des dispositions des articles 259 et 283 du code général des impôts, issues de la transposition en droit interne des articles 44, 192 bis, 193, 194 et 196 de la directive du 28 novembre 2006 dans leur version en vigueur à compter du 1er janvier 2010, éclairées notamment par l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne GST Sarviz AG Germania du 23 avril 2015 (C-111/14, points 20 à 25), ainsi que de l'article 53 du règlement n° 282/2011 du Conseil du 15 mars 2011 portant mesures d'exécution de la même directive, que lorsque le lieu des prestations de services se trouve en France parce qu'elles sont fournies à des assujettis remplissant les conditions définies à l'article 259 du code général des impôts, le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée afférente est le prestataire qui les fournit s'il est lui-même établi en France. Doit être regardé comme tel le prestataire qui a en France un établissement stable depuis lequel les prestations sont fournies et qui satisfait aux critères énoncés dans ses arrêts Berkholz du 4 juillet 1985 (C 168/84, points 17 et 18) et ARO Lease BV du 17 juillet 1997 (C-190/95, points 15 et 16), lesquels demeurent pertinents sous l'empire des nouvelles dispositions, ainsi qu'il ressort notamment de l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne Welmory du 16 octobre 2014 (C-605/12, points 53 à 58), à savoir l'existence d'un établissement qui présente un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services considérées.

13. D'une part, il est constant que les sociétés Maurice et A2M auxquelles la société EMDE Trading SL a fourni des prestations de réglage des montures et d'ajustements optiques sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée en France et qu'elles y ont le siège de leur activité économique. Le lieu des prestations de service réalisées par la société EMDE Trading SL se trouve donc en France, au sens de l'article 259 du code général des impôts.

14. D'autre part, il résulte des éléments analysés précédemment que les prestations en litige étaient fournies par EMDE Trading SL depuis un établissement stable situé en France présentant un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services considérées.

15. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que la société EMDE Trading SL, qui a effectué ces prestations, était redevable en France de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante.

Sur le caractère occulte de l'activité exercée :

16. Les articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales précisent que l'activité occulte " est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. S'agissant d'un contribuable qui fait valoir qu'il a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales dans un Etat autre que la France, la justification de l'erreur commise doit être appréciée en tenant compte tant du niveau d'imposition dans cet autre État que des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales des deux Etats.

17. La société EMDE Trading SL disposant d'un établissement stable en France, elle était tenue de déposer les déclarations de chiffre d'affaires correspondant à son activité et de la déclarer au centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce. Or, il est constant que la société n'a pas respecté ces obligations.

18. S'agissant des droits de taxe sur la valeur ajoutée, il est constant que la société, qui n'invoque aucune erreur justifiant l'omission de ses obligations déclaratives, ne détenait pas de numéro de taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire en Espagne et, par suite, n'a pas été assujettie à cette taxe dans ce pays.

19. S'agissant de l'impôt sur les sociétés, la requérante fait valoir qu'elle a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales en Espagne entre 2015 et 2018. Toutefois, elle ne justifie pas que le niveau d'imposition dans ce pays serait similaire à celui de la France sur les années vérifiées en se prévalant sans l'établir d'un taux d'imposition de 25 % lequel serait, selon ses dires, peu ou prou équivalent au taux national, et en produisant à l'appui de ses allégations des liasses fiscales intitulées " impuesto sobre sociedades e impuesto sobre la renta de no residentes (establecimientos permanentes) " qui s'avèrent inexploitables et ne sont, au demeurant, pas traduites en français alors que cette société n'exerce aucune activité en Espagne ainsi qu'il a été dit précédemment. Dans ces conditions, et alors même que la convention fiscale franco-espagnole du 10 octobre 1995 prévoit des modalités d'échange automatique ou spontané d'informations entre les administrations fiscales, d'ailleurs utilisées dans la présente affaire, la société EMDE Trading SL n'est pas en mesure d'établir une erreur justifiant qu'elle ne se soit acquittée d'aucune de ses obligations déclaratives en France.

20. Par suite, le service établit le caractère occulte de l'activité exercée dans l'établissement stable situé à Perpignan sur les années vérifiées.

Sur la régularité de la procédure :

21. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ". Et aux termes de l'article L. 68 de ce livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : () 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 ; () ".

22. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit précédemment que la société EMDE Trading SL n'a pas déposé ses déclarations dans le délai légal et s'est livrée à une activité occulte sur les années vérifiées. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a fait application de la procédure de taxation d'office à l'impôt sur les sociétés sans procéder à une mise en demeure de régulariser sa situation dans les trente jours en application du 3° de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales précité.

Sur le délai de reprise :

23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte () ". Et aux termes de l'article L. 176 de ce livre : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle la taxe est devenue exigible () lorsque le contribuable exerce une activité occulte. ".

24. L'administration rapportant la preuve, en l'espèce, de l'exercice d'une activité occulte par la société EMDE Trading SL, elle pouvait exercer son droit de reprise en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée dans le délai de dix ans prévu par les dispositions des articles L. 169 et L. 176 du livre des procédures fiscales. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le droit de reprise de l'administration était prescrit s'agissant des années 2015 et 2016.

25. En second lieu, aux termes de l'article L. 169 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction issue du I de l'article 108 de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 : " () Les délais de reprise prévus aux deux premiers alinéas de l'article L. 169 du présent livre s'appliquent également à la retenue à la source prévue à l'article 119 bis du code général des impôts. ". En outre, il résulte du II de l'article 108 de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 de finances pour 2018, que le délai de reprise de dix ans s'applique aux délais de reprise venant à expiration à compter de l'entrée en vigueur de l'article L. 169 A dans sa rédaction issue du I de l'article de cette même loi.

26. Il résulte de l'instruction que pour les années 2015 à 2018, le service a mis à la charge de la société requérante des retenues à la source sur le fondement de l'article 119 bis du code général des impôts. Le délai de reprise de trois ans portant sur les années 2015 et 2016 en litige venant à expiration respectivement les 31 décembre 2018 et 31 décembre 2019, soit postérieurement à l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2018, de l'article L. 169 A dans sa rédaction issue du I de l'article 108 de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 de finances pour 2018, le délai de reprise de dix ans en cas d'activité occulte est applicable en l'espèce. Dès lors que l'administration a rapporté la preuve de l'exercice occulte de l'activité exercée par la société EMDE Trading SL, elle pouvait exercer son droit de reprise en matière de retenue à la source prévue à l'article 119 bis du code général des impôts dans le délai de dix années. Par suite, la société n'est pas fondée à soutenir que le délai de reprise portant sur les années 2015 et 2016 serait prescrit.

Sur le bien-fondé de l'imposition en matière d'impôt sur les sociétés :

27. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts dans sa rédaction applicable aux années 2015 et 2016 en litige : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, () notamment : () 4° Sous réserve des dispositions de l'article 153, les impôts à la charge de l'entreprise, mis en recouvrement au cours de l'exercice () ". Lorsqu'une entreprise industrielle ou commerciale réalise, dans un Etat étranger, des opérations dont le résultat entre dans ses bénéfices imposables en France, ce résultat doit, conformément à ces dispositions, être déterminé sous déduction de toutes charges ayant grevé la réalisation de ces opérations. Doivent, en principe, être regardées comme telles, à moins d'une stipulation conventionnelle spécifique y faisant obstacle, les impositions que l'entreprise a supportées, du fait de ces opérations, dans cet Etat. La déduction d'une imposition mise à la charge d'une entreprise par un Etat lié à la France par une convention fiscale tendant à éviter les doubles impositions ne saurait légalement être refusée à cette entreprise au seul motif que ledit Etat aurait, en l'imposant, enfreint les règles fixées par la convention.

28. D'autre part, aux termes de l'article 7 de la convention franco-espagnole : " Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre Etat mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cet établissement stable ". L'article 24 de la même convention stipule : " 1. En ce qui concerne la France, les doubles impositions sont évitées de la manière suivante : a) Les revenus qui proviennent d'Espagne et qui sont imposables () dans cet Etat, conformément aux dispositions de la présente Convention, sont pris en compte pour le calcul de l'impôt français lorsque leur bénéficiaire est un résident de France (). Dans ce cas, l'impôt espagnol n'est pas déductible de ces revenus, mais le bénéficiaire a droit à un crédit d'impôt imputable sur l'impôt français. () ".

29. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition et si, par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie avant de déterminer si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale, il appartient néanmoins au juge, après avoir constaté que les impositions qu'une entreprise a supportées dans un autre Etat du fait des opérations qu'elle y a réalisées seraient normalement déductibles de son bénéfice imposable en France en vertu de la loi fiscale nationale, de faire application, pour la détermination de l'assiette de l'impôt dû par cette entreprise, des stipulations claires d'une convention excluant la possibilité de déduire l'impôt acquitté dans cet autre Etat d'un bénéfice imposable en France.

30. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit précédemment que la société de droit espagnol EMDE Trading SL exerce exclusivement son activité en France par le biais de son établissement stable situé à Perpignan. Dès lors qu'elle ne réalise en Espagne aucune opération dont le résultat entre dans ses bénéfices imposables en France, les impositions sur les bénéfices qu'elle établit avoir supportées en Espagne au titre des années 2015 et 2016 ne sauraient être regardées comme l'ayant été du fait d'opérations réalisées dans cet Etat. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a refusé d'admettre en déduction les impôts sur le bénéfice prélevés en Espagne, sur le fondement du 4° de l'article 39 du code général des impôts.

31. Par ailleurs, les stipulations claires de l'article 24 de la convention franco-espagnole ne portent que sur " les revenus qui proviennent d'Espagne ". Ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que les revenus perçus par la société EMDE Trading SL proviennent exclusivement de son activité réalisée en France. Par suite, les stipulations de cette convention ne font pas obstacle à l'application de la loi fiscale nationale, sur le fondement de laquelle l'imposition à l'impôt sur les sociétés a été valablement établie.

32. En deuxième lieu, d'une part, le 5 de l'article 39 du code général des impôts dispose que sont également déductibles du bénéfice net : " a. Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; () ".

33. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

34. La société demande que les bases imposables à l'impôt sur les sociétés reconstituées par le service tiennent compte, au titre des charges résultant des salaires versés à M. et à Mme A, des sommes de 26 400 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017 et de 29 600 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2018. Toutefois, la requérante n'apporte aucun élément permettant de justifier du montant des charges qu'elle entend faire admettre en déduction, ce alors qu'il résulte de l'instruction que les charges de 24 480 euros et de 21 200 euros admises en déduction par le service correspondent aux montants des rémunérations telles qu'elles apparaissent sur les comptes bancaires examinés par le service durant les opérations de contrôle. Par suite le moyen doit être écarté.

35. D'autre part, aux termes de l'article 7 de la convention franco-espagnole : " () 3. Pour déterminer les bénéfices d'un établissement stable, sont admises en déduction les dépenses exposées aux fins poursuivies par cet établissement stable, y compris les dépenses de direction et les frais généraux d'administration ainsi exposés, soit dans le territoire où est situé cet établissement stable, soit ailleurs ".

36. Si l'article 7 de la convention fiscale précitée ne mentionne pas expressément que la déduction du montant des dépenses de direction et des frais généraux d'administration est subordonnée à la présentation de justificatifs, cette circonstance ne dispense pas la société requérante de justifier, par la production de tout élément suffisamment précis, du principe de déductibilité des charges dont elle se prévaut, ce qu'elle ne fait pas en l'espèce.

37. En dernier lieu, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe 30 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôts le 3 octobre 2018 sous la référence BOI-BIC-CHG-40-30 qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

Sur les cotisations de retenue à la source sur le fondement du 2 de l'article 119 bis du code général des impôts :

38. Aux termes de l'article 108 du code général des impôts : " Les dispositions des articles 109 à 117 fixent les règles suivant lesquelles sont déterminés les revenus distribués par : 1° Les personnes morales passibles de l'impôt prévu au chapitre II du présent titre (). ". Aux termes du 1. de l'article 109 de ce même code : " Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ". Aux termes de l'article 111 de ce code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : c. Les rémunérations et avantages occultes ". Aux termes de l'article 115 quinquies de ce même code : " 1. Les bénéfices réalisés en France par les sociétés étrangères sont réputés distribués, au titre de chaque exercice, à des associés n'ayant pas leur domicile fiscal ou leur siège social en France. Les bénéfices visés au premier alinéa s'entendent du montant total des résultats, imposables ou exonérés, après déduction de l'impôt sur les sociétés. () 3. Les dispositions du 1 ne s'appliquent pas lorsque la société étrangère remplit les conditions suivantes : a) Avoir son siège de direction effective dans un Etat membre de la Communauté européenne ; b) Y être passible de l'impôt sur les sociétés, sans possibilité d'option et sans en être exonérée. ". Aux termes de l'article 119 bis de ce même code : " 2. () les produits visés aux articles 108 à 117 bis donnent lieu à l'application d'une retenue à la source dont le taux est fixé par le 1 de l'article 187 lorsqu'ils bénéficient à des personnes qui n'ont pas leur domicile fiscal ou leur siège en France. (). ".

39. Il résulte de l'instruction qu'au titre des années 2015 à 2018, l'administration a soumis à la retenue à la source prévue à l'article 119 bis 2 du code général des impôts précité les bénéfices réalisés par l'établissement stable en France de la société EMDE Trading SL, qualifiés de revenus distribués sur le fondement du 1° de l'article 109 et du c de l'article 111 du code général des impôts, et bénéficiant à M. et Mme A, fiscalement domiciliés en Espagne.

40. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que la société ne justifiant pas du montant des charges qu'elle entend faire admettre en déduction de son bénéfice, elle n'est pas fondée à remettre en cause le montant des revenus distribués soumis à retenue à la source.

41. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, les dispositions de l'article 115 quinquies du code général des impôts ne sauraient être regardées comme ayant privé l'administration de la faculté de taxer les distributions des bénéfices réalisés par son établissement stable en France sur le fondement du 1° de l'article 109-1 et du c de l'article 111 du code général des impôts. En outre, et dès lors que le service n'a pas fait application en l'espèce de l'article 115 quinquies du code général des impôts, la société ne peut utilement se prévaloir du 1. de cet article et soutenir que le service aurait dû déduire de ses bénéfices l'impôt sur les sociétés dont elle s'est acquittée en Espagne. Enfin, il résulte de ce qui a été dit que le siège effectif de la direction de la société EMDE Trading se situe dans son établissement stable de Perpignan, en France, de sorte qu'en tout état de cause, la requérante ne rentre pas dans le champ de l'exonération du 3 de l'article 115 quinquies précité.

42. En troisième lieu, d'abord, lorsque le redressement procède de l'imputation à un établissement stable situé en France, par l'intermédiaire duquel elle est regardée comme y exerçant son activité, de bénéfices réalisés par une société étrangère, il ne saurait par lui-même révéler l'existence d'une distribution de revenus par cette société, au sens de l'article 109 du code général des impôts précité. La circonstance que le contribuable que l'administration entend imposer comme bénéficiaire des distributions soit le maître de l'affaire n'a pas davantage cet effet. Par ailleurs, la circonstance que le bénéfice reconstitué par l'administration fiscale au titre de l'exploitation française soit supérieur au bénéfice global déclaré par la société étrangère et imposé dans son Etat de résidence ne révèle pas, à elle seule, l'existence d'une distribution.

43. Il résulte de l'instruction que le bénéfice imputable à l'activité de l'établissement stable de la société EMDE Trading SL situé à Perpignan a été reconstitué par le service à hauteur de 5 304 euros en 2015, de 183 479 euros en 2016, de 104 212 euros en 2017 et de 177 758 euros en 2018. La requérante fait valoir que cette activité a été retracée dans sa comptabilité en Espagne et que les bénéfices en résultant ont été déclarés dans ce pays. Elle produit à cet effet les extraits de son Grand Livre " Libro Mayor " ainsi que des liasses fiscales, et détaille sans être contestée avoir déclaré en Espagne un bénéfice de 27 966 euros en 2015, de 183 662 euros en 2016, de 40 950 euros en 2017 et de zéro euro en 2018. S'agissant des années 2017 et 2018, la société n'établit ni même n'allègue avoir déclaré en Espagne l'intégralité de ses bénéfices de source française, de sorte que la circonstance que le bénéfice reconstitué par le service pour ces années, substantiellement supérieur à celui déclaré en Espagne, doit être regardé comme révélant un désinvestissement et donc l'existence d'une distribution au sens du 1° de l'article 109-1 du code général des impôts. En revanche, le bénéfice global déclaré en Espagne au titre des années 2015 et 2016, très largement supérieur ou égal à celui reconstitué par le service, ne saurait être regardé comme révélant un désinvestissement. L'administration, qui se borne à se prévaloir du caractère occulte de l'activité, n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que les sommes litigieuses auraient été désinvesties, et n'établit donc pas l'existence d'une distribution de revenus au sens du 1° de l'article 109 du code général des impôt pour les années 2015 et 2016.

44. Par suite, la société est fondée à demander, sur le terrain de la loi fiscale, la décharge des cotisations de retenue à la source mises à sa charge sur le fondement de l'article 119 bis 2 du code général des impôts au titre des années 2015 et 2016.

45. Ensuite, aux termes de l'article 4 de la convention franco-espagnole : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression "résident d'un Etat contractant" désigne toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, est assujettie à l'impôt en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. () ". Aux termes de l'article 10 de cette convention : " Le terme "dividendes" employé dans le présent article désigne () les revenus soumis au régime des distributions par la législation fiscale de l'Etat contractant dont la société distributrice est un résident. ". Et aux termes de l'article 10.6 de la convention : " Lorsqu'une société qui est un résident d'un Etat contractant tire des bénéfices ou des revenus de l'autre Etat contractant, cet autre Etat ne peut percevoir aucun impôt sur les dividendes payés par la société, sauf dans la mesure où ces dividendes sont payés à un résident de cet autre Etat ou dans la mesure où la participation génératrice des dividendes se rattache effectivement à un établissement stable ou à une base fixe situés dans cet autre Etat, ni prélever aucun impôt, au titre de l'imposition des bénéfices non distribués, sur les bénéfices non distribués de la société, même si les dividendes payés ou les bénéfices non distribués consistent en tout ou en partie en bénéfices ou revenus provenant de cet autre Etat. ".

46. Il résulte de l'instruction que la société EMDE trading SL, assujettie à l'impôt en vertu de la législation française à raison de son siège de direction situé dans son établissement stable en France, doit être désignée comme " résident d'un Etat contractant " au sens de la convention franco-espagnole. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que la requérante ne tire pas de bénéfices ou de revenus de l'autre état contractant, à savoir l'Espagne, les dispositions claires de l'article 10.6 de la convention ne trouvent pas en l'espèce à s'appliquer et la société ne peut utilement s'en prévaloir. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la convention franco-espagnole ferait obstacle à son assujettissement à la retenue à la source en application du droit interne.

47. Enfin, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe 10 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-RPPM-RCM-30-30-10-10 qui renvoie à l'instruction référencée BOI-RPPM-RCM-30-30-30, qui ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

48. En quatrième lieu, si la société requérante soutient que la somme de 169 899 euros correspondant au solde débiteur du compte courant ouvert en son nom dans la société Maurice aurait été doublement assujettie à la retenue à la source, entre ses mains et entre celles de la société Maurice, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Par suite, le moyen doit être écarté.

49. En dernier lieu, d'une part, aux termes du 1 de l'article 187 du code général des impôts dans sa rédaction applicable avant le 1er janvier 2018 : " Sous réserve des dispositions du 2, le taux de la retenue à la source prévue à l'article 119 bis est fixé à () 30 % pour tous les autres revenus () " et dans sa version applicable à compter du 1er janvier 2018 : " Sous réserve des dispositions du 2, le taux de la retenue à la source prévue à l'article 119 bis est fixé à : 2° 12,8 % pour les bénéficiaires personnes physiques ". Et aux termes de l'article 10 de la convention franco-espagnole : " 1. Les dividendes payés par une société qui est un résident d'un Etat contractant à un résident de l'autre Etat contractant sont imposables dans cet autre Etat. / 2. / a) Les dividendes mentionnés au paragraphe 1 sont aussi imposables dans l'Etat contractant dont la société qui paie les dividendes est un résident, et selon la législation de cet Etat, mais si la personne qui reçoit les dividendes en est le bénéficiaire effectif, l'impôt ainsi établi ne peut excéder 15 % du montant brut des dividendes () ".

50. Il résulte de l'instruction que la retenue à la source fondée sur l'article 119 bis du code général des impôts mise à la charge de la requérante à l'issue des opérations de contrôle au titre de l'année 2018 a été calculée sur la base du taux de 30 % plafonné au taux conventionnel de 15 % précité. Il est toutefois constant que les époux A, bénéficiaires des distributions, étaient fiscalement domiciliés en Espagne en 2018. Il en résulte que la requérante est fondée à soutenir que le taux de retenue à la source prélevée ne pouvait excéder celui applicable pour les bénéficiaires personnes physiques, soit 12,8 % conformément aux dispositions du 2° du 1 de l'article 187 du code général des impôts.

51. D'autre part, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe 10 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques-impôts le 29 juin 2022 sous la référence BOI-RPPM-RCM-30-30-10-20 qui ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

52. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander la réduction de la cotisation de retenue à la source prélevée sur les revenus distribués à M. et Mme A au titre de l'année 2018 en tant que cette retenue a excédé le taux de 12,8 %.

Sur les cotisations de retenue à la source sur le fondement de l'article 182 A du code général des impôts :

53. Aux termes de l'article 4A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française. ". Aux termes de l'article 164 B de ce code : " I. Sont considérés comme revenus de source française ; / () / d. Les revenus tirés d'activités professionnelles, salariées ou non, exercées en France () ".

54. Aux termes de l'article 182 A du même code : " I. A l'exception des salaires entrant dans le champ d'application de l'article 182 A bis, les traitements, salaires, pensions et rentes viagères, de source française, servis à des personnes qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France donnent lieu à l'application d'une retenue à la source. II. La base de cette retenue est constituée par le montant net des sommes versées, déterminé conformément aux règles applicables en matière d'impôt sur le revenu, à l'exclusion de celles qui prévoient la déduction des frais professionnels réels. " Et aux termes de l'article 62 du code général des impôts : " Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations sont soumis à l'impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires s'ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés par application de l'article 211, même si les résultats de l'exercice social sont déficitaires, lorsqu'ils sont alloués : Aux gérants majoritaires des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes () ".

55. Le service a assujetti la société EMDE Trading SL à des cotisations de retenue à la source au titre des années 2017 à 2019 sur le fondement de l'article L. 182 A du code général des impôts, à raison des salaires versés à ses dirigeants M. et Mme A, fiscalement domicilés en Espagne. Toutefois, il résulte de l'instruction et il est constant que la société EMDE Trading SL est une société de droit espagnol ayant le statut de " sociedad limitada ", société commerciale dont la responsabilité est limitée aux apports, ainsi assimilable à une société à responsabilité limitée de droit français, dont M. et Mme A, associés détenant chacun 50% des parts, sont gérants majoritaires. Dès lors, les rémunérations qu'ils ont perçues à raison de leur activité ne peuvent être regardées comme des revenus provenant d'un travail dépendant. Il suit de là que leurs rémunérations devaient être imposées selon les modalités prévues à l'article 62 précité du code général des impôts. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir que les rémunérations en cause ne relevaient pas de la catégorie des traitements et salaires servis à des personnes qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France, et que c'est à tort que le service l'a assujettie à des cotisations de retenue à la source en application des dispositions de l'article 182 A du code général des impôts précité.

56. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à demander la décharge des cotisations de retenue à la source mises à sa charge sur le fondement de l'article 182 A du code général des impôts au titre des années 2017 à 2019.

Sur les pénalités :

57. Aux termes du 1 de l'article 1728 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte. ".

58. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 16 à 20, dès lors que la société EMDE Trading SL exerçait dans son établissement stable situé en France une activité occulte et n'établit pas avoir commis une erreur justifiant qu'elle ne se soit acquittée d'aucune de ses obligations déclaratives, c'est à bon droit que l'administration fiscale lui a infligé une majoration de 80 % pour activité occulte sur le fondement du c du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.

59. Il résulte de tout ce qui précède que la société EMDE Trading SL est uniquement fondée à demander la décharge, en droit et pénalités, des cotisations de retenue à la source mises à sa charge sur le fondement de l'article 182 A du code général des impôts au titre des années 2017 à 2019 et des cotisations de retenue à la source mises à sa charge sur le fondement de l'article 119 bis 2 de ce code au titre des années 2015 et 2016, ainsi que la réduction, en droit et pénalités, de la cotisation de retenue la source prélevée sur le fondement du 2 de l'article 119 bis du même code au titre de l'année 2018 à concurrence du montant excédant le taux de 12,8 %.

Sur les frais liés au litige :

60. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel, la somme demandée par la société EMDE Trading SL au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La société EMDE Trading SL est déchargée des cotisations de retenue à la source mises à sa charge sur le fondement de l'article 182 A du code général des impôts au titre des années 2017 à 2019, en droit et pénalités.

Article 2 : La société EMDE Trading SL est déchargée des cotisations de retenue à la source mises à sa charge sur le fondement du 2 de l'article 119 bis du code général des impôts au titre des années 2015 et 2016, en droit et pénalités.

Article 3 : La cotisation de retenue à la source mise à la charge de la société EMDE Trading SL sur le fondement du 2 de l'article 119 bis du code général des impôts au titre de l'année 2018 est réduite à concurrence du montant excédant le taux de 12,8 %.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société EMDE Trading SL et au directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

M. Rabaté, vice-président,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

D. Besle

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 juin 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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