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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203026

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203026

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203026
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantTRIBOUL-MAILLET CLAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 juin, 16 juin, 26 juillet 2022 et les 24 et 25 avril 2023, Mme C B et M. E D, représentés par Me Triboul-Maillet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a mis à leur charge un indu de 9 657,39 euros de prime d'activité pour la période d'avril 2019 à décembre 2021 ;

2°) d'annuler le rapport d'enquête dressé par le contrôleur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault le 7 janvier 2022 ;

3°) d'annuler la décision du 17 mai 2022 leur infligeant une pénalité de 2 000 euros ;

4°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Hérault à rectifier leur situation administrative ;

5°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Hérault à rembourser les sommes versées au titre du remboursement de l'indu litigieux ;

6°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Hérault à les rétablir dans leurs droits ;

7°) de leur accorder une remise de dette ;

8°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le signataire de la décision du 9 février 2022 ne justifie pas de sa compétence ;

- le signature du rapport d'enquête du 7 janvier 2022 ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision du 9 février 2022 n'est pas motivée ;

- la procédure contradictoire préalable a été méconnue dès lors que le rapport d'enquête ne lui a pas été transmis ;

- les sommes versées par les parents de M. D ne devaient pas être déclarées dès lors qu'il s'agit du remboursement d'un emprunt et d'aides familiales ponctuelles ;

- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur d'appréciation en considérant que son conjoint avait participé à du travail dissimulé ;

- la caisse d'allocations familiales n'aurait pas dû prendre en compte dans les ressources les aides versées par l'Etat lors de la crise du coronavirus ;

- la caisse d'allocations familiales ne peut pas demander le remboursement de l'indu en application de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale prévoyant une prescription biennale pour les actions en recouvrement des prestations indument payées ;

- les montants pris en compte par la caisse d'allocations familiales et réintégrés dans leurs ressources sont erronés ;

- la sanction infligée par la caisse d'allocations familiales n'est pas proportionnée à l'objectif poursuivi ;

- ils n'ont commis aucune fraude ;

- ils sont dans l'incapacité de rembourser les sommes réclamées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables dès lors que les requérants n'ont pas contesté le bien-fondé de l'indu dans leur recours préalable et n'ont demandé qu'une remise de dette ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Triboul-Maillet, représentant Mme B et M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le foyer de Mme B est bénéficiaire de la prime d'activité dans le département de l'Hérault. A la suite de la réintégration dans ses ressources de virements régulièrement perçus sur le compte bancaire de M. D, le directeur de la caisse d'allocations familiales a notifié à Mme B, par une décision du 9 février 2022, un indu de prime d'activité d'un montant de 9 657,39 euros pour la période du 1er avril 2019 au 31 décembre 2021. Mme B et M. D contestent cet indu.

Sur les conclusions relatives à la pénalité administrative :

2. Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " I.- Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : 1° L'inexactitude ou le caractère incomplet des déclarations faites pour le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; / 2° L'absence de déclaration d'un changement dans la situation justifiant le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; / 3° L'exercice d'un travail dissimulé, constaté dans les conditions prévues à l'article L. 114-15, par le bénéficiaire de prestations versées sous conditions de ressources ou de cessation d'activité ; / 4° Les agissements visant à obtenir ou à tenter de faire obtenir le versement indu de prestations servies par un organisme mentionné au premier alinéa, même sans en être le bénéficiaire ; / 5° Les actions ou omissions ayant pour objet de faire obstacle ou de se soustraire aux opérations de contrôle exercées, en application de l'article L. 114-10 du présent code et de l'article L. 724-7 du code rural et de la pêche maritime, par les agents mentionnés au présent article, visant à refuser l'accès à une information formellement sollicitée, à ne pas répondre ou à apporter une réponse fausse, incomplète ou abusivement tardive à toute demande de pièce justificative, d'information, d'accès à une information, ou à une convocation, émanant des organismes chargés de la gestion des prestations familiales et des prestations d'assurance vieillesse, dès lors que la demande est nécessaire à l'exercice du contrôle ou de l'enquête () ". Il résulte ensuite de l'article L. 114-17-2 du même code : " I.- Le directeur de l'organisme mentionné aux articles L. 114-17 ou L. 114-17-1 notifie la description des faits reprochés à la personne physique ou morale qui en est l'auteur afin qu'elle puisse présenter ses observations dans un délai fixé par voie réglementaire. A l'expiration de ce délai, le directeur : 1° Décide de ne pas poursuivre la procédure ; 2° Notifie à l'intéressé un avertissement ; 3° Ou saisit la commission mentionnée au II du présent article. A réception de l'avis de la commission, le directeur : () c) Soit notifie à l'intéressé la pénalité qu'il décide de lui infliger, en indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. La pénalité est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire () ".

3. Par décision du 17 mai 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a infligé à Mme B une pénalité administrative de 2 000 euros en application de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. Il résulte des dispositions précitées que la contestation d'une telle décision relève de la compétence du tribunal judiciaire. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre cette pénalité doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du rapport d'enquête :

4. Le rapport d'enquête constituant seulement un acte préparatoire à une décision administrative, sa régularité ne peut être contestée qu'à appui du recours exercé contre cette décision mais ne peut faire l'objet lui-même d'une demande d'annulation devant le juge administratif. Il s'ensuit que les conclusions de la requête tendant à l'annulation du rapport d'enquête sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 9 février 2022 de récupération de l'indu de prime d'activité :

5. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

6. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que seule une décision explicite ou implicite prise à la suite d'un tel recours est susceptible d'être déférée au juge. Dès lors, les conclusions dirigées contre la décision du 9 février 2022 de récupération de l'indu de prime d'activité sont irrecevables.

Sur les conclusions relatives à l'indu de prime d'activité :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

8. Il résulte de l'instruction que, par lettre du 17 février 2022, Mme B et M. D ont présenté une demande de remise gracieuse, sans en contester le bien-fondé, de l'indu de prime d'activité qui leur a été notifié par la décision du 9 février 2022. Cette demande a été rejetée par le directeur de la caisse d'allocations familiales par décision du 7 avril 2022. En ayant formé cette demande de remise gracieuse, Mme B et M. D ont manifesté, dès le 17 février 2022, leur connaissance acquise de la décision du 9 février 2022, laquelle mentionnait les voies et délais de recours, notamment l'obligation de saisir la commission de recours amiable avant l'exercice d'un recours contentieux. Par suite, pour contester le bien-fondé de l'indu, Mme B et M. D devaient saisir la commission de recours amiable avant le 17 avril 2022. Or, il résulte de l'instruction que le conseil de Mme B et M. D n'a adressé à la caisse d'allocations familiales que le 31 mai 2022 un courrier pouvant être regardé comme contestant le bien-fondé de l'indu de prime d'activité. Par suite, en l'absence du recours préalable obligatoire formé dans le délai de deux mois suivant la date à laquelle les requérants sont réputés avoir eu connaissance de la décision du 9 février 2022, les conclusions de la requête relatives au bien-fondé de l'indu sont irrecevables.

Sur la demande de remise de dette :

9. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

11. Il ne résulte pas de l'instruction que, à la date du présent jugement, Mme B et M. D, qui ont quatre enfants et ont indiqué avoir disposé en 2022 de ressources s'élevant à environ 20 000 euros hors prestations sociales, seraient dans une situation de précarité telle qu'il leur serait impossible de rembourser l'indu de prime d'activité dont ils sont redevables, y compris selon l'échéancier qui leur a été proposé et selon lequel ils ont commencé à rembourser leur dette. Par suite, il n'y a pas lieu d'accorder à Mme B et à M. D la remise de dette qu'ils sollicitent.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B et M. D doit être rejetée y compris leurs conclusions accessoires aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme B et M. D dirigées contre la décision du 17 mai 2022 infligeant une pénalité de 2 000 euros sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B et M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. E D et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 juin 2023.

La greffière,

F. Roman

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