vendredi 13 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203177 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BENKRID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 juin 2022, 8 mars et 23 juillet 2024, Mme A F, représentée par Me Benkrid, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 130 396,23 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter de sa réclamation préalable, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'accident de service dont elle a été victime le 31 mai 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 002.35 euros au titre des frais et des dépens en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat sans faute doit être engagée ; elle a subi un déficit fonctionnel temporaire qu'elle évalue à la somme de 19 665 euros, un déficit permanent fixé à 15 % qu'elle évalue à la somme de 27 000 euros ; elle a enduré des souffrances psychiques qu'elle évalue à la somme de 50 000 euros ; elle a subi un préjudice d'agrément qu'elle évalue à la somme de 5 000 euros ; elle a subi un préjudice sexuel évalué à la somme de 5 000 euros ; elle a eu recours à une tierce personne, une aide-ménagère à hauteur de 1 165,23 euros, et une aide assurée par son compagnon dont elle sollicite l'indemnisation à hauteur de 2 376 euros ; enfin, elle a subi un préjudice lié à des frais de santé restés à sa charge
- la responsabilité de l'Etat pour faute doit également être engagée ; les services de l'Etat ne lui ont apporté aucun soutien ; ils lui ont à tort refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle, ont mis près d'un an et demi pour reconnaitre l'accident de service ; en outre le secret médical a été bafoué et elle n'a obtenu un poste adapté de courte durée qu'en septembre 2020 et s'est vu refuser un poste adapté de longue durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- les observations de Me Benkrid, représentant Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, alors professeure des écoles à l'école maternelle le Centenaire à Lavérune, a été victime le 31 mai 2018 d'une altercation verbale avec un parent d'élève qui a été reconnue accident de service par décisions de l'inspecteur d'académie directeur académique des services de l'éducation nationale des 2 octobre 2019 et 4 juin 2020. Par courrier du 1er avril 2022, elle a saisi le rectorat de l'académie de Montpellier d'une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis du fait de cet accident de service. Suite au silence gardé par l'administration, par la présente requête, Mme F demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 130 396,23 euros en réparation des préjudices subis du fait de cet accident.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite qui instituent en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
S'agissant de la responsabilité pour faute :
3. Mme F sollicite la réparation intégrale de son préjudice professionnel au regard de fautes commises par le rectorat dans les suites de son accident de service. En particulier, elle fait valoir que les services du rectorat ne l'ont pas accompagnée dans ses démarches de reconnaissance de l'accident de service, qu'ils lui ont refusé à tort le bénéfice de la protection fonctionnelle, qu'ils ont illégalement refusé de lui accorder un poste adapté de courte durée avant la rentrée 2019, qu'ils ont refusé de lui accorder un poste adapté de longue durée et qu'ils ont porté atteinte au secret médical en ayant pris connaissance de l'intégralité des rapports d'expertises des docteur E et B auxquelles elle s'est soumise. Toutefois, à supposer même que l'on admette l'existence de ces fautes, en se bornant à solliciter la seule réparation intégrale de son préjudice professionnel causé par son accident de service, Mme F n'invoque la réparation d'aucun préjudice qui serait en lien direct et certain avec les fautes alléguées que le rectorat aurait commises postérieurement à l'accident et qui n'ont pu, contrairement au principe de réparation intégrale de droit commun rappelé au point précédent, être de nature à favoriser la survenance même de l'accident de service.
4. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à réparer intégralement le préjudice professionnel subi au titre de la responsabilité pour faute.
S'agissant de la responsabilité sans faute :
5. Au titre de l'obligation qui incombe à l'Etat de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, la responsabilité sans faute des services du rectorat de l'académie de Montpellier est engagée en raison de l'accident de service en cause. Mme F est, ainsi, fondée à demander la condamnation de l'Etat sur le fondement de la responsabilité sans faute.
Sur l'évaluation des préjudices :
6. Mme F sollicite l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'accident de service du 31 mai 2018 en se fondant sur les conclusions de l'expertise judiciaire du docteur D établie le 19 novembre 2021. Ce dernier a estimé qu'elle avait subi un déficit fonctionnel temporaire (DFT) de 100 % du 31 mai 2018 au 2 octobre 2019, date de la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident, et a fixé à 50 % son DFT jusqu'à la date de consolidation de son état de santé qu'il fixe au 31 août 2020, veille de sa reprise sur un poste adapté. Il a également évalué les souffrances psychiques endurées à 6/7, a reconnu l'existence d'un préjudice sexuel, celui d'un préjudice d'agrément, la nécessité du recours à une aide-ménagère et a fixé à 15% le taux de son IPP. Toutefois, d'une part, Mme F demande la réparation des préjudices subis du fait de son seul accident de service, lequel a consisté en une confrontation verbale avec un parent d'élève qui a haussé le ton, l'a montrée du doigt en la traitant de mauvaise professeure. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'à la suite de cet évènement, qui n'a pas entrainé d'hospitalisation, elle a été arrêtée trois semaines puis a repris son activité professionnelle jusqu'aux vacances scolaires avant d'être, à nouveau, arrêtée du 31 août 2018 au 22 juin 2019 et du 31 août 2019 au 22 juin 2020. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que pendant ces périodes d'arrêts de travail, elle ait fait état de troubles tels que son DFT puisse raisonnablement être considéré comme total pendant la période d'instruction de sa demande de reconnaissance de son accident de travail, laquelle a nécessité la désignation de deux experts, le docteur E et le docteur B, ni même à hauteur de 50% pour la période postérieure au 3 octobre 2019 jusqu'au 31 août 2020. Il résulte des pièces versées au dossier, notamment d'un courriel que Mme F a adressé au médecin de prévention en novembre 2018 qu'elle faisait état à cette date d'une amélioration de son état de santé bien que l'idée de reprendre du service lui faisait " toujours peur ".
7. Il résulte de ce qui précède que l'état du dossier ne permet pas au tribunal de statuer en connaissance de cause sur les prétentions indemnitaires de la requérante strictement imputables à l'accident de service du 31 mai 2018 et notamment sur les niveaux de déficit fonctionnel temporaire, de souffrance endurée, de nécessité de recourir à une aide-ménagère hebdomadaire. Il y a lieu, dans ces conditions, d'ordonner avant-dire droit une expertise aux fins précisées ci-après à l'article 2 du dispositif du présent jugement et de réserver jusqu'en fin d'instance les droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par celui-ci, incluant les conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions indemnitaires présentées par Mme F sur le fondement de la responsabilité pour faute sont rejetées.
Article 2 : Il sera, avant de statuer sur les conclusions de la requête de Mme F tendant à l'évaluation des préjudices extrapatrimoniaux subis par la survenance de son accident de service en date du 31 mai 2018, procédé à une expertise médicale, confiée à un médecin psychiatre, en vue de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme F ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de Mme F et à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de Mme F avant le 31 mai 2018, date de son accident reconnu imputable au service, en précisant, le cas échéant les pathologies dont elle était atteinte auparavant ou les traitements dont elle faisait l'objet ; dire plus précisément si elle était déjà atteinte, avant la reconnaissance de son accident de service, de troubles psychiques ;
3°) décrire l'état de santé de Mme F postérieurement à l'accident de service du 31 mai 2018, et actuellement ; décrire notamment ses lésions, affections et troubles, ainsi que les traitements qui y sont associés ; déterminer dans quelle mesure les troubles dont a souffert et dont souffre actuellement Mme F sont liés à cet accident de service, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec des pathologies antérieures dont elle serait atteinte, leur évolution ou toute autre cause extérieure ;
4°) déterminer la date de consolidation de l'état de santé de Mme F et fixer les taux des déficits fonctionnels temporaire et permanent correspondant à sa pathologique psychique liée au seul évènement du 31 mai 2018 ;
5°) donner son avis sur l'existence éventuelle des préjudices extrapatrimoniaux temporaires et permanents de Mme F, à savoir des souffrances endurées, un déficit fonctionnel temporaire, un déficit fonctionnel permanent, un préjudice d'agrément, la nécessité de recourir à une tierce personne dans le quotidien, des troubles dans les conditions d'existence, et, le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à l'accident dont elle a été victime de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ;
6°) d'une manière générale, fournir au tribunal tout renseignement utile à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par la requérante, de l'entier préjudice qu'elle subit.
Article 3 : Tous droits et moyens sur lesquels n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et à la rectrice de l'académie de Montpellier.
Copie en sera transmise à l'expert.
Délibéré après l'audience du 30 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
M. Louis-Noël Lafay, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
La rapporteure,
I. CLe président,
V. Rabaté
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne à la rectrice de l'académie de Montpellier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 septembre 2024.
La greffière,
B. Flaesch.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026