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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203309

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203309

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203309
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2022, Mme B C, représentée par Me Manya, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé la mise à sa charge d'un indu de 3 978,03 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er mars au 31 octobre 2021 ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) à titre subsidiaire, d'en prononcer la remise gracieuse ;

4°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Orientales la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

À titre principal :

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

À titre subsidiaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié du revenu de solidarité active depuis le mois de février 2020 en se déclarant vivre en concubinage, sans activité et sans ressource. À la suite d'un contrôle de sa situation, par une décision du 15 mars 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a notifié à Mme C un indu de 3 978,03 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er mars au 31 octobre 2021. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant, à titre principal, l'annulation de la décision du 26 avril 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé cet indu et, à titre subsidiaire, la remise gracieuse de cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité de la décision :

3. En premier lieu, la décision litigieuse est signée, pour la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales, par le responsable du service " accès aux droits ". Par arrêté du 5 janvier 2022, régulièrement publié au bulletin des actes administratifs du département des Pyrénées-Orientales, celui-ci a reçu délégation à l'effet de signer les décisions individuelles prises sur les recours en matière de revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

5. La décision du 26 avril 2022 indique qu'elle porte sur un indu de 3 978,03 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er mars 2021 au 30 octobre 2021 résultant d'une omission de déclaration d'activité professionnelle de Mme C à compter du mois de mars 2021. Elle mentionne en outre être fondée sur l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".

8. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

9. Enfin, il résulte des dispositions des articles L. 262-2 et L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles que le revenu de solidarité active a pour objet de porter les ressources de l'ensemble du foyer à un niveau garanti. Par suite, alors même qu'un seul des membres du foyer a été désigné comme allocataire, les sommes qui ont été indument perçues au titre de l'allocation peuvent en principe être récupérées, en tout ou partie, tant auprès de l'allocataire que de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, lorsque cette personne a été prise en compte pour le calcul du revenu garanti. En effet, en cas de mariage ou de pacte civil de solidarité, chacun des époux ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité peut être, le cas échéant, appelé à répondre solidairement d'une telle dette sur le fondement, respectivement, des articles 220 et 515-4 du code civil et, en cas de concubinage, eu égard à l'objet de l'allocation et à son mode de calcul, les concubins sont tenus solidairement au remboursement de l'indu à raison du bénéfice qu'ils en ont l'un et l'autre retiré.

10. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme C résulte de l'absence de déclaration par cette dernière des revenus tirés de son activité de travailleur non salarié sous le régime d'auto-entrepreneur depuis le mois de mars 2021. Pour remettre en cause le bien-fondé de cet indu, Mme C se borne à soutenir qu'elle n'a jamais perçu le revenu de solidarité active et produit à cette fin des relevés de son compte bancaire personnel. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier des termes du recours administratif adressé par Mme C au département des Pyrénées-Orientales le 8 avril 2022 et des comptes rendus de déclarations trimestrielles de ressources produits par le département, que M. D, concubin de l'intéressée, a été désigné comme allocataire pour le bénéfice du revenu de solidarité active. Dans ces conditions, alors qu'elle ne conteste pas que cet indu porte sur une période où elle était en couple et formait avec celui-ci un même foyer, Mme C est solidairement tenue au remboursement de l'indu en litige sans qu'elle puisse utilement opposer n'avoir pas bénéficié du versement du revenu de solidarité active sur son compte bancaire personnel.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 26 avril 2022 et les conclusions à fin de décharge ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande de remise gracieuse :

12. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

13. Il résulte de l'instruction que Mme C n'a pas déclaré son activité professionnelle à compter de mars 2021. La requérante ne fournit aucune explication quant aux erreurs déclaratives qui lui sont reprochées alors même que les formulaires de déclaration trimestrielle de ressources prescrivent expressément aux allocataires du revenu de solidarité active de déclarer l'ensemble des ressources du foyer. Dans ces conditions, Mme C ne peut, en tout état de cause, être regardée comme établissant se trouver en situation de bénéficier d'une remise gracieuse de l'indu mis à sa charge.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département des Pyrénées-Orientales et de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, qui ne se sont pas les parties perdantes dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département des Pyrénées-Orientales.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2023.

La greffière,

F. Roman

No 2203309

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