mercredi 17 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203506 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat CRAMPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet 2022 et 26 janvier 2024, Mme A C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 avril 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a refusé de lui accorder une remise gracieuse totale de sa dette d'aide personnelle au logement, laissant à sa charge la somme de 1 096,09 euros ;
2°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Hérault à lui verser 2 000 euros de dommages et intérêt au titre du préjudice financier et moral qu'elle a subi.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est dépourvue de motivation ;
- la dette est issue d'erreurs répétées de la part de la caisse d'allocations familiales ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'angoisse qu'ont suscité pour elle et sa famille les erreurs et trop perçus répétés ;
- le montant de la dette est considérable par rapport aux ressources et charges de sa famille ;
- il est fondé sur un quotient familial erroné.
Par des mémoires en défense, enregistré les 10 janvier et 15 avril 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Un moyen d'ordre public a été adressé aux parties le 19 décembre 2023, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, qui n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable ayant fait naitre une décision prise par l'administration (article L. 421-1 du code de justice administrative).
Mme C a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public le 22 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Crampe, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Crampe, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique et la clôture de l'instruction a été prononcée.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 6 avril 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Hérault a partiellement fait droit à la demande de remise gracieuse de la dette d'aide personnelle au logement d'un montant initial de 1 826,81 euros présentée par Mme C, en laissant à sa charge la somme de 1 096,09 euros. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de cette décision et l'octroi d'une remise gracieuse totale ainsi que l'indemnisation des préjudices résultant de cet indu.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa version applicable au présent litige : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
3. Il résulte de l'instruction que Mme C a adressé le 26 janvier 2024 une demande préalable à la caisse d'allocations familiales sollicitant l'indemnisation des préjudices dont elle demande réparation. Elle a ainsi régularisé l'absence de liaison du contentieux et ses conclusions indemnitaires sont recevables.
4. Il résulte de l'instruction que différents dysfonctionnements informatiques ont généré l'indu en litige, dont Mme C a été avisée par courrier du 3 janvier 2022. Ayant saisi la caisse d'allocations familiales d'un recours gracieux le 8 janvier suivant et le médiateur de cette institution le 1er mars suivant, Mme C a reçu les explications et les excuses de la CAF le 18 mars 2022 et s'est vu accorder une remise partielle de dette d'un montant de 730,72 euros le 6 avril 2022, ainsi qu'un échelonnement des retenues d'un montant de 80 euros sur ses prestations familiales. Eu égard à la réactivité de la CAF pour régulariser la situation de Mme C, l'attitude de la caisse n'est pas fautive, et Mme C n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis du fait de ce dysfonctionnement.
Sur les conclusions tendant à la remise totale de la dette :
5. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553- 2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré du défaut de motivation, relevant des vices propres de la décision en litige, est inopérant.
8. En second lieu, il résulte de l'instruction qu'en tenant compte de l'absence de responsabilité de l'allocataire dans la constitution de l'indu, la caisse d'allocations familiales a accordé à Mme C une remise gracieuse à hauteur de 730,72 euros, laissant à sa charge un montant de 1 096,09 euros. Eu égard au montant des ressources et des charges que Mme C expose, alors même que la caisse d'allocations familiales aurait tenu compte à tort d'un quotient familial de 802 € en lieu et place de 680 €, Mme C n'établit pas que le remboursement de ce trop-perçu, exercé par la CAF sous forme de retenues mensuelles d'un montant de 80 euros sur les prestations familiales versées à son foyer, et alors qu'il lui est possible de solliciter des retenues d'un montant inférieur, la place en situation de précarité en dépassant ses capacités de remboursement.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
La magistrate désignée,
S. Crampe
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 17 avril 2024
La greffière,
M. B00
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