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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203586

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203586

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203586
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMIREPOIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, Mme D C épouse A B, représentée par Me Mirepoix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le centre intercommunal d'action sociale (CIAS) Castelnaudary Lauragais Audois a rejeté sa réclamation indemnitaire préalable adressée le 16 mars 2022 ;

2°) de condamner le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois à lui verser la somme de 51 696,90 euros en réparation de ses préjudices ;

3°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la date de réception par l'administration de sa demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation en application des dispositions des articles 1231-6 et 1343-2 du code civil ;

4°) de mettre à la charge du CIAS Castelnaudary Lauragais Audois la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la faute :

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 25 avril 2019 dès lors que cette décision prononce sa mise en disponibilité d'office pour raison de santé sans que l'administration établisse que la commission de réforme a été, au préalable, saisie pour avis ;

- elle est également fondée à invoquer l'illégalité de cet arrêté dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de consulter son dossier et n'a pas été destinataire des informations que doit lui transmettre le comité médical ;

- ce même arrêté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, qui constituent aussi des illégalités fautives ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision renouvelant sa mise en disponibilité d'office jusqu'au 1er avril 2022 qui est également irrégulière, faute d'avoir donné lieu à une saisine préalable, pour avis, du comité médical ; elle est en outre entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Sur le préjudice :

- du fait de l'absence de versement de toute indemnité à partir du mois de mai 2021, elle a subi un préjudice matériel à hauteur de la somme de 46 696,90 euros ;

- elle a subi un préjudice moral qui peut être fixé à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois, représenté par Me Noray-Espeig, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation, dirigées contre une décision qui n'a eu pour objet que de lier le contentieux indemnitaire, sont irrecevables ;

- l'arrêté plaçant Mme C en position de disponibilité d'office pour raisons de santé n'est entaché d'aucune illégalité fautive, d'autant que l'intéressée, stagiaire, a été placée dans une situation plus favorable ;

- il n'y a aucun lien de causalité entre le préjudice invoqué par Mme C et une prétendue faute de sa part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Teuly-Desportes ;

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;

- et les observations de Me Noray-Espeig représentant le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A B, agent social territorial non titulaire, recrutée par le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois le 1er juillet 2013, puis nommée en qualité de stagiaire le 1er juillet 2015, a été placée en congé de longue maladie le 16 février 2016, congé renouvelé jusqu'au 16 février 2019. Par un arrêté du 25 avril 2019, Mme C a été placée en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 16 février 2019. Le 21 mars 2022, elle a été licenciée pour inaptitude physique. Le 21 avril 2022, une pension d'invalidité lui a été accordée à compter du 1er avril 2022. Estimant que l'arrêté du 25 avril 2019 comme la décision de prolongation de sa disponibilité d'office pour raisons de santé jusqu'au 1er avril 2022, non notifiée, sont entachés d'illégalités fautives, Mme C épouse A B, après avoir présenté, le 16 mars 2022, une réclamation préalable d'indemnisation, doit être regardée comme recherchant la responsabilité de l'établissement public et la réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la faute tirée de l'illégalité de l'arrêté du 25 avril 2019 :

2. En premier lieu, selon l'article 4 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, dans sa version antérieure à la publication du décret du 14 mars 2022 : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. Il est consulté obligatoirement pour : () c) La réintégration à l'issue d'un congé de longue maladie ou de longue durée ; f) la mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; (). Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : -de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; -de ses droits concernant la communication de son dossier et de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ;(). L'avis du comité médical est communiqué au fonctionnaire sur sa demande. (). ".

3. Contrairement à ce qui est soutenu, le comité médical départemental a informé la requérante, par une lettre du 8 mars 2019, adressée avec demande d'avis de réception et reçue par l'intéressée le 12 mars suivant, que l'examen de son dossier aurait lieu le 19 mars suivant et qu'elle pouvait consulter son dossier administratif et médical auprès de son administration, que le médecin de son choix pouvait assister à la séance et présenter ses observations, demander la communication de l'avis du comité médical et contester cet avis devant le comité médical supérieur. En outre, l'avis du comité médical du 19 mars 2019, ayant reconnu l'agente inapte de façon définitive et absolue à toute fonction, a été versé au dossier par la requérante, qui en a donc obtenu la communication. Il suit de là que Mme C épouse A B n'est pas fondée à exciper de l'irrégularité de la procédure de consultation du comité médical.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987, dans sa rédaction antérieure au décret du 14 mars 2022 : " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. ".

5. Si la requérante invoque l'absence de preuve, autre que le visa de l'avis dans l'arrêté du 25 avril 2019, de la saisine préalable de la commission de réforme, après l'avis du comité médical, il ressort au contraire des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de séance du 16 avril 2019, versé au dossier par le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois, que cette instance a été saisie pour avis et a estimé qu'il y avait lieu de retenir l'inaptitude totale et définitive de l'agente à toute fonction justifiant une mise à la retraite pour invalidité. En conséquence, Mme C épouse A B n'est pas fondée à exciper du vice de procédure ainsi allégué à l'appui de ses conclusions à fin d'indemnisation.

6. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 citées au point 4 que, lorsqu'un agent a épuisé ses droits à un congé de maladie ordinaire, il appartient à la collectivité qui l'emploie de maintenir à son bénéfice le versement de son demi-traitement dans l'attente de la décision qu'elle prendra à la suite de l'avis du comité médical sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite.

7. Toutefois, aux termes de l'article 2 du décret du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale : " Les fonctionnaires territoriaux stagiaires sont soumis aux dispositions des lois des 13 juillet 1983 et 26 janvier 1984 susvisées et des décrets pris pour leur application, dans la mesure où elles sont compatibles avec leur situation particulière et dans les conditions prévues par le présent décret. " et l'article 10 du même décret comporte une disposition spécifique aux stagiaires, différente de la règle applicable aux fonctionnaires, qui prévoit que : " Le fonctionnaire territorial stagiaire qui est inapte physiquement à reprendre ses fonctions à l'expiration des congés de maladie prévus au premier alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 précitée ou aux 3°, 4° et 9° du même article () est placé en congé sans traitement pour une durée maximale d'un an renouvelable une fois. ".

8. Alors que les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir, s'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires, l'administration qui est tenue de placer les fonctionnaires soumis à son autorité dans une position statutaire régulière peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive seulement dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation.

9. Il résulte de l'instruction que Mme C épouse A B avait épuisé ses droits à congés le 15 février 2019. Alors même que le président de l'établissement public intercommunal a placé l'intéressée, en l'absence de décision de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) sur la date d'admission à la retraite pour invalidité, de manière rétroactive en disponibilité d'office à compter du 16 février 2019, et ce, jusqu'à ce que la CNRACL ait statué, le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois l'a placée dans une situation plus favorable en lui octroyant un demi-traitement. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir, par la voie de l'exception, que l'arrêté du 25 avril 2019 serait entaché d'une erreur de droit ou d'une erreur de fait. Il suit de là qu'aucune illégalité fautive ne peut être retenue à l'encontre de l'arrêté du 25 avril 2019.

En ce qui concerne l'illégalité de " décisions de renouvellement de sa mise en disponibilité d'office " :

10. Il est constant que si Mme C a été placée en disponibilité d'office jusqu'à la date de mise à la retraite pour invalidité, la CNRACL a retenu que sa qualité de stagiaire ne lui permettait pas de bénéficier de ce dispositif. Dans ces conditions, l'agente ne remplissant pas toutes les conditions pour prétendre à la retraite, elle a été licenciée pour inaptitude physique par un arrêté du 21 mars 2022, dont elle n'excipe nullement de l'illégalité. En outre, avant de déterminer la rente d'invalidité du régime général et d'appliquer le pourcentage de traitement, l'établissement public a saisi, ainsi que le courrier du 25 mai 2021 l'indique, le médecin de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Aude qui n'a rendu un avis que le 6 janvier 2022.

11. Mme C doit être regardée comme excipant de l'illégalité de la décision de renouvellement de la mise en disponibilité révélée par le refus de la CNRACL de ne pas l'admettre à la retraite pour invalidité.

12. Selon l'article 11 du décret du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale : " A l'expiration des droits à congé avec traitement ou d'une période de congé sans traitement accordés pour raisons de santé, le fonctionnaire territorial stagiaire reconnu, après avis du comité médical compétent, dans l'impossibilité définitive et absolue de reprendre ses fonctions, est licencié. () ".

13. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

14. D'une part, dès lors que la CNRACL s'était prononcée et avait refusé la mise à la retraite de l'intéressée au regard de sa qualité de fonctionnaire stagiaire, l'établissement public n'était pas tenu de renouveler la mesure de mise en disponibilité d'office mais a, conformément aux dispositions précitées de l'article 11 du décret du 4 novembre 1992, initié la procédure de licenciement en saisissant le comité médical. Pour autant, ainsi qu'il a été dit au point 3, le comité médical s'étant déjà prononcé, le 19 mars 2019, sur son inaptitude médicale totale et définitive à toute fonction, un nouvel avis n'aurait pas eu d'influence sur le sens de la décision, l'intéressée ayant été mise à même de se présenter lors de cette réunion du comité et n'ayant donc pas été privée d'une quelconque garantie. Mme C épouse A B n'est donc pas fondée à exciper de l'irrégularité d'une décision de renouvellement de sa mise en disponibilité d'office.

15. D'autre part, ainsi qu'il a été dit aux points 5 à 9, l'agente stagiaire a été placée dans une situation plus favorable en percevant une indemnité égale à un demi-traitement avec indemnités de coordination pour la période du 16 février 2019 au 19 avril 2021, nonobstant l'épuisement de ses droits à congés, alors qu'elle aurait pu se voir placer dans la position de congé sans traitement, ce qui a été le cas à compter du 1er mai 2021 et jusqu'au 31 mars 2022. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois l'a placée en congé sans traitement et a engagé la procédure de licenciement pour inaptitude médicale, laquelle n'a pu être menée à son terme qu'après que le médecin de la CPAM de l'Aude a donné, le 6 janvier 2022, son avis sur la catégorie de pension d'invalidité à verser à Mme C épouse A B.

16. Mme C épouse A B n'est donc fondée à invoquer aucune illégalité fautive et n'est par là même pas davantage fondée à invoquer un quelconque préjudice.

17. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme C épouse A B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge du CIAS Castelnaudary Lauragais Audois, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens. En outre, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, de mettre à la charge de cette dernière, sur le même fondement, la somme sollicitée par le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois sur le fondement de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme D C épouse A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CIAS Castelnaudary Lauragais Audois en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C épouse A B et au centre intercommunal d'action sociale Castelnaudary Lauragais Audois.

Délibéré à l'issue de l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

D. Teuly-Desportes

La greffière,

C. Arce

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 7 mai 2024,

La greffière,

C. Arce

No 2203586

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