jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203627 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CLEMENT-MALBEC-CONQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 9 février 2023, la commune de Rennes-le-Château, représentée par la Selarl Clément-Malbec-Conquet, avocats, agissant par Me Conquet, demande au tribunal :
1°) de condamner le département de l'Aude au paiement de la somme de 121 035 euros correspondant au coût des travaux nécessaires pour mettre fin aux désordres constatés ;
2°) de condamner le département de l'Aude au paiement de la somme de 41 952,42 euros correspondant au coût des travaux de réfection du mur de soutènement ;
3°) de condamner le département de l'Aude au paiement de la somme de 5 861,03 euros correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée non récupérée par la commune lors des travaux effectués pour mettre fin aux désordres ainsi que le coût de travaux de réfection du mur de soutènement ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Aude les dépens et la somme de 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la responsabilité sans faute du département de l'Aude doit être engagée sur le fondement des dommages causés par un ouvrage public ;
- le lien de causalité est parfaitement établi dès lors que l'ouvrage du département dévie les eaux pluviales communales de leur cours naturel pour les rediriger vers le chemin gaulois, ainsi qu'en conclut l'expert ;
- la circonstance que la majorité des eaux pluviales provient du bassin communal est inopérante ;
- le département de l'Aude ne peut s'exonérer de sa responsabilité en invoquant une cause exonératoire ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité pour faute du département de l'Aude doit être engagée dès lors qu'il a commis une faute en estimant bénéficier d'une servitude au sens des articles 640 et 641 du code civil lui permettant de justifier cet ouvrage ;
- la réparation des désordres permettant d'aménager le ruissellement d'eaux pluviales actuel est estimée à 121 035 euros TTC ;
- la réparation des désordres touchant le mur de soutènement est estimée à 41 952,42 euros TTC ;
- le montant de l'indemnisation au titre des travaux de reprise des désordres sera majoré de la somme de 5 861,03 euros TTC dès lors que la commune récupère la TVA fixée à 16,404% par l'article L. 1615-6 du code général des collectivités territoriales.
Par un mémoire enregistré le 20 janvier 2023, le département de l'Aude, représenté par la Scp Coste-Daudé-Vallet-Lambert, agissant par Me Lambert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Rennes-le-Château la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité sans faute de la commune fondée sur les dommages causés par des ouvrages publics n'est pas caractérisée dès lors que les désordres intervenus ont pour origine des catastrophes naturelles exonératoires de responsabilité ;
- la commune de Rennes-le-Château n'a pas pris les mesures suffisantes pour collecter et maîtriser l'écoulement et le ruissellement des eaux pluviales ce qui constitue une carence fautive au sens de l'article L. 2226-1 du code général des collectivités territoriales dès lors la responsabilité du département ne peut être engagée ;
- en tout état de cause, les condamnations soient ramenées à de plus justes proportions.
Par ordonnance du 28 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Souteyrand ;
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;
- et les observations de Me Conquet pour la requérante et de Me Lambert pour le département de l'Aude.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Rennes-le-Château dispose, en aval du village ancien et jouxtant la route départementale 52, d'un chemin gaulois soutenu par un mur en pierres. En octobre 2018, lors de violentes intempéries, le mur de soutènement s'est effondré sous le débit d'eaux pluviales se déversant sur le chemin gaulois. La commune de Rennes-le-Château a entrepris des travaux de consolidation de ce mur. En octobre 2019, de nouvelles intempéries ont eu lieu et le mur de soutènement s'est à nouveau effondré. Estimant que les désordres affectant le chemin gaulois et le mur de soutènement résultent des ouvrages permettant l'écoulement des eaux pluviales des hauteurs du village qui appartiennent au département de l'Aude, elle a, en vain, sollicité de ce dernier à ce que soit mis fin à ces désordres. La commune a obtenu du juge des référés du Tribunal, par une ordonnance n° 2004872 du 26 janvier 2021, la désignation d'un expert lequel a remis son rapport le 2 février 2022. La commune de Rennes-le-Château, confortée dans ses prétentions, a présenté le 14 mars 2022 une demande indemnitaire au département de l'Aude, implicitement rejetée par ce dernier. Par la requête susvisée, la commune de Rennes-le-Château demande la condamnation du département de l'Aude à lui verser, tous chefs de préjudices confondus, la somme de 168 848,45 euros TTC.
Sur la responsabilité :
2. La commune de Rennes-le-Château soutient que l'effondrement du mur de soutènement du chemin gaulois et les désordres causés à ce dernier ont pour cause directe et certaine le rejet des eaux pluviales provenant du bassin communal recueillies le long de la route départementale 52 par les différents ouvrages appartenant au département de l'Aude.
3. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics, dont il a la garde, peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Et il appartient au tiers, victime d'un dommage de travaux publics, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre, d'une part, les travaux publics et, d'autre part, le dommage dont il se plaint. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel. Enfin le maître d'ouvrage ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure.
4. En premier lieu, un réseau d'évacuation des eaux pluviales est un ouvrage public et, par ailleurs, les fossés et les accotements d'une route départementale appartiennent au domaine public départemental.
5. D'une part, il résulte du rapport d'expertise, que les canalisations d'eaux pluviales, parmi lesquelles l'ouvrage busé situé en accotement de la route départementale 52, qui passe sous celle-ci pour évacuer, à travers une autre buse, les eaux pluviales au droit du mur de soutènement en cause de la commune, dévient, de manière artificielle, les eaux pluviales provenant du bassin communal situé en amont du chemin gaulois. De sorte que le positionnement de la buse de sortie de l'eau collectée, près de ce chemin gaulois en amont et à proximité du mur de soutènement préexistant, fragilise celui-ci en lui occasionnant un dommage qui peut être qualifié d'accidentel nonobstant son caractère récurrent. Ainsi, et contrairement à ce que fait valoir le département de l'Aude, le lien de causalité entre les ouvrages publics constitués par le réseau d'évacuation des eaux pluviales de la route départementale 52 et les dommages causés au chemin gaulois et au mur de soutènement, propriétés de la commune de Rennes-le-Château, est établi dès lors que ces dommages n'ont pas à revêtir un caractère anormal et spécial.
6. D'autre part, si le département de l'Aude se prévaut de ce que les pluies survenues sur le territoire de la commune de Rennes-le-Château, en octobre 2018 et 2019, ont le caractère d'un cas de force majeure, exonératoire, par nature, de toute responsabilité, il ne résulte pas de l'instruction, malgré leur importance et leur intensité exceptionnelles qui ont conduit l'Etat a reconnaître l'état de catastrophe naturelle de la commune, qu'elles ont présenté un caractère imprévisible constituant un cas de force majeure.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2226-1 du code général des collectivités territoriales : " La gestion des eaux pluviales urbaines correspondant à la collecte, au transport, au stockage et au traitement des eaux pluviales des aires urbaines constitue un service public administratif relevant des communes, dénommé service public de gestion des eaux pluviales urbaines. " Et aux termes de l'article R. 2226-1 de ce code, la commune ou l'établissement public compétent chargé du service public de gestion des eaux pluviales " assure la création, l'exploitation, l'entretien, le renouvellement et l'extension de ces installations et ouvrages ainsi que le contrôle des dispositifs évitant ou limitant le déversement des eaux pluviales dans ces ouvrages publics () ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'aucune disposition législative ou règlementaire ne prévoit que les communes ont l'obligation de recueillir l'ensemble des eaux de pluie transitant par leur territoire néanmoins lorsqu'une commune met en place un tel réseau elle est tenue d'en assurer l'entretien et la gestion.
9. Il résulte du rapport d'expertise qu'une rigole collecte les eaux pluviales depuis le haut du village jusqu'à un ouvrage busé propriété du département de l'Aude. Cette canalisation sommaire, propriété de la commune, constitue un réseau communal d'évacuation des eaux pluviales. Par suite, la commune de Rennes-le-Château a commis une faute en s'abstenant de réaliser un système adapté pour stocker, sur son propre domaine, les eaux pluviales tombées sur celui-ci, pour éviter qu'elles ne se déversent sur la route départementale 52.
10. Et, il résulte de l'instruction, notamment du même rapport d'expertise, que cette carence fautive de la commune est la cause principale du dommage dont elle se prévaut, dès lors que les eaux pluviales, qui ne s'écoulent donc pas de manière naturelle sur la route départementale 52, proviennent à 99% du territoire de la commune.
11. Par suite, le département de l'Aude est fondé à opposer à la commune de Rennes-le-Château qu'elle a commis une faute en s'abstenant de réaliser un réseau communal d'évacuation d'eaux pluviales comme le prévoit les articles L. 2226-1 et R. 2226-1 du code général des collectivités territoriales et que cette faute est de nature à l'exonérer pour une majeure partie de sa propre responsabilité en tant que propriétaire de l'ouvrage public comme relevé au point 5.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'opérer un partage de responsabilité entre ces deux collectivités publiques, en attribuant seulement 20% de celle-ci au département de l'Aude à raison des dégâts causés au chemin gaulois et au mur de soutènement de la commune.
Sur les préjudices :
13. En premier lieu, eu égard à ce qui a été relevé au point 9, la commune de Rennes-le-Château ne peut utilement prétendre au versement de la somme de 121 035 euros qu'elle réclame au département de l'Aude, correspondant au coût des aménagements à réaliser pour capter les eaux pluviales en sortie de village, au droit de leur déviation actuelle dans le caniveau béton en rive droite de la route départementale 52, pour les acheminer vers la vallée de la Sals.
14. En deuxième lieu, il résulte du rapport d'expertise, notamment du devis estimatif produit, que la somme de 41 952,42 euros correspond au coût des travaux nécessaires pour la reprise du mur de soutènement afin de préserver à terme la solidité de l'ouvrage, doit être retenue, faute d'engagement du département, en l'état de l'instruction, en vue de réaliser une prolongation de la sortie de l'exutoire pluvial plus en aval du mur de soutènement communal. Par suite, et compte tenu du partage de responsabilité susmentionné, il y a lieu de condamner le département de l'Aude à verser à la commune de Rennes-le-Château la somme de 8 390,48 euros en réparation du préjudice afférent.
15. En troisième lieu, il y a lieu de faire droit à la demande de la commune de Rennes-le-Château tendant à la condamnation du département de l'Aude au paiement de la somme de 301,72 euros dès lors que l'article L. 1615-6 du code général des collectivités territoriales prévoit un taux de compensation forfaitaire de 16,404% et que sur ce point les collectivités territoriales bénéficient d'une présomption de non-assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), or les devis estimatifs joint au rapport d'expertise prévoit un taux d'assujettissement à la TVA de 20%.
Sur les frais d'expertise :
16. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais d'expertise, taxés à la somme de 16 115,60 euros toutes taxes comprises à la charge définitive de la commune de Rennes-le-Château, pour 80 %, et, pour 20%, soit la somme de 3 223,12 euros à la charge définitive du département de l'Aude.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à chaque partie la charge des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le département de l'Aude versera à la commune de Rennes-le-Château la somme de
8 390,48 euros en réparation de ses préjudices et la somme de 301,72 euros en application de l'article L. 1615-6 du code général des collectivités territoriales.
Article 2 : Le département de l'Aude versera la somme de 3 223,12 euros la commune de Rennes-le-Château au titre des frais d'expertise exposés par elle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la commune de Rennes-le-Château et les conclusions du département de l'Aude sont rejetés.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à la commune de Rennes-le-Château et au département de l'Aude.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L'assesseur le plus ancien,
A. Bayada
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 12 octobre 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
N°2203627
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026