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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203640

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203640

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203640
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantYOHANN POTTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juillet 2022 et 27 mars 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Kyomed, représentée par Me Eveno et Me Fromonot, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur les salaires auxquels elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les subventions versées par Sanofi, la Carsat et le Feder sont de nature exceptionnelle et doivent être neutralisées pour le calcul du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires ;

- le service fonde sa décision sur une interprétation dénaturée et incomplète d'une part de la doctrine administrative référencée BOI-TPS-TS-20-30 du 6 avril 2016 paragraphes n° 163 et n°165 incluant les réponses aux questions ministérielles n°5259 du 20 mars 2018 et n°18639 du 9 juillet 2019, et d'autre part de la jurisprudence " Dosisoft " rendue par la cour administrative de Paris le 29 janvier 2020 ;

- le caractère accessoire de la subvention au regard du chiffre d'affaires n'est pas un critère déterminant pour qualifier une aide répondant par nature à la qualification de subvention exceptionnelle ; le rescrit publié au BOI-RES-TPS-000039 du 9 mars 2021 confirme cette analyse ;

- à titre subsidiaire, même il ne s'agit pas de subventions exceptionnelles par nature, prises individuellement elles revêtent un caractère accessoire par rapport à son chiffre d'affaires de sorte qu'elles doivent être regardées comme exceptionnelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le directeur spécialisé de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Kyomed exerce une activité de recherche et développement dans le domaine de la santé et de la médecine personnalisée. Elle a perçu des subventions versées par la Carsat, le Feder et l'entreprise Sanofi à hauteur de 336 886,06 euros en 2016 et de 385 878,94 euros en 2017 et n'a pas déposé de déclaration de taxe sur les salaires au titre de ces années. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des rappels de taxe sur les salaires au titre des années 2017 et 2018 dont elle demande au tribunal la décharge.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 231 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " 1. Les sommes payées à titre de rémunérations aux salariés () sont soumises à une taxe égale à 4,25 % de leur montant évalué selon les règles prévues à l'article L. 136-2 du code de la sécurité sociale, sans qu'il soit toutefois fait application du deuxième alinéa du I et du 6° du II du même article. Cette taxe est à la charge des entreprises et organismes () qui paient ces rémunérations lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou ne l'ont pas été sur 90 % au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année civile précédant celle du paiement desdites rémunérations. L'assiette de la taxe due par ces personnes ou organismes est constituée par une partie des rémunérations versées, déterminée en appliquant à l'ensemble de ces rémunérations le rapport existant, au titre de cette même année, entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total. Le chiffre d'affaires qui n'a pas été assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée en totalité ou sur 90 p. 100 au moins de son montant, ainsi que le chiffre d'affaires total mentionné au dénominateur du rapport s'entendent du total des recettes et autres produits, y compris ceux correspondant à des opérations qui n'entrent pas dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée. Le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée mentionné au numérateur du rapport s'entend du total des recettes et autres produits qui n'ont pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'assiette de la taxe sur les salaires due par les assujettis partiels à la taxe sur la valeur ajoutée s'obtient en appliquant au montant total des rémunérations le rapport existant entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total. Ce rapport est déterminé en faisant figurer, au numérateur, le chiffre d'affaires qui n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée et qui, en conséquence, est constitué des recettes correspondant à des opérations exonérées ou situées hors du champ d'application de cette taxe, et, au dénominateur, la totalité des recettes correspondant à des opérations imposables ou exonérées ou situées hors du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée. Il est constant que les subventions que la société requérante a perçues de la Carsat, du Feder et de l'entreprise Sanofi étaient situées en-dehors du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée. Si l'association requérante fait valoir que ces subventions présentaient un caractère exceptionnel et qu'elles ont été accordées en phase d'amorçage, il ne résulte ni des dispositions précitées de l'article 231 du code général des impôts, ni d'aucun autre texte ou d'aucun principe, qu'en raison de ces circonstances les subventions en cause auraient dû être exclues du calcul du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires. Dès lors, c'est à bon droit que, pour calculer la taxe sur les salaires dont elle était redevable, les subventions qu'elle a perçues ont été portées au numérateur du rapport déterminant l'assiette de cette taxe.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

4. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente ". En application de ces dispositions, le juge doit se borner à faire une application littérale de la doctrine administrative sans chercher à l'interpréter à la lumière de principes extérieurs, ni en faire prévaloir l'esprit sur la lettre, ni interpréter les intentions des auteurs d'une instruction quant au champ d'application de cette dernière.

5. En premier lieu, la société requérante se prévaut de la doctrine BOI-TPS-TS-20-30 du 6 avril 2016 : " 160 / Les subventions non imposables à la TVA doivent être prises en compte dans tous les cas pour le calcul du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires, y compris lorsque le redevable dispose par ailleurs d'un droit à déduction intégral en matière de TVA. / Néanmoins, les subventions à caractère exceptionnel et les subventions d'équipement ne sont pas prises en compte pour le calcul du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires. / 163 / La notion de subvention exceptionnelle s'apprécie chez le bénéficiaire. Il doit s'agir d'une aide non répétitive, destinée à financer une dépense précise ou à soutenir une opération particulière. Son versement peut être toutefois échelonné. Enfin, son montant doit être accessoire au regard des recettes normales de l'entreprise. / 165 / Dans ces conditions, sont notamment exceptionnelles les subventions et aides suivantes () - aides à l'emploi et à l'embauche, y compris lorsque ces aides accordées par l'État à un employeur sont forfaitaires ; () - aides à caractère forfaitaire reçues à titre exceptionnel par des entreprises pour le développement de la recherche ou de l'innovation, y compris les abandons d'avances qui, lors de leur octroi, sont remboursables en cas de succès. ".

6. Elle se prévaut également de la réponse du ministre de l'économie et des finances, publiée le 20 mars 2018 à la question écrite n° 5259 du député Philippe Berta publiée le 6 février 2018 aux termes de laquelle : " Conformément à ces dispositions législatives, le paragraphe 160 du BOFiP-I référencé BOI-TPS-TS-20-30 précise que les subventions non imposables à la TVA sont nécessairement prises en compte pour le calcul du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires, (). Néanmoins, () les subventions à caractère exceptionnel () ne sont pas prises en compte pour le calcul du rapport d'assujettissement à la TS. A cet égard, sont notamment considérées comme subventions exceptionnelles par l'administration, les subventions à caractère forfaitaire reçues à titre exceptionnel par les entreprises pour le développement de la recherche ou de l'innovation, y compris les abandons d'avances qui, lors de leur octroi, sont remboursables en cas de succès. Il en va de même des subventions accordées sous forme d'aides à l'emploi et à l'embauche, y compris lorsque ces aides sont accordées par l'État sous une forme forfaitaire. Ces aménagements paraissent de nature à relativiser l'impact des principes rappelés précédemment en ce qui concerne la situation des start-ups au regard d'un possible assujettissement à la taxe sur les salaires ".

7. La société requérante fait valoir que les subventions prises en compte par le service dans le calcul du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires portent sur des aides à l'emploi et au développement de l'innovation, exceptionnelles " par nature ", sans qu'il soit nécessaire d'apprécier leur caractère accessoire au regard de son chiffre d'affaires. Toutefois, il ressort des termes de la doctrine BOI-TPS-TS-20-30 du 6 avril 2016 précitée que ces aides ne sont exceptionnelles que dans les conditions qu'elle prévoit, à savoir une aide non répétitive et dont le montant est accessoire au regard des recettes normales de l'entreprise. Dans ces conditions, et alors que l'administration fiscale indique sans être sérieusement contredite que ces subventions ont représenté respectivement 37,07% et 37,45% de son chiffre d'affaires sur les années 2016 et 2017, ces aides ne sauraient être regardées comme des subventions exceptionnelles. La société Kyomed ne peut en conséquence se prévaloir sur le fondement de la doctrine administrative de ce que les aides à l'emploi et au développement de l'innovation qu'elle a perçues en 2016 et 2017 doivent être exclues du rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires.

8. En deuxième lieu, la société Kyomed n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la réponse du ministre de l'économie et des finances publiée le 9 juillet 2019 à la question écrite n° 18639 de la députée Cendra Motin publiée le 9 avril 2019, ni du rescrit référencé BOI-RES-TPS-000039 publié le 9 mars 2021, lesquels sont postérieurs aux années en litige et ne comportent, en tout état de cause, aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application.

9. En dernier lieu, les dispositions du paragraphe n°163 de la doctrine référencée BOI-TPS-TS-20-30 précitée au point 5 ne font pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application et dont la société Kyomed pourrait se prévaloir sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le caractère exceptionnel d'une subvention devrait s'apprécier de manière distincte, subvention par subvention, et non de manière globalisée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SAS Kyomed doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société requérante au titre de ces dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SAS Kyomed est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Kyomed et au directeur spécialisé de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 avril 2024.

Le greffier,

F. Balickifb

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