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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203739

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203739

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203739
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juillet 2022 et le 25 octobre 2022, M. E D, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 février 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié un indu d'un montant total de 10 310,46 euros au titre de l'allocation de logement sociale et du revenu de solidarité active ;

2°) d'annuler la décision du 10 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la radiation de ses droits au revenu de solidarité active et la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 919, 46 euros pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021 ;

3°) que lui soit accordée une remise totale ou partielle de sa dette ;

4°) d'enjoindre au département de l'Hérault de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 10 mai 2022 est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision du 10 février 2022 est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte aucune signature ;

- la décision du 10 février 2022 est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne précise pas le délai imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes dues ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les chiffres avancés par le Département ne correspondent pas à la réalité des revenus qu'il a véritablement perçus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 19 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Bautes, représentant M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, en remettant en cause des droits précédemment ouverts, ordonne la radiation d'un allocataire, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de radiation. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur la régularité des décisions contestées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". L'institution par cette disposition d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite d'un tel recours se substituent nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d'être déférées au juge.

3. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. D a exercé un recours administratif, le 23 février 2022, contre la décision de la caisse d'allocations familiales du 10 février 2022, lequel a donné lieu à une décision explicite de rejet du conseil départemental de l'Hérault le 10 mai 2022. Dans cette mesure, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre cette décision explicite de rejet, laquelle s'est entièrement substituée à la décision initiale de la caisse d'allocations familiales. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de vices de forme dont serait entachée la décision initiale du 10 février 2022 à l'appui de ses conclusions.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 15 avril 2022, publié le même jour, le président du conseil départemental de l'Hérault a donné délégation de signature à Mme C B, directrice des solidarités actives, pour " tous actes, décisions et documents relatifs à la gestion des droits à l'allocation RSA non déléguées aux organismes payeurs ; tous actes, décisions et documents concernant la gestion des indus, les recours administratifs et les dossiers de présomption de fraudes". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme B, signataire de la décision du 10 mai 2022, manque en fait et doit être écarté.

Sur le bien-fondé :

5. L'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " () Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les modalités d'évaluation des ressources () ". Le premier alinéa de l'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ".

6. Pour l'application de ces dispositions, lorsque l'allocataire est propriétaire d'un bien immobilier pour lequel il perçoit des loyers, les revenus à prendre en compte au titre des ressources effectivement perçues sont constitués du montant de ces loyers, duquel il convient de déduire les charges supportées par le propriétaire à l'exception de celles qui contribuent directement à la conservation ou à l'augmentation du patrimoine, telles que, le cas échéant, les remboursements du capital de l'emprunt ayant permis son acquisition.

7. M. D est président de la SAS New Smile et exerce une activité de prothésiste dentaire à son domicile. Par un contrat de bail, M. D loue à la SAS New Smile une partie de son domicile moyennant un loyer mensuel de 370 euros, la société s'engageant en outre à prendre à sa charge les frais, notamment, d'électricité et d'internet incombant ordinairement au propriétaire. Le département soutient que ce loyer comme la prise en charge des frais constituent des ressources à prendre en compte pour la détermination des droits au revenu de solidarité active. M. D fait cependant valoir qu'en raison de la crise sanitaire, la SAS New Smile n'a pas été en mesure de s'acquitter de ses dettes à son égard et n'a effectué aucun versement entre les mois d'avril et septembre 2020, et seulement 190, 370 et 200 euros pour les mois d'octobre à décembre 2020 et 122,50 euros par mois en 2021 ainsi que le retrace son compte courant d'associé. Il résulte cependant de l'instruction, notamment de la liasse 2033-B de l'exercice clos le 31 décembre 2020, que la SAS New Smile a comptabilisé dans ses charges 4 440 euros de loyer, 911 euros de frais d'électricité et 812 euros de facture internet, soit 513,48 euros par mois. D'une part, les circonstances que la SAS New Smile a enregistré un résultat déficitaire en 2020 et qu'elle a été éligible au fonds de solidarité pendant la crise sanitaire ne sauraient établir à elles seules que cette société n'aurait payé ni les loyers ni les frais d'électricité et d'internet. D'autre part, l'absence de ces paiements par la SAS New Smile ne résulte pas de l'instruction, en l'absence notamment de production de comptes bancaires de la société et de M. D, pour établir que ce dernier aurait éventuellement payé lui-même les factures d'électricité et d'internet et que les loyers ne lui auraient pas été effectivement versés. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le département a retenu des ressources mensuelles, sur la période en litige, de 513,58 euros supérieures au montant lui ouvrant droit au revenu de solidarité active.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander, d'une part, l'annulation de la décision du 10 mai 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la radiation de ses droits au revenu de solidarité active et la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 919,46 euros pour la période du 1er février 2020 au 30 septembre 2021 et, d'autre part, la décharge de cet indu.

Sur la demande de remise de dette :

9. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions de précarité et de bonne foi prévues par ces dispositions présentent un caractère cumulatif.

12. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. D se trouverait dans une situation de précarité telle qu'il lui serait impossible de rembourser sa dette. Dès lors, il n'y a pas lieu de lui accorder une remise de dette.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D ne peut qu'être rejetée y compris ses conclusions au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au département de l'Hérault et à Me Bautes.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2023.

La greffière,

F. Roman

No 2203739

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