lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203842 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juillet 2022 et des mémoires enregistrés le 21 avril 2023, le 18 janvier 2024 et le 14 juin 2024, la société " Assurance mutuelle des motards " demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner une nouvelle expertise ;
2°) de lui accorder la restitution de la somme de 314 536 euros correspondant à un solde de crédit d'impôt recherche dont elle s'estime créancière au titre de l'année 2017 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été prise sur la base d'une expertise diligentée par un expert qui ne disposait pas des compétences techniques pour apprécier et analyser les opérations déclarées au titre du crédit d'impôt recherche (CIR) ; en se prononçant uniquement sur le volet " informatique " sans prendre en considération les aspect statistiques et actuariel desdites opérations, l'expert a rendu un avis partial ; par ailleurs l'expertise qui a été diligentée est entachée d'erreurs et d'insuffisances ; enfin, l'expertise se prononce globalement sur les opérations menées par elle et non sur les années au titre desquelles le CIR a été déclaré ;
- la décision par laquelle l'administration fiscale a refusé de faire droit à sa demande est insuffisamment motivée ;
- le critère d'incertitude doit être technique, l'incertitude s'apprécie à la nature de son résultat ; l'administration a donc rajouté une condition aux textes ;
- la complexité des opérations démontre qu'elle a identifié des verrous que les opérations avaient pour objectif de lever ;
- les conditions prévues par les dispositions des articles 244 quater B du code général des impôts et 49 septies F de l'annexe III du même code sont remplies ; les quatre projets dont elle se prévaut au titre de l'année 2015 relèvent de la recherche et du développement ;
- s'agissant des dépenses de veille technologique c'est à tort que le service a retenu la somme de 7 920 euros et non 55 977 euros ;
- s'agissant des dépenses de sous-traitance, c'est à tort que le service a refusé de les prendre en charge puisque les prestataires de la société GFI pour laquelle Bruno LAGACHE et Vincent LOUDET ont travaillé étaient indispensables au sous-projet " Framework SID " ;
- elle a exposé des dépenses auprès de tiers au titre de prestations de conseils pour constituer la demande CIR à hauteur de 98 952 euros ; elle est fondée à demander la régularisation proportionnelle de la déduction des sommes en fonction de l'assiette du CIR 2018 obtenu.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 janvier 2023 et le 15 avril 2024, la direction départementale des finances publiques de l'Hérault, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Villemejeanne, rapporteure,
- les conclusions de Mme Dabouis, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A, représentant de la société Assurance mutuelle des motards.
Considérant ce qui suit :
1. La société ASSURANCE MUTUELLE DES MOTARDS (AMDM) est une société dont l'activité est dédiée à l'assurance des véhicules de type deux-roues à moteurs proposés sur le territoire national. Le 23 décembre 2019, la société a souscrit une déclaration de crédit d'impôt en faveur de la recherche (CIR) au titre des projets intitulés " Refonte de l'offre 2 RM ", " Classification des véhicules ", " Mobilité urbaine ", " Tarificateur WEB ", " OXYMAIL " et " FRAMEWORK de pilotage décisionnel (SID) " faisant apparaître un CIR de 488 577 euros. Après avoir diligenté une expertise, le service a partiellement admis cette demande en refusant l'éligibilité des projets " Refonte de l'offre 2 RM ", " Mobilité urbaine " et " OXYMAIL " et en lui restituant la somme de 174 041 euros. Estimant qu'elle avait droit à la restitution intégrale du CIR déclaré au titre de l'année 2017 la société AMDM demande au tribunal de lui accorder la restitution de la somme de 314 536 euros.
Sur les conclusions à fin de restitution :
2. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A, 44 duodecies, 44 terdecies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () ". Aux termes de l'article 49 septies F du code général des impôts : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté. ".
3. Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction, si les opérations réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du crédit d'impôt recherche eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ces opérations. S'il se prononce au vu des éléments avancés par l'une et l'autre partie, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que pour rejeter la demande présentée par la société requérante, l'administration s'est fondée sur un rapport d'expertise réalisé en 2021 par un expert de la direction de région académique à la recherche et à l'innovation (DRARI) Occitanie. Si la société requérante fait valoir que le service ne pouvait s'appuyer sur ce rapport puisque l'expert était seulement spécialisé dans le domaine informatique, il résulte de l'instruction que postérieurement à la décision de restitution, le service à sollicité une nouvelle expertise et l'a confié à deux experts spécialisés dans les domaines actuariels et statistiques qui ont confirmé et complété les premières conclusions de l'expertise de 2021. La société requérante, qui ne conteste pas utilement les mentions et conclusions figurant dans cette expertise, ne saurait reprocher le manque de qualification du premier expert pour contester la décision de rejet de sa demande de restitution. Par ailleurs, s'il est vrai que la seconde expertise n'a pas porté sur l'année en litige, à savoir l'année 2015, il résulte de l'instruction que les quatre projets déclarés au titre du CIR 2015 sont identiques à ceux qui ont été menées sur les années 2016, 2017 et 2018, et sur lesquels la seconde expertise a émis un avis. En l'absence de tout élément explicite permettant de remettre en cause la pertinence de la seconde expertise et de toute précision quant aux spécificités des opérations menées en 2015, le service pouvait à bon droit compléter son analyse avec ce document. Enfin, la société requérante soutient que le premier rapport d'expertise souffre d'incohérences et d'insuffisances. Toutefois, et d'une part, si le premier expert a opéré une confusion entre les projets " 2RM " et
" R Roues Lab " la seconde expertise y a remédié. D'autre part, l'expert ne s'est pas borné à porter une appréciation succincte sur l'éligibilité de ces travaux, mais a analysé l'ensemble des projets, en décrivant le dossier remis par la société requérante au titre de l'année en cause, en retraçant le contexte des projets, les indicateurs de recherche et en identifiant, le cas échéant, l'objet de l'opération et les verrous scientifiques qu'elle avait vocation à lever, les contributions scientifiques, techniques ou technologiques auxquels elle était associée, en résumant la démarche et le déroulement des opérations ainsi que les moyens, notamment humains, mis à contribution. Au terme de cette analyse, l'expert a synthétisé ces constatations et émis un avis sur le caractère éligible ou non des opérations en motivant son avis sans que celui-ci puisse être regardée comme succinct et insuffisant. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le service ne pouvait se fonder sur les deux expertises diligentées pour refuser de faire droit à sa demande de restitution.
5. En deuxième lieu, il est constant que les activités de recherche et de développement englobent les activités créatives et systématiques entreprises en vue d'accroître la somme des connaissances, y compris la connaissance de l'humanité, de la culture et de la société et de concevoir de nouvelles applications à partir des connaissances disponibles. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, la société requérante ne saurait soutenir qu'en conditionnant la restitution du crédit d'impôt recherche à une incertitude technique ou scientifique et non au résultat des opérations entreprises, le service a ajouté une condition à la loi, l'appréciation de l'accroissement des connaissances impliquant nécessairement de dresser, dans un premier temps, un état des connaissances existantes afin de pouvoir dans un second temps apprécier l'apport des opérations en cause. C'est ainsi, que lorsque les experts, et ensuite le service qui reprend à son compte leurs analyses, pointent l'absence de bibliographie sur l'état des connaissances existantes, ils se bornent à vérifier si l'opération en cause relève d'une activité de recherche et de développement autrement dit, si les activités ne pouvaient être envisagées, eu égard à l'état des connaissances techniques à l'époque considérée, par un professionnel averti, par simple développement ou adaptation desdites techniques. Par suite, le moyen tiré de ce que le service aurait ajouté une condition à la loi doit être écarté.
6. En troisième lieu, dans le dernier état de ses écritures, la société requérante soutient que la décision rejetant la demande de remboursement du crédit d'impôt recherche dont elle s'estime créancière est insuffisamment motivée. Aucune disposition ne fait obstacle à ce que l'administration fiscale s'approprie l'analyse et les motifs figurant dans le rapport d'expertise accompagnant l'avis du ministre chargé de la recherche. En outre, la décision par laquelle l'administration fiscale a refusé de faire droit à la demande présentée par la société requérante comportait les motifs de droit et de fait lui permettant de comprendre les motifs du refus opposé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de refus de remboursement du crédit d'impôt recherche, à le supposer opérant, n'est pas fondé et doit être écarté.
7. En dernier lieu, pour refuser de faire droit à la demande de restitution présentée par la société requérante le service a relevé que les opérations effectuées dans le cadre des projets
" 2RM ", " développement de nouvelles solutions de garanties corporelles ", " 3 ORSA " et " 2 Roues Lab " ne relevaient pas d'opérations de recherche éligibles au crédit d'impôt.
En ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre du projet
" Refonte de l'offre 2 RM " :
8. Il résulte de l'instruction, notamment du dossier technique de la société requérante et des deux rapports d'expertise établis à la demande du service, que le projet consiste à faire évoluer la tarification jusqu'alors fondée sur des critères liés au véhicule, à l'expérience de conduite du conducteur assuré, à son lieu de circulation et à l'usage du véhicule, vers des garanties d'assurance moto prenant en compte l'évolution du comportement des utilisateurs et l'évolution des motos. Si des progrès ont été mentionnés dans le dossier technique, les documents produits, à défaut de recenser les connaissances scientifiques disponibles sur le sujet, ne permettent pas de déterminer l'état de l'art, ni d'identifier les verrous technologiques ou scientifiques. Par ailleurs, les experts ont relevé l'absence d'indicateurs de recherche et développement et qu'aucun document de référence ne permettait de rendre compte de la méthodologie et de la formalisation des résultats. S'ils ont convenu que cette insuffisance du dossier technique pouvait résulter de raisons de confidentialité, la société n'a pas produit devant les experts des éléments permettant de décrire les principaux aspects des systèmes de recherche et développement, et ne saurait se borner à invoquer la confidentialité pour s'abstenir de préciser ce point. Ainsi, les éléments fournis ne permettent pas davantage d'établir la démarche de recherche scientifique mise en œuvre et la mobilisation effective des personnels, alors que la société revendique une méthode empirique. En se bornant à rappeler l'objectif du projet et la circonstance qu'elle a pu acquérir de nouvelles connaissances sur les nouveaux comportements des utilisateurs, sans en préciser la teneur alors que les experts ont relevé la superficialité du dossier technique sur ce point, et sans verser au débat des éléments qu'elle est seule en mesure de produire, la société requérante ne contredit pas les constatations du collège d'experts qui précisent que les travaux menés relèvent de " l'ingénierie métier " et ne procèdent pas d'une démarche systématique, transférable et reproductible, de la recherche fondamentale. Les travaux dont s'agit ne sauraient donc relever des opérations de recherche scientifique ou technique énumérées à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que le service a refusé de faire bénéficier la société requérante de la restitution d'un crédit d'impôt recherche institué par l'article 244 quater B du code général des impôts au titre des dépenses de recherche sus-évoquées pour l'année 2017.
En ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre du projet " Mobilité urbaine " :
9. Il résulte de l'instruction, notamment du dossier technique de la société requérante et des deux rapports d'expertise établis à la demande du service, que le projet consiste à étudier des nouveaux modes de déplacements urbains afin de proposer une offre permettant de couvrir les risques associés aux nouveaux usages résultant de l'utilisation, notamment, de vélos à assistance électrique, trottinettes électriques, hoverboards et tous les nouveaux engins électriques individuels. Le collège d'experts mandaté par le service précise que si l'état de l'art proposé dans le dossier technique souligne le manque d'études sur ces nouveaux modes de déplacements, les documents produits ne permettent pas d'identifier les verrous scientifiques. En se bornant à rappeler les objectifs poursuivis par son projet, la société requérante ne contredit pas utilement les constatations des experts et n'identifie pas davantage les verrous technologiques ou techniques existants. Les éléments fournis ne permettent pas d'établir la démarche de recherche scientifique, ainsi que l'a d'ailleurs relevé le collège d'expert, ni même de préciser les connaissances nouvelles acquises dans le cadre du projet. Enfin, si la société requérante fait état de la mise en place d'une nouvelle tarification, elle ne contredit pas utilement les constations des experts, selon lesquelles elle procèderait non de la mise en œuvre de connaissances nouvelles mais davantage de l'utilisation de méthodes classiques existantes dans le secteur et ainsi d'un travail classique de conception et développement faisant appel à des compétences courantes d'un spécialiste du métier, sans savoir-faire particulier. Les travaux dont s'agit ne sauraient donc relever des opérations de recherche scientifique ou technique énumérées à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que le service a refusé de faire bénéficier la société requérante de la restitution d'un crédit d'impôt recherche institué par l'article 244 quater B du code général des impôts au titre des dépenses de recherche sus-évoquées pour l'année 2017.
En ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre du projet " OXYMAIL " :
10. Il résulte de l'instruction que le projet " Oxymail " a pour objectif de rationaliser le modèle éditique dans le but de générer automatiquement des documents métier. Le service soutient, en s'appuyant en premier lieu sur le premier rapport d'expertise, que le projet ne correspondait pas à des opérations de recherches et de scientifique ou technique énumérées à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. L'expert mandaté dans un premier temps et ayant rendu son rapport en 2021, précise que le projet " aborde le problème de la génération de PDF dans l'environnement de l'entreprise. C'est un vrai souci de passage à l'échelle mais relevant de l'ingénierie pure ". Il indique également que si la " contribution scientifique, technique ou technologique " est " assez édifiante " elle " ne soulève aucun élément scientifique, elle ne porte que sur des problématiques fonctionnelles ". Si la société requérante soutient que la contribution de ce projet " OXYMAIL " serait seulement technique de sorte que l'absence de lever de verrous scientifiques ne sauraient lui être opposés, il résulte des mentions du dossier technique qu'elle a rédigé que les travaux menés dans le cadre du projet en cause participent à une " dynamique scientifique " en raison de leur position avant-gardiste dans le domaine étudié. En tout état de cause, la société qui se borne, à produire les copies des dossiers techniques de présentation des projets présentés lors des opérations de contrôle ne conteste pas utilement l'appréciation portée dans le rapport d'expertise qui indique que le projet consiste davantage à lever un verrou " liée à la volumétrie " des données et donc " relevant de l'ingénierie pure ". Par ailleurs, le collège d'expert, sur la base des mêmes documents que ceux remis à l'expert en 2021, a confirmé l'inéligibilité du projet litigieux en précisant que " les travaux présentés relèvent d'une ingénierie logicielle de haut niveau permettant le développement d'une solution informatique agrégeant des données multiples et variées ". La production d'un dossier technique de présentation du projet et les précisions apportées par la société requérante sur l'identification des verrous technologiques, les protocoles d'expérimentation et les résultats obtenus ne répondent que très partiellement aux carences soulevées par l'expert et ne suffisent pas à contredire valablement ses constats tenant à l'imprécision voir à l'absence de présentation d'une démarche de recherche structurée, et donc sur une véritable démarche scientifique, ni même de l'existence d'une démarche et in fine d'accroître les techniques informatiques de génération de " PDF " à partir d'un " Framework " débouchant sur un procédé novateur, répétable et transférable. Dans ces conditions, les travaux dont s'agit ne sauraient donc relever des opérations de recherche scientifique ou technique énumérées à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que le service a refusé de faire bénéficier la société requérante de la restitution d'un crédit d'impôt recherche institué par l'article 244 quater B du code général des impôts au titre des dépenses de recherche sus-évoquées pour l'année 2017.
En ce qui concerne les dépenses engagées dans le cadre du projet " Frameword SID " :
S'agissant des dépenses de sous-traitance :
11. Aux termes du II de l'article 244 quater B du code général des impôts : " II.- Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : () d bis) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à des organismes de recherche privés agréés par le ministre chargé de la recherche, ou à des experts scientifiques ou techniques agréés dans les mêmes conditions. Pour les organismes de recherche établis dans un Etat membre de l'Union européenne, ou dans un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales, l'agrément peut être délivré par le ministre français chargé de la recherche ou, lorsqu'il existe un dispositif similaire dans le pays d'implantation de l'organisme auquel sont confiées les opérations de recherche, par l'entité compétente pour délivrer l'agrément équivalent à celui du crédit d'impôt recherche français. / Ces dépenses sont retenues dans la limite de trois fois le montant total des autres dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt, avant application des limites prévues au d ter ; (). ". Lorsqu'une entreprise confie à un organisme mentionné au d ou au d bis du II de l'article 244 quater B du code général des impôts l'exécution de prestations nécessaires à la réalisation d'opérations de recherche qu'elle mène, les dépenses correspondantes peuvent être prises en compte pour la détermination du montant de son crédit d'impôt quand bien même les prestations sous-traitées, prises isolément, ne constitueraient pas des opérations de recherche.
12. La société requérante soutient avoir exposé des dépenses auprès de tiers au titre de prestations de conseils pour constituer la demande CIR. Dans le cadre de ses écritures, elle indique avoir exposé au titre du projet " Frameword SID " des dépenses dans le cadre d'un contrat de sous-traitance avec la société GFI informatique à hauteur de 192 710 euros. Elle indique que les prestataires de la société GFI, pour laquelle deux personnes ont travaillé sur des phases de réflexions, développements et conceptions, étaient indispensables au sous-projet
" Framework SID ". Pour refuser de prendre en compte lesdites dépenses, le service a estimé que les travaux externalisés rattachés au projet en cause par la société GFI Informatique pour une somme de 192 710 euros n'avaient pas été indispensables aux travaux de recherches menés en 2017 et regardés comme éligibles au CIR de cette même année. Il résulte de l'instruction que les dépenses en cause concernent la conception et développement dans le domaine de l'informatique décisionnelle et ont été déclarée dans le cadre de la refonte complète des outils informatiques de gestion et de la documentation de la société requérante. Il en résulte également que la société requérante a conclu avec la société GFI un " contrat cadre d'assistance technique au projet décisionnel " pour accompagner et garantir la mise en œuvre du projet décisionnel de la société AMDM à travers des présentations de repères, de réflexions autour d'outils, de participation à des salons, de formations. Les travaux confiés par la société requérante à la société GFI ne peuvent être regardés, en raison de leur nature, comme présentant les caractéristiques d'une opération de recherche au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts. Si la société requérante se prévaut d'une note de cadrage élaborés par deux personnes détaillant les contraintes techniques et les hypothèses de développements, ce document ne remet pas utilement en cause l'appréciation de l'administration selon laquelle ces dépenses étaient indispensables à l'aboutissement de ses travaux de recherche. Par ailleurs, le second rapport d'expertise, qui ne souffre d'aucun défaut de motivation contrairement à ce que soutient la société requérante relève qu'il s'agit " d'un soutien à assistance technique " et estime que les travaux de sous-traitance ne peuvent être considérés comme indispensables à la réalisation des travaux menées dans le cadre du projet en cause. Ce second rapport s'inscrit d'ailleurs en cohérence avec le premier rapport d'expertise au terme duquel l'expert avait relevé que le contrat se bornait à décrire " des tâches d'analyse, de mise en œuvre du Data Warehouse, des tests unitaires, de rapport " qui ne pouvaient être qualifiés d'opérations de recherche et de développement. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les prestations sous-traitées à la société GFI étaient indispensables à la réalisation des opérations de recherche menées par la société requérante dans le cadre de son projet " Framework SID ". Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que ces dépenses de sous-traitance devaient être comprises dans la base des dépenses éligibles au crédit d'impôt recherche.
S'agissant des dépenses de veille technologique :
13. Aux termes de l'article 49 septies I quater de l'annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Pour l'application du j du II de l'article 244 quater B du code général des impôts, la veille technologique s'entend comme un processus de mise à jour permanent ayant pour objectif l'organisation systématique du recueil d'informations sur les acquis scientifiques, techniques et relatifs aux produits, procédés, méthodes et systèmes d'informations afin d'en réduire les opportunités de développement. ".
14. La société AMDM a déclaré, au titre de l'année 2017, un montant de 55 977 euros correspondant à des dépenses de veille technologique. Il résulte de l'instruction que le service a admis de telles dépenses à hauteur de 7 920 euros. La société requérante soutient qu'elle était fondée à ce que la totalité desdites dépenses déclarées soit admise. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'une partie de celles-ci correspondent à des dépenses de veille technologique liées au projet " Refonte de l'offre 2RM " dont il a été exposé précédemment qu'il ne se rattache pas à une opération de recherche au sens des dispositions précitées de l'article 244 quater B du code général des impôts. Par ailleurs, les justificatifs versés au débat par la société requérante ne permettent pas de suggérer que les dépenses alléguées n'auraient pas été prises en compte au titre des dépenses de personnel alors qu'au surplus, ces dépenses ont consisté à promouvoir auprès de clients potentiels les solutions de la société et présentent de ce fait principalement un caractère commercial faisant obstacle à ce qu'elles puissent être assimilées aux dépenses telles que définies à l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts.
S'agissant des dépenses de conseil :
15. Aux termes du III de l'article 244 quater B du code général des impôts : " () Pour le calcul du crédit d'impôt, le montant des dépenses exposées par les entreprises auprès de tiers au titre de prestations de conseil pour l'octroi du bénéfice du crédit d'impôt est déduit des bases de calcul de ce dernier à concurrence : a) Du montant des sommes rémunérant ces prestations fixé en proportion du montant du crédit d'impôt pouvant bénéficier à l'entreprise ; b) Du montant des dépenses ainsi exposées, autres que celles mentionnées au a, qui excède le plus élevé des deux montants suivants : soit la somme de 15 000 € hors taxes, soit 5 % du total des dépenses hors taxes mentionnées au II minoré des subventions publiques mentionnées au III. ".
16. La société soutient avoir exposé la somme de 98 952 euros TTC au titre de prestations de conseil pour constituer la demande de CIR 2017. Toutefois, en se bornant à verser aux débats des factures insuffisamment précises émises en 2019 par " Fi Group " et par la société
" GAC Group ", la société requérante ne justifie pas être en droit d'obtenir que les dépenses en causes doivent être déduites des bases de calcul de ce crédit à concurrence du montant de ces dépenses fixé en proportion du montant du crédit d'impôt dont elle était en droit de bénéficier.
17. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de recourir à une expertise qui ne revêtirait pas un caractère utile, que la société Assurance mutuelle des motards n'est pas fondée à solliciter la restitution du crédit impôt recherche remis en cause au titre de l'année 2017.
Sur les frais liés au litige :
18. Aux termes de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
19. La société requérante, qui n'est pas représentée par un avocat, ne justifie pas des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance. Les conclusions qu'elle a présentées au titre des frais non compris dans les dépens ne peuvent donc qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'Assurance mutuelle des motards est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Assurance mutuelle des motards et à la direction départementale des finances publiques de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Villemejeanne, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La rapporteure,
P. Villemejeanne
Le président,
J-P. GayrardLa greffière,
A. Lacaze
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 octobre 2024.
La greffière,
A. Lacaze
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