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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203972

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203972

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203972
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet 2022 et le 3 octobre 2023, Mme D C, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juin 2022 par laquelle le département de l'Hérault a refusé de lui accorder une remise de sa dette correspondant à un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 3 845,84 euros pour la période du 1er mars 2019 au 31 mars 2021 et, ainsi, implicitement confirmé le bien-fondé de cet indu ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a implicitement refusé de lui accorder une remise de sa dette correspondant à un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020 d'un montant de 152,45 euros ;

3°) que lui soit accordée une remise de sa dette ;

4°) d'enjoindre au conseil départemental de procéder au réexamen de sa demande de remise de dette ;

5°) d'enjoindre au conseil départemental de lui accorder un barème de recouvrement d'un montant maximum 40 euros par mois ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 16 juin 2022 est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les sommes non déclarées correspondent d'une part au remboursement d'un prêt et, d'autre part, à des sommes perçues au titre d'un héritage ; or de telles sommes ne sauraient être assimilées à des ressources devant être déclarées ;

- l'indu concerne la période du 1er mars 2019 au 31 mars 2021 alors que de janvier 2020 à juillet 2020, mois de réouverture de ses droits, elle ne percevait aucun revenu au titre du revenu de solidarité active ; le montant du prétendu indu est donc considérablement élevé et ne reflète en rien la réalité ;

- la suspension de ses droits au revenu de solidarité active ne pouvait être décidée dès lors, d'une part, qu'elle ne se trouve dans aucune des situations visées par l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles et, d'autre part, qu'elle se trouve en situation d'extrême précarité ;

- sa situation de précarité et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise de dette ;

- elle peut se prévaloir d'un droit à l'erreur en application de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 19 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Badji-Ouali, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été différée au 3 octobre 2023 à 12 heures.

Une pièce complémentaire présentée par Mme D C, représentée par Me Badji Ouali, a été enregistrée le 4 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. A la suite d'un contrôle de sa situation retenant qu'elle n'avait pas déclaré la totalité de ses revenus depuis 2019, la requérante s'est vue notifier, par décision du 9 mars 2022, un indu de revenu de solidarité active d'un montant total de 3 998, 29 euros, dont 3 845, 84 euros au titre du revenu de solidarité active pour la période de mars 2019 à mars 2021 et 152,45 euros au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2020. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision du 16 juin 2022 par laquelle le département de l'Hérault a implicitement confirmé le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge, et que lui soit accordée une remise de sa dette.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité :

2. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

3. Il résulte des termes de la décision du 16 juin 2022 qu'elle mentionne porter sur un indu de 3 845,84 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er mars 2019 au 31 mars 2021. Elle mentionne en outre être fondée sur l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles et indique enfin résulter d'un contrôle opéré par la caisse d'allocations familiales révélant que Mme C n'a pas déclaré la perception, entre octobre et novembre 2018, d'un héritage d'un montant de 400 504 euros ainsi que, de janvier à octobre 2020, la perception de virements et de chèques et de dépôts d'espèces d'origine inconnue. En conséquence, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé :

4. Aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active. " Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Enfin, selon l'article L. 262-46 de ce code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. ()".

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C a omis de déclarer la perception de virements et de chèques de la part de M. B et de dépôts d'espèces d'origine indéterminée. Mme C soutient que ces sommes correspondent au remboursement de sommes prêtées à M. B. Cependant, pour établir la réalité de ce prêt, elle se borne à produire une attestation, établie le 28 septembre 2023 pour les besoins de la cause, selon laquelle M. B lui a remboursé de manière progressive la somme de 17 400 euros correspondant à un prêt amical sans cependant apporter de pièce établissant la date à laquelle ce prêt a été consenti ni les modalités selon lesquelles il devait être remboursé.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme C a omis de déclarer les sommes perçues au titre d'un héritage. Or, il résulte des dispositions précitées des articles L. 262-3 et R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles que, pour la détermination des droits au revenu de solidarité active, toutes les ressources doivent être prises en compte, de quelque nature qu'elles soient, sous les réserves prévues au chapitre III du titre VI du livre II du même code dans les prévisions desquelles les biens reçus en héritage et le produit de la vente de ces biens n'entrent pas. La circonstance que les sommes concernées ne constitueraient pas des " revenus " dans le sens commun du terme est sans incidence sur leur caractère de " ressources " au sens et pour l'application des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la somme résultant de la vente du bien immobilier dont elle a hérité en novembre 2018 a été prise en compte pour la détermination de ses droits au revenu de solidarité active.

7. En troisième lieu, si Mme C soutient que l'indu concerne la période du 1er mars 2019 au 31 mars 2021 alors que de janvier 2020 à juillet 2020, elle ne percevait aucun revenu au titre du revenu de solidarité active, il résulte toutefois de l'instruction que la requérante a été bénéficiaire du revenu de solidarité active de juin 2016 à juillet 2019 puis qu'elle a de nouveau perçu le revenu de solidarité active à compter d'avril 2020. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales a procédé au calcul de l'indu en englobant les deux périodes d'indu de février 2019 à juillet 2019 et d'avril 2020 à octobre 2020.

8. En dernier lieu, si la requérante soutient que la suspension de ses droits au revenu de solidarité active ne pouvait être décidée, il résulte de l'instruction que le président du conseil départemental de l'Hérault a, au contraire, pris une décision de maintien de ses droits.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 juin 2022 par laquelle le département de l'Hérault a implicitement confirmé le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

Sur le droit à l'erreur invoqué par la requérante :

10. Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction pécuniaire ou consistant à la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invité à le faire par l'administration dans le délai que celui-ci a indiqué. () ".

11. La décision par laquelle un trop-perçu de prestation est notifiée à l'allocataire ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, Mme C ne saurait utilement invoquer un droit à l'erreur.

Sur la demande de remise de dette :

12. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'État, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. () ". Aux termes de l'article 6 du décret du 29 décembre 2020 : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue ".

13. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.

14. En l'espèce, sans avoir besoin de se prononcer sur la bonne foi de Mme C, celle-ci n'assortit sa demande de remise de dette d'aucun justificatif de ses ressources et de ses charges de nature à permettre au tribunal d'apprécier la précarité de sa situation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au département de l'Hérault.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le président,

D. ALa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2023.

La greffière,

F. Roman

No 220397

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