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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204014

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204014

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204014
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELAS CHOPIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022, et un mémoire enregistré le

14 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Chopin, demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 329 680 euros mise à sa charge en qualité de débiteur solidaire.

Il soutient que :

A titre principal :

- la notification de l'avis de mise en recouvrement du 28 août 2019 le concernant est irrégulière, faute de réception de cet avis à son adresse ;

- l'avis de mise en recouvrement du 28 août 2019 est irrégulier pour faire référence à la proposition de rectification du 12 août 2017 qui ne lui a pas été notifiée et qui n'existe pas ;

- le courrier du 7 août 2017 ne répond pas aux exigences de motivation fixée par la documentation 13 L-1611 n°27 et 28 du 1er juillet 2002, reprise au BOI-CFINF-30-20 n°160 du 12 septembre 2012, pour ne pas mentionner l'article 117 du code général des impôts et, conformément à l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, la possibilité de présenter ses observations dans un délai de 30 jours ;

A titre subsidiaire :

- l'administration ne justifie pas de la notification préalable régulière d'un avis de mise en recouvrement à la société Traex, qui a son siège en Angleterre ;

- la prescription de l'article L. 188 du livre des procédures fiscales est acquise faute de mise en recouvrement régulière à la date du 29 mars 2020 visée dans le commandement de payer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, le directeur départemental des finances publiques de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Dabouis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société de droit étranger Traex constituée en 2004, ayant déclaré son siège social en Angleterre et exerçant l'activité de vente et location de grues, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité dans le cadre de la procédure de taxation d'office dans un contexte d'activité occulte concernant la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, à l'issue de laquelle une proposition de rectification du 30 mai 2017 lui a été adressée, par laquelle lui a été demandé de fournir dans un délai de trente jours, la désignation exacte des bénéficiaires des sommes regardées comme distribuées, sous peine de s'exposer à une amende en application des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts. Faute d'avoir satisfait à cette demande, par un courrier du 7 août 2027, l'administration fiscale a infligé à la société Traex une amende qui a fait l'objet d'un avis de mis en recouvrement du 24 octobre 2017 pour un montant total de 329 680 euros. Faute de règlement de l'amende par la société, des poursuites ont été diligentées à l'encontre de son dirigeant, M. A, en application des dispositions du 3 du V de l'article 1754 du code général des impôts prévoyant la solidarité des dirigeants sociaux. Un avis de mise en recouvrement du 28 août 2019 a été transmis à M. A suivi de deux mises en demeure de payer des 23 septembre 2019 et 5 janvier 2022. A défaut de paiement, une procédure de saisie d'un véhicule terrestre à moteur a été engagée le 29 mars 2022. Par courrier du 26 avril 2022, M. A a formé une réclamation qui a été rejetée par décision du 17 juin 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 329 680 euros.

2. En premier lieu, aux termes du b de l'article 256-7 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement est réputé avoir été notifié : lorsque la lettre recommandée n'a pu être distribuée du fait du redevable, le jour où en a été faite la première présentation. ".

3. M. A soutient que la notification de l'avis de mise en recouvrement du

28 août 2019 le concernant est irrégulière, faute de réception de cet avis à son adresse. Il ressort de l'avis de réception postal que le pli recommandé contenant l'avis de mise en recouvrement du 28 août 2019 a été " présenté / avisé " le 30 août 2019 à l'impasse Las Coulomines à Formiguères (66) où s'est tenue la première et seule intervention de la vérificatrice en présence de M. A, et que le pli n'ayant pu être remis au destinataire absent, a été retourné à l'administration en tant que " pli avisé et non réclamé ". Par les mentions précises, claires et concordantes figurant ainsi sur les documents remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale, l'administration établit l'envoi à M. A de l'avis de mise en recouvrement du 28 août 2019 et la remise d'un avis de passage. Par suite, est établie la régularité de la notification de l'avis de mise en recouvrement du 28 août 2019 à M. A, gérant de la société Traex, afin de lui réclamer, en sa qualité de débiteur solidaire, le paiement de la pénalité initialement mise à la charge de cette société.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. / () ". L'article R. 256-2 du même livre, précise que " Lorsque le comptable poursuit le recouvrement d'une créance à l'égard de débiteurs tenus conjointement ou solidairement au paiement de celle-ci, il notifie préalablement à chacun d'eux un avis de mise en recouvrement ". M. A soutient que l'avis de mise en recouvrement du 28 août 2019 est irrégulier pour faire référence à une proposition de rectification du 12 août 2017 qui ne lui a pas été notifiée ou qui n'existe pas.

5. D'une part, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire l'obligation pour l'administration fiscale de communiquer au codébiteur solidaire, préalablement à l'avis de mise en recouvrement qui lui est adressée en vertu de l'article R. 256-2 du livre des procédures fiscales, les éléments de la procédure d'imposition menée à l'encontre du débiteur principal. Par suite, M. A ne saurait utilement reprocher à l'administration fiscale de ne pas lui avoir transmis la proposition de rectification adressée à la société Traex.

6. D'autre part, il résulte de ces dispositions que lorsque l'administration adresse un avis de mise en recouvrement par lequel elle met en œuvre une solidarité de paiement, elle est tenue d'adresser au débiteur solidaire un avis de mise en recouvrement individuel qui doit comporter les indications prescrites par l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales. Ces mentions permettent au débiteur solidaire d'obtenir, à sa demande, la communication des documents mentionnés dans cet avis de mise en recouvrement ainsi que de tout document utile à la contestation de la régularité de la procédure, du bien-fondé et de l'exigibilité des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations correspondantes au paiement solidaire duquel il est tenu.

7. Si, en l'espèce, l'avis de mis en recouvrement adressé à M. A comportait la date erronée du 12 août 2017 au lieu du 30 mai 2017 pour date de l'avis de mis en recouvrement émis à l'encontre de la société Traex, cette erreur matérielle est sans incidence sur la régularité de la procédure de recouvrement, dès lors qu'il était loisible à M. A d'obtenir, à sa demande, la communication des documents mentionnés dans l'avis litigieux, celui-ci n'ayant été ainsi privé d'aucune garantie.

8. En troisième lieu, les dispositions de l'article 1759 du code général des impôts instaurent une pénalité fiscale sanctionnant le refus par une personne morale de révéler l'identité des bénéficiaires d'une distribution de revenus. Si cette pénalité est au nombre des sanctions qui doivent être motivées et faire l'objet d'une procédure contradictoire en application de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, l'administration n'est tenue à ces deux obligations qu'à l'égard de la société qu'elle envisage de soumettre à la pénalité et non des personnes qui, après mise en recouvrement de cette dernière, sont solidairement responsables de son paiement. Dès lors, par la présente procédure de contestation de recouvrement à laquelle le requérant a expressément borné ses conclusions, M. A ne peut être regardé comme soulevant utilement le moyen tiré de ce que le courrier du 7 août 2017 avisant la société Traex des conséquences financières de l'absence de désignation des bénéficiaires, ne répond pas aux exigences de motivation fixée par la documentation 13 L-1611 n°27 et 28 du 1er juillet 2002, reprise au bulletin officiel BOI-CFINF-30-20 n°160 du 12 septembre 2012, pour ne pas mentionner l'article 117 du code général des impôts et ne pas faire état de la possibilité de présenter ses observations dans un délai de 30 jours conformément à l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

9. En quatrième lieu, si l'administration peut s'adresser au débiteur solidaire d'une pénalité fiscale en vue d'obtenir le paiement de la somme correspondante, la garantie que constitue, pour le Trésor public, l'existence de débiteurs tenus solidairement au paiement d'une créance fiscale ne peut être mise en œuvre, lorsqu'il existe un débiteur principal de la pénalité fiscale qui est le contribuable, que si cette créance a été régulièrement établie à son égard et, en particulier, s'il a été destinataire d'un avis de mise en recouvrement régulièrement notifié dans le délai de reprise.

10. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 30 mai 2017, ainsi que le courrier précité du 7 août 2017, ont été adressés en lettre recommandée au siège social de la société Traex, les courriers étant revenus " destinataire inconnu ". Dans ces conditions, la domiciliation de la société à l'étranger apparaissant fictive, il ne saurait être reproché à l'administration fiscale d'avoir adressé en France au domicile de son dirigeant l'avis de mise en recouvrement, au nom de la société, daté du 24 octobre 2017. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration ne justifie pas de la notification préalable régulière d'un avis de mise en recouvrement à la société Traex, qui a son siège en Angleterre, doit être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, selon les dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, les créances sont éteintes lorsque les comptables du Trésor n'ont engagé aucune poursuite pendant quatre années consécutives, à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle. Il résulte de l'instruction que, compte tenu de la régularité de la notification de l'avis de mise en recouvrement du 28 août 2019, comme jugé au point 4, et la notification régulière des mises en demeure des 23 septembre 2019 et 5 janvier 2022, envoyées à M. A à l'adresse mentionnée dans ses écritures et revenues " non réclamé ", la prescription ne saurait être regardée comme acquise à la date du 29 mars 2022, date du commandement de payer valant saisie d'un véhicule terrestre à moteur. Par suite, le requérant ne saurait valablement opposer la prescription des poursuites.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions en décharge de l'obligation de payer doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M.Gayrard, président,

Mme Pater première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

J.-P. GayrardLe greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 novembre 2024.

Le greffier,

F. Balicki

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