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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204286

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204286

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204286
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantALTES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2022, la société France Neige, représentée par Me Nivet, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, d'enjoindre à la commune du Barcarès de produire la délibération du 2 novembre 2021, l'ensemble des conventions conclues avec les exploitants du village de Noël pour l'année 2021 / 2022, ainsi que l'ensemble des quittances éditées concernant les loyers dus au titre de ces conventions, avec toutes conséquences de droit ;

2°) d'annuler l'avis de sommes à payer n° 10100 émis le 4 février 2022 par le maire de la commune du Barcarès pour le recouvrement de la somme de 62 960,40 euros, avec toutes conséquences de droit ;

3°) de la décharger de la somme de 62 960,40 euros, avec toutes conséquences de droit ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais du litige sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les documents dont la communication est demandée sont transmissibles et sont utiles à la résolution du litige ;

- le titre en litige est irrégulier car il n'indique pas de façon suffisante les bases de liquidation ;

- l'acte en litige est irrégulier par voie de conséquence de l'irrégularité de la convention d'occupation du domaine public signée par une autorité incompétente ;

- le titre en litige est entaché d'un détournement de pouvoir car la redevance dont le paiement lui est demandé n'a pas été régulièrement fixée et laisse présumer une rupture d'égalité devant les charges publiques alors que le maire est impliqué dans plusieurs procédures judiciaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, la commune du Barcarès, représentée par l'AARPI Altes Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société France Neige une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- plusieurs des documents demandés sont versés à la présente instance ;

- les bases de liquidation sont bien indiquées sur le titre en litige ;

- la signataire de la convention d'occupation du domaine avait bien compétence pour la signer et, en tout état de cause, ce vice n'est pas de nature à impliquer l'annulation du titre alors que ce dernier se fonde sur une délibération régulière ;

- aucun élément ne permet de faire présumer l'existence d'un détournement de pouvoir et les pièces versées au débat suffisent à l'écarter.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de Me Challens de Cevins représentant la commune du Barcarès.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion de l'organisation du village de Noël pour l'année 2021 / 2022 par la commune du Barcarès, celle-ci a conclu avec la SARL France Neige une convention de location d'un chalet en vue de lui permettre l'exploitation d'un espace de restauration sous l'enseigne " La Trattoria Savoyard ". Le 4 février 2022, un avis de sommes à payer a été émis à l'encontre du représentant de la société France Neige pour le recouvrement de la somme de 62 960,40 euros. La société France Neige demande l'annulation de ce titre et la décharge des sommes mises à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 susvisé relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

3. En l'espèce, le titre en litige porte la seule mention " solde occupation container 1 et 2 VN ". Il résulte également de l'instruction que la société requérante a signé une convention, antérieurement à la réception de ce titre, en vertu de laquelle deux containers, n° 1 et n° 2, étaient mis à sa disposition pour une surface de 222 m² en contrepartie d'une redevance de 66 240 euros hors taxe, soit 79 488 euros toutes taxes comprises dont le paiement était prévu en quatre versements.

4. Dans ces conditions, et alors au demeurant que la société requérante ne conteste pas que le montant restant dû par elle correspond bien à celui qui lui a été réclamé, le titre exécutoire en litige comportait ainsi une indication suffisante des bases de liquidation. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 2 du présent jugement doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, la société France Neige allègue que le signataire de la convention de mise à disposition du chalet ne justifiait pas d'une délégation régulière pour la signer. Toutefois, il résulte de l'instruction que les loyers des chalets ont été fixés par une délibération du 2 novembre 2021, affichée et publiée le 5 novembre 2021, et que la société France Neige n'a pas contesté la régularité de la convention. Par suite, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, alors que ni la régularité de la délibération du 2 novembre 2021, ni l'occupation effective d'un chalet durant le village de Noël organisé par la commune ne sont contestées, l'incompétence alléguée ne saurait établir la réalité d'un vice du consentement qui affecterait la régularité de la convention et priverait le titre exécutoire contesté de base légale.

6. En troisième lieu, il ressort de la délibération du 2 novembre 2021, que le prix unitaire hors taxes pour la location des containers de six mètres en zone 1 est fixé à 33 120 euros. Il ressort également de la convention signée par la requérante qu'il a été mis à sa disposition deux containers, pour un prix de 66 240 euros, et cette dernière ne conteste pas leur localisation en zone 1, justifiant l'application du prix unitaire de 33 120 euros. Si elle soutient que le prix initialement annoncé était deux fois inférieur à celui prévu par la convention, elle ne conteste pas que cette différence provient de la mise à sa disposition de deux containers au lieu d'un. Par ailleurs, si elle fait état de rumeurs sur l'application de tarifs différenciés entre commerçants pourtant soumis à une situation identique, elle n'apporte aucun commencement de preuve de ses dires alors que la commune a versé au débat deux conventions, signées avec deux autres commerçants pour des chalets similaires à celui mis à la disposition de la requérante pour un loyer identique. Dans ces conditions, la seule circonstance que le maire de la commune puisse être impliqué dans des procédures pendantes devant le juge judiciaire, en lien notamment avec la gestion des affaires municipales, ne suffit pas à faire présumer l'existence d'un détournement de pouvoir. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de demander à la commune de verser l'ensemble des conventions et quittances en lien avec la mise à disposition de chalets pendant le village de Noël, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que le titre contesté est entaché d'un détournement de pouvoir.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la SARL France Neige tendant à l'annulation du titre exécutoire de 62 960,40 euros émis à son encontre par le maire de la commune du Barcarès.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la Sarl France Neige au titre des frais exposés par elle en défense et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Sarl France Neige la somme demandée par la commune du Barcarès sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la société Sarl France Neige est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Barcarès sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la Sarl France Neige et à la commune du Barcarès.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

D. Besle

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 avril 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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