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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204541

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204541

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204541
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSCP PHILIPPE GRILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, Mme C A, représentée par l'AIARPI Eleom avocats, demande au juge des référés :

1°) de prescrire une mesure d'expertise aux fins d'apprécier la qualité de sa prise en charge par le service des urgences de l'hôpital Saint Clair, à la suite d'importantes douleurs abdominales, et l'étendue des préjudices qu'elle a subis ;

2°) de condamner l'hôpital Saint Clair à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le retard de prise en charge de l'occlusion intestinale dont elle a été victime, alors que celle-ci aurait pu être diagnostiquée au vu du bilan sanguin réalisé à son arrivée au service des urgences, lequel l'a invitée, au contraire, à rentrer à son domicile, lui a occasionné un important préjudice physique et psychologique ;

- la responsabilité de l'hôpital Saint Clair étant susceptible d'être engagée, l'expertise sollicitée est utile à la détermination du lien de causalité entre ce retard de prise en charge et ses préjudices.

Par un mémoire, enregistré le 16 septembre 2022, le centre hospitalier intercommunal du Bassin de Thau, représenté par la société civile professionnelle (SCP) Grillon, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, sous les plus expresses réserves en fait et en droit. Il demande, en outre, d'appeler à la cause la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et de lui enjoindre de fournir le décompte détaillé de ses débours et frais médicaux. Enfin, il demande que la mission de l'expert soit complétée dans les termes qu'il précise et que l'expert établisse un pré-rapport de ses constatations qu'il soumettra aux parties. Il conclut, par ailleurs, au rejet de la demande de la requérante présentée au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 14 octobre 2022, Mme C A persiste dans ses écritures au contradictoire de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Thévenet, vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La demande d'expertise présentée par Mme A aux fins de déterminer la qualité de sa prise en charge médicale par le service des urgences de l'hôpital Saint Clair ainsi que les préjudices qu'elle estime avoir subis, présente un caractère utile et entre, dès lors, dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance. En outre, comme le demandent les parties, il y a lieu de rendre les opérations d'expertise communes et opposables à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, à laquelle Mme A est affiliée.

Sur la demande de l'hôpital Saint Clair tendant à la production du relevé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault :

3. En l'état de l'instruction, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle que fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de la solliciter, s'il l'estime nécessaire. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à la communication de ce relevé.

Sur les conclusions tendant à ce que le pré-rapport de l'expert soit soumis aux parties :

4. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions mentionnées ci-dessus de l'hôpital Saint Clair sont dépourvues d'utilité et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. En l'état actuel du litige, l'hôpital Saint Clair ne peut être regardé comme ayant qualité de partie perdante pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à cette fin par Mme A doivent dès lors être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur B D, domicilié à l'hôpital de Martigues service de chirurgie 3 boulevard des Rayettes BP 50248 Martigues (13698), est désigné comme expert avec pour mission de :

* se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le service des urgences de l'hôpital Saint Clair de Sète ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

* décrire l'état de santé de Mme A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital Saint Clair, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins et aux traitements pratiqués ;

* donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme A et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du service des urgences de l'hôpital Saint Clair ;

* de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation au service des urgences de Mme A ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de Mme A et des complications dont elle a été victime ;

* donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de Mme A, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

* donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme A une chance sérieuse de guérison de la pathologie dont elle était atteinte lors de son arrivée au service des urgences de l'hôpital Saint Clair ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme A de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;

* dire si l'état de Mme A a entraîné une incapacité permanente partielle résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

* indiquer à quelle date l'état de Mme A peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

* dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

* donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

* donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme A.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme A, de l'hôpital Saint Clair et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à l'hôpital Saint-Clair, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault et à l'expert.

Fait à Montpellier, le 21 février 2023

Le juge des référés,

F. Thévenet

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé, en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 février 2023

L'attachée

C. Lemaire

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