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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204622

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204622

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204622
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantSCP D'AVOCAT FREDERIC SIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 septembre 2022 et le 26 février 2024, Mme B C, représentée par Me Simon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours administratif préalable et a confirmé la radiation de son droit au revenu de solidarité active ainsi que la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 994,98 euros pour la période du 1er janvier 2022 au 31 mars 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 6 avril 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault lui a notifié la radiation de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2022 ;

3°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 994,98 euros au titre de l'indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er janvier 2022 au 31 mars 2022 ;

4°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Hérault de recalculer ses droits jusqu'au 22 avril 2022 et de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active pour la période du 1er janvier 2022 jusqu'à l'ouverture de ses droits à Pôle emploi en date du 22 avril 2022 ;

5°) de mettre à la charge du département de l'Hérault la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision du président du conseil départemental méconnaît l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'elle doit être regardée comme stagiaire de la formation continue et non comme élève, étudiante ou stagiaire au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens présentés par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéficie de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Simon, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a bénéficié, depuis le mois de janvier 2022, du revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. Par une décision du 8 juillet 2022, le président du conseil départemental de l'Hérault lui a notifié la radiation de ses droits à cette prestation et la mise à sa charge d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 994,98 euros pour la période du 1er janvier 2022 au 31 mars 2022. Par la présente requête, Mme C conteste la décision du 8 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours du 12 avril 2022 et confirmé la décision du 6 avril 2022.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 6 avril 2022 :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles que les recours contentieux tendant à l'annulation d'une décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales et du président du conseil départemental ordonnant le reversement d'un indu de revenu de solidarité active n'est recevable que si l'allocataire a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge administratif.

3. Ainsi, dans la mesure où Mme C a exercé le 12 avril 2022 un recours administratif préalable contre la décision du président du conseil départemental du 6 avril 2022, ayant donné lieu à une décision expresse de rejet en date du 8 juillet 2022, les conclusions de la requête présentées par cette dernière doivent être regardée, comme étant uniquement dirigées contre la décision du 8 juillet 2022, laquelle s'est entièrement substituée à la décision initiale du président du conseil départemental de l'Hérault.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 8 juillet 2022 :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active et d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. D'une part, en vertu de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active a notamment pour objet de favoriser l'insertion sociale et professionnelle de ses bénéficiaires. Aux termes de l'article L. 262-4 de ce code : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 1° Etre âgé de vingt-cinq ans () / () 3° Ne pas être élève, étudiant ou stagiaire au sens de l'article L. 124-1 du code de l'éducation () ", lequel prévoit que " Les enseignements scolaires et universitaires peuvent comporter, respectivement, des périodes de formation en milieu professionnel ou des stages. () Les périodes de formation en milieu professionnel et les stages correspondent à des périodes temporaires de mise en situation en milieu professionnel au cours desquelles l'élève ou l'étudiant acquiert des compétences professionnelles et met en œuvre les acquis de sa formation en vue d'obtenir un diplôme ou une certification et de favoriser son insertion professionnelle. Le stagiaire se voit confier une ou des missions conformes au projet pédagogique défini par son établissement d'enseignement et approuvées par l'organisme d'accueil () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 6111-1 du code du travail : " La formation professionnelle tout au long de la vie () vise à permettre à chaque personne, indépendamment de son statut, d'acquérir et d'actualiser des connaissances et des compétences favorisant son évolution professionnelle " et " comporte une formation initiale, comprenant notamment l'apprentissage, et des formations ultérieures, qui constituent la formation professionnelle continue, destinées aux adultes et aux jeunes déjà engagés dans la vie active ou qui s'y engagent ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires préalables à l'adoption de la loi du 1er décembre 2008 généralisant le revenu de solidarité active et réformant les politiques d'insertion, que si les élèves et les étudiants ayant plus de vingt-cinq ans ne peuvent bénéficier du revenu de solidarité active, y compris lorsqu'ils suivent une formation en milieu professionnel ou réalisent un stage, il en va différemment des stagiaires de la formation professionnelle continue dès lors qu'ils remplissent par ailleurs l'ensemble des conditions d'ouverture des droits.

6. D'autre part, l'article L. 6313-1 du code du travail définit les actions concourant au développement des compétences qui entrent dans le champ d'application des dispositions relatives à la formation professionnelle continue. Parmi ces actions figurent notamment les actions de formation qui, en vertu des dispositions de l'article L. 6313-2 du même code, se définissent " comme un parcours pédagogique permettant d'atteindre un objectif professionnel " et, en vertu des dispositions de l'article L. 6313-3 de ce code, ont notamment pour objet " de permettre à toute personne sans qualification professionnelle ou sans contrat de travail d'accéder dans les meilleures conditions à un emploi ". Il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 811-1 du code de l'éducation que les personnes bénéficiant de la formation continue peuvent être des usagers du service public de l'enseignement supérieur. En vertu de l'article L. 6351-1 du code du travail, toute personne qui réalise des prestations de formation professionnelle continue au sens de l'article L. 6313-1 de ce code dépose auprès de l'autorité administrative une déclaration d'activité, qui fait l'objet d'un enregistrement. Il résulte en outre des articles L. 6353-1 et L. 6353-3 du code du travail qu'une convention est conclue, pour la réalisation d'une de ces actions de formation, entre l'acheteur de formation et l'organisme qui les dispense et qu'un contrat de formation professionnelle, dont les mentions obligatoires, à peine de nullité, sont précisées par l'article L. 6353-4 de ce code, est conclu directement entre la personne physique qui entreprend une formation, à titre individuel et à ses frais, et le dispensateur de formation. Enfin, en vertu de l'article L. 6316-1 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, Pôle emploi peut financer des actions de formation professionnelle continue dont il évalue la qualité au regard des critères définis par le décret du 30 juin 2015 relatif à la qualité des actions de la formation professionnelle continue. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que doivent être regardées comme stagiaires de la formation professionnelle continue les personnes qui suivent une action de formation qui entre dans le champ d'application des dispositions relatives à la formation professionnelle continue, qui est dispensée par un organisme dont la déclaration d'activité a été enregistrée par l'autorité administrative et qui fait l'objet d'un contrat de formation professionnelle entre l'intéressé et le dispensateur de la formation ou d'une convention de formation entre l'acheteur de la formation et le dispensateur de la formation. Il en résulte également qu'une personne inscrite dans un établissement d'enseignement supérieur en tant que stagiaire de la formation professionnelle continue ne peut être regardée comme un étudiant au sens des dispositions du 3° de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles.

7. Pour prononcer la radiation de Mme C du dispositif de revenu de solidarité active à compter du mois de janvier 2022 et mettre à sa charge l'indu en litige, le président du conseil départemental d'Hérault a estimé que l'intéressée avait, depuis le 1er janvier 2022, le statut d'étudiant, et que cette situation faisait ainsi obstacle, en application des dispositions du 3° de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles, à ce qu'elle bénéficie du revenu de solidarité active, sans qu'elle puisse prétendre à la dérogation prévue à l'article L. 262-8 du même code.

8. Mme C a été inscrite, du 11 janvier 2022 au 15 décembre 2022, à une formation de naturopathie. Il résulte de l'instruction, notamment du courrier de Pôle emploi du 5 août 2022, que la formation suivie par Mme C s'inscrit dans le cadre de son projet professionnel et qu'elle bénéficiera de la protection sociale des stagiaires de la formation professionnelle pendant toute la durée de cette formation. En conséquence, Mme C doit être regardée comme stagiaire de la formation continue et non comme élève, étudiante ou stagiaire au sens de l'article L.124-1 du code de l'éducation. Par suite, elle est fondée à soutenir que c'est à tort qu'elle a été radiée du droit au revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2022 et qu'un indu a été mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2022 au 31 mars 2022.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 8 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé la radiation des droits de Mme C au revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2022 et mis à sa charge un indu de 994,98 euros doit être annulée. En conséquence, Mme C est également fondée à demander la décharge de cet indu.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'annulation prononcée au point précédent implique nécessairement qu'il soit procédé à un nouvel calcul des droits de Mme C au revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2022 en tenant compte des motifs du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de renvoyer la requérante devant le département de l'Hérault afin qu'il y soit procédé dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

11. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Simon, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département de l'Hérault le versement à Me Simon de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est déchargée de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 994,98 euros au titre de la période du 1er janvier 2022 au 31 mars 2022.

Article 2 : La décision du 8 juillet 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a radié Mme C de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2022 et mis à sa charge un indu de 994,98 euros est annulée.

Article 3 : Mme C est renvoyée devant le département de l'Hérault pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2022, conformément aux motifs du présent jugement.

Article 4 : Le département de l'Hérault versera une somme de 1 000 euros à Me Simon en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Simon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au département de l'Hérault, et à Me Simon.

Copie en sera adressée à la Mutualité sociale agricole du Languedoc.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le président,

D. A

La greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 3 avril 2024.

La greffière,

F. Roman

No 220462

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