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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204752

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204752

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204752
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantNIVET GUILLEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, Mme C D, représentée par Me Nivet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales lui a notifié un indu global de 16 414,84 euros pour la période du 1er juin 2018 au 30 juin 2021 ;

2°) d'annuler la décision implicite du 31 juillet 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé un indu de 7 301,20 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er juin 2018 au 30 novembre 2020 ;

3°) de la décharger du paiement de la somme de 16 414,84 euros ;

4°) de mettre à la charge solidaire de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales et du département des Pyrénées-Orientales une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de juste administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 10 juin 2021 a été prise par une autorité incompétente ;

- il n'existe aucune communauté de vie entre elle et M. D ;

- M. D est dépourvu de ressources.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable pour être tardive et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable pour être tardive et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, en ce qu'elle est dirigée contre un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, à titre principal, que la requête est irrecevable pour être tardive et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D est allocataire de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales. À la suite d'un contrôle de sa situation, par une décision du 10 juin 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales lui a notifié un indu global de 16 414,84 euros correspondant à un indu de 7 301,20 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er juin 2018 au 30 novembre 2020, à un indu de 4 671,02 euros d'aide personnalisée au logement pour la période du 1er juin 2018 au 28 février 2020, à un indu de 1 231 euros d'allocation de logement familiale pour la période du 1er octobre 2020 au 31 mai 2021, à un indu de 2 911,62 euros de prime d'activité pour la période du 1er juin 2019 au 31 mai 2020 et à un indu de 300 euros d'aide exceptionnelle de solidarité au titre des mois de mai et novembre 2020. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision et de la décision du 31 juillet 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

Sur le périmètre du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. En outre, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. ".

3. Il résulte de ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à la saisine du juge devant le président du conseil départemental en ce qui concerne le revenu de solidarité active et devant la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales en ce qui concerne les aides personnelles au logement et la prime d'activité, que les décisions par lesquelles ceux-ci rejettent, implicitement ou expressément, ce recours introduit devant eux se substituent à celles de l'organisme chargé du versement de ces prestations.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme D a exercé un recours administratif contre la décision du 10 juin 2021 du directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales par un courrier du 15 juin 2021 adressé à cette caisse puis par un courrier du 27 mai 2022 adressé à la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales. Dans ces conditions, A part, en ce qui concerne le revenu de solidarité active, les conclusions de la requête de Mme D doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a confirmé cet indu. D'autre part, en ce qui concerne l'aide personnalisée au logement, l'allocation de logement familiale et la prime d'activité, les conclusions de sa requête doivent être regardées comme étant dirigées uniquement contre la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a confirmé les indus de ces prestations mis à sa charge.

Sur la régularité de la décision du 10 juin 2021 :

5. Aux termes de l'article 4 du décret n°2020-519 du 5 mai 2020 et du décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 : " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu ".

6. Il résulte de l'instruction que par décision du directeur général de la caisse nationale des allocations familiales du 16 juillet 2020, M. F E, signataire de la décision du 10 juin 2021, a été nommé dans les fonctions de directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision manque en fait et doit être écarté.

Sur le bien-fondé des indus :

En ce qui concerne le revenu de solidarité active, la prime d'activité et les aides personnelles au logement :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-9 même code prévoit que : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période A durée déterminée, pour : 1° A personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; 2° A femme isolée en état de grossesse, ayant effectué la déclaration de grossesse et les examens prénataux. La durée de la période de majoration est prolongée jusqu'à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". En vertu de l'article L. 262-3 dudit code, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés A activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ".

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale; / () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation, " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint () " Aux termes des dispositions de l'article R. 822-2 du même code, " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. / Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci. ".

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".

11. Il résulte des dispositions susvisées que pour le bénéfice du revenu de solidarité active et par suite de l'aide exceptionnelle de solidarité, de la prime d'activité et des aides personnelles au logement, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. La vie maritale peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

12. Il résulte de l'instruction que pour remettre en cause la situation d'isolement déclarée par la requérante, la caisse d'allocations familiales et le département se sont fondés sur les conclusions d'un rapport d'enquête du 15 février 2021 établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales. Il résulte notamment des termes de ce rapport, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. et Mme D ont déclaré une adresse identique auprès des services de police, de l'administration fiscale, de l'employeur de M. D et de leur établissement bancaire, que les intéressés ont, pour le renouvellement de leur titre de séjour, complété une déclaration de communauté de vie, que des virements bancaires sont effectués entre les intéressés et que les opérations bancaires de M. D sont localisées, outre les communes de Perpignan, Rivesaltes, Bompas, sur le territoire de la commune de Claira où réside Mme D. Pour remettre en cause l'appréciation portée par l'administration sur l'existence A vie commune entre elle et M. D, la requérante fait valoir être isolée depuis le 25 mai 2014 et que M. D est depuis lors sans domicile fixe. Toutefois, il résulte des termes du rapport d'enquête précité que Mme D a communiqué, au cours de la procédure contradictoire, une attestation d'hébergement pour M. D sur le territoire A commune sur lequel aucune opération bancaire n'a été identifiée. De même, si Mme D soutient que M. D est dépourvu de ressources et que l'indu est par suite mal-fondé, il résulte des termes de ce rapport d'enquête que celui-ci a, au cours de la période en litige, perçu des revenus d'activité salariée pour chacun des trimestres de référence. Elle ne peut par suite être regardée comme remettant utilement en cause les conclusions de ce rapport et le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aides personnelles au logement mis à sa charge.

En ce qui concerne l'aide exceptionnelle de solidarité :

13. Aux termes de l'article 1er du décret n°2020-519 du 5 mai 2020 : " I. - A aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins A des allocations suivantes /1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; ()/ 3° A des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation. / () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 : " I. - A aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : /1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; () / 3° A des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation. / () ".

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 précédent que Mme D n'avait pas droit au revenu de solidarité active ou à une aide personnelle au logement au cours des mois d'avril, mai, septembre et octobre 2020. Elle ne peut de même être regardée comme remettant utilement en cause le bien-fondé des indus d'aide exceptionnelle de solidarité mis à sa charge.

15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par le département des Pyrénées-Orientales et la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, que la requête de Mme D doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département des Pyrénées-Orientales et de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, qui ne sont pas les parties perdantes, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à la ministre des solidarités et des familles, au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le président,

D. B

La greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et des familles, au ministre délégué chargé du logement et au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 novembre 2023.

La greffière,

F. Roman

No 220475

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