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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204756

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204756

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204756
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésident BESLE
Avocat requérantBELLOTTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, Mme C E, représentée par Me Bellotti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer n° 3497 émis le 14 mars 2022 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 046,98 euros pour la période du 1er novembre 2015 au 31 juillet 2017 ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les sommes réclamées sont prescrites ;

- l'administration ne démontre pas que le bordereau de titres de recettes a été signé et, s'il l'a été, par une personne ayant reçu délégation de compétence ou de signature ;

- l'avis de sommes à payer ne précise ni les bases, ni les modalités de liquidation de la somme réclamée ; elle n'a été destinataire d'aucun autre document qui lui permettrait de prendre connaissance de ces éléments.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions dirigées à l'encontre de l'indu sont irrecevables dès lors que la requérante s'est bornée à solliciter une remise de sa dette dans son recours daté du 29 novembre 2017 ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault. A la suite d'un contrôle de sa situation, l'intéressée s'est vue notifier, par décision du 16 octobre 2017, un indu d'un montant total de 21 979, 99 euros, dont 14 008, 82 euros au titre du revenu de solidarité active pour la période de novembre 2015 à juillet 2017. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de l'avis de sommes à payer n° 3497 émis le 14 mars 2022 pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 046,98 euros pour la période du 1er novembre 2015 au 31 juillet 2017.

Sur l'avis de sommes à payer :

En ce qui concerne la régularité :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'avis de sommes à payer du 14 mars 2022 a été signé par Mme B D, chef du service des droits RSA. Il résulte de même de l'instruction que le bordereau de titres de recettes a été signé par cette même personne prise en la même qualité. Il résulte par ailleurs de l'arrêté du président du conseil départemental de l'Hérault du 18 janvier 2022, publié le 20 janvier 2022, que Mme D avait compétence pour signer les titres de recettes concernant les indus de revenu de solidarité active. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le titre exécutoire litigieux serait entaché d'incompétence.

5. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, alors même qu'il n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en application des disposition des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

6. D'une part, le titre contesté mentionne qu'il correspond à un indu de revenu de solidarité active INK 005 notifié le 16 octobre 2017 d'un montant de 13 046,98 euros pour la période du 1er novembre 2015 au 31 juillet 2017. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme E avait été préalablement rendue destinataire de la décision du 16 octobre 2017 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié cet indu. Il résulte des termes de cette décision que sont indiqués la période, le motif, ainsi que les éléments de calcul de l'indu en litige. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas été régulièrement informée des bases et éléments de calcul de la dette dont il lui était demandé le règlement.

En ce qui concerne la prescription :

7. Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. ".

8. Il résulte de l'instruction, ainsi que le fait valoir le département de l'Hérault en défense, que le défaut de déclaration par Mme E de ses revenus fonciers, de rentrées d'argent d'origine indéterminée et de ressources et revenus de ses enfants au cours de la période litigieuse constitue une fausse déclaration au sens des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles, portant le délai de prescription à cinq années. La décision du 16 octobre 2017 relative à la période de novembre 2015 à juillet 2017 a été notifiée dans le délai de cinq années de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles. Elle a ainsi interrompu la prescription de l'action en recouvrement et fait courir un nouveau délai. Il résulte de l'instruction que le titre de recettes du 14 mars 2022 a été émis et notifié dans le délai de cinq ans courant à compter de la décision du 16 octobre 2017. Par suite, le moyen tiré de ce que l'action en recouvrement de l'indu était prescrite doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, au département de l'Hérault et à Me Bellotti.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le président,

D. A

La greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 décembre 2023.

La greffière,

F. Roman

No 2204756

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