Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 octobre 2022 et 25 janvier 2023,
M. C... A... et Mme D... B... épouse A..., représentés par Me Gerigny, demandent au tribunal d’annuler les titres de recette émis par l’association syndicale autorisée (ASA) du Canal de la Plaine n° 881 et 330 d’un montant chacun de 105,08 euros et de les décharger des sommes indiquées.
Ils soutiennent que :
- les titres n° 881 et 330 ne comportent ni la date d’émission ni celle d’échéance à payer ;
- n’est pas non plus mentionnée l’indication relative aux délais et voies de recours ;
- ils ne donnent aucune indication sur la nature et le montant des sommes dues ;
- l’ASA communique le « rôle 2022 + complémentaire » qui aurait été édité le
18 mai 2022 mais il ne comporte aucune cohérence avec la délibération du conseil syndical du
3 mai 2022 ;
- la tarification dite « minimum perception » est manifestement disproportionnée en comparaison de la consommation effective ;
- il n’est pas tenu compte des nécessités effectives et de l’intérêt des propriétaires requérants en méconnaissance de l’article 51 du décret du 3 mai 2006 ;
- la délibération du 3 mai 2022 comprend un « Rôle complémentaire exercice 2022 n°2 » qui est totalement flou et illisible de sorte qu’il est parfaitement inexploitable, la comptabilité étant opaque.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, l’association syndicale autorisée (ASA) du Canal de la Plaine, représentée par Me Berguet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A... une somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute de conclusions et moyens, d’avocat et de signature de la requête par M. A... ;
- aucun des moyens n’est fondé.
Par ordonnance du 30 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ;
- le décret n° 2006-504 du 3 mai 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lauranson,
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,
- et les observations de Me d’Aboville représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. C... A... et Mme D... B... épouse A... sont propriétaires d’une maison d’habitation à Estagel. Ils bénéficient des services de l’association syndicale autorisée (ASA) du Canal de la Plaine pour l’acheminement d’eau non potable. Ils demandent l’annulation des titres de recette n° 881 et 330, émis par cette association syndicale autorisée, d’un montant chacun de 105,08 euros et de les décharger des sommes indiquées.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
2. En premier lieu, les circonstances que les titres en litige ne comportent ni la date d’émission ni celle d’échéance à payer, ni l’indication relative aux délais et voies de recours sont sans incidence sur leur légalité.
3. En deuxième lieu, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l’état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur. Les titres exécutoires n° 330 et 881 contestés mentionnent qu’ils concernent les parcelles AL 0291 et AM 0090. Ils précisent respectivement les contenances des parcelles, les catégories de prestation de conduction d’eau sous pression avec les parts minimales et complémentaires ainsi que les bases, les unités de calcul (ha) ou la nature forfaitaire de la créance et les montants pour lesquels sont indiqués la TVA à 5%. Contrairement à ce que soutient M. et Mme A..., ils indiquent ainsi avec suffisamment de précisions les bases de la liquidation et leur permettent de comprendre les modalités du calcul de la créance. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, il est soutenu que la tarification dite « minimum perception » est manifestement disproportionnée en comparaison de la consommation effective puisqu’il ressort que le coût de la prestation « sous pression Estagel Latour Montner » est de 349,80 euros (€) l’hectare soit 0,0349 € le m² ce qui impliquerait pour leur parcelle de 296 m2 la somme de 10,33€ et pour leur parcelle de 995m2 la somme de 34,72€ soit au total 45,05 € et non 127,20 €.
5. Aux termes de l’article 31 de l’ordonnance du 1er juillet 2004 : « I. Les ressources d’une association syndicale autorisée comprennent : / 1° Les redevances dues par ses membres ; (…) II. Les redevances syndicales sont établies annuellement et réparties entre les membres en fonction des bases de répartition des dépenses déterminées par le syndicat. Ces bases tiennent compte de l’intérêt de chaque propriété à l’exécution des missions de l’association (…) ». Aux termes de l’article 51 du décret du 3 mai 2006 pris pour l’application de cette ordonnance : « Lors de sa première réunion et de toute modification ultérieure, le syndicat élabore un projet de bases de répartition des dépenses entre les membres de l'association, accompagné d'un tableau faisant état pour chaque membre de la proportion suivant laquelle il contribue et d'un mémoire explicatif indiquant les éléments de ses calculs et assorti le cas échéant d'un plan de classement des propriétés en fonction de leur intérêt à l'exécution des missions de l'association et d'un tableau faisant connaître la valeur attribuée à chaque classe (…) ». Il résulte de ces dispositions que les redevances syndicales, qui ont pour objet d’assurer la répartition entre les propriétaires, membres de l’association, des dépenses que celle-ci assume conformément à ses missions, essentiellement constituées par des frais de réalisation de travaux ou d’ouvrages et d’entretien de ceux-ci, doivent être établies annuellement et réparties en prenant en considération l’intérêt de chaque propriété à l’exécution de ces missions.
6. D’une part, s’il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la grille tarifaire pour 2022 de l’ASA, que si pour « Estagel Latour Montner » est prévu un montant de 349,80 € par hectare, en dessous de cette superficie est exigé un minimum de perception de 63,60 € hors taxe pour tenir compte des frais de recouvrement et de fonctionnement de l’association et de la station. Eu égard aux services rendus par l’ASA du Canal de la Plaine en particulier pour la distribution d’eau sous pression, ni ces montants minimums, ni l’augmentation décidée de 6% n’apparaissent disproportionnés.
7. D’autre part, si les requérants entendent contester la délibération du conseil syndical du 3 mai 2022 en ce qu’elle ne tiendrait pas compte de l’intérêt des propriétés situées dans le périmètre de l’association syndicale, et dès lors qu’elle impose une redevance forfaire, il ressort toutefois des pièces du dossier, et ainsi que le justifie l’ASA, que les bases de répartition ont été établies en fonction du surcroît d'investissement et le coût énergétique inhérent au fonctionnement du réseau modernisé « sous pression » dont bénéficie notamment le lotissement dans lequel réside les requérants et sans lequel ils n’auraient pas accès à l’eau transportée par les ouvrages syndicaux, à un coût beaucoup plus modéré que l’eau potable. De plus, la seule partie forfaitaire, ainsi qu’il a été dit plus haut, concerne les frais de recouvrement et de fonctionnement de l’association et de la station. Au-delà de ce seuil forfaitaire, les bases de répartition tiennent compte à la fois du mode de livraison de l’eau soit sous pression, soit gravitaire, et du périmètre, le montant étant proportionnel à la superficie du bien. L’ASA n’a pas commis d’illégalité fixant un minimum de perception en fonction des frais de recouvrement et de fonctionnement, ce critère étant en lien avec l’intérêt des propriétés aux missions remplies par l’association syndicale.
8. En dernier lieu, en soutenant que l’ASA « agit et gère en totale opacité les bases de répartition, qu’elle a communiqué le « rôle 2022 + complémentaire » qui ne comporterait aucune cohérence avec la délibération du conseil syndical du 3 mai 2022 laquelle serait totalement floue, illisible et inexploitable », les requérants n’assortissent leur moyen d’aucune précision permettant d’en apprécier le bien-fondé.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A... doit être rejetée.
Sur les conclusions relatives aux frais d’instance :
10. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A... la somme que demande l’association syndicale autorisée du Canal de la Plaine au titre des frais qu’elle a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A... est rejetée.
Article 2 : Les conclusion de l’association syndicale autorisée du Canal de la Plaine relatives aux frais d’instance sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et Mme D... B... épouse A... et à l’association syndicale autorisée du Canal de la Plaine.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
M. Lauranson, premier conseiller,
Mme Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
M. Lauranson
Le président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 17 septembre 2024,
La greffière,
L. Salsmann