mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2205346 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | LENOIR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022, M. F A, représenté par Me Lenoir, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 7 juin 2022, par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours administratif préalable relatif à la contestation d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 098,89 euros pour la période du 1er novembre 2014 au 30 septembre 2015 ;
2°) d'annuler la décision du 12 avril 2016, par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 098,89 euros pour la période du 1er novembre 2014 au 30 septembre 2015 ;
3°) d'annuler le titre de créance du 23 juin 2017 ;
4°) de le décharger du montant de l'indu réclamé par le département de l'Hérault et par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault ;
5°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
6°) de lui accorder une remise gracieuse totale de sa dette ;
7°) à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
8°) de lui accorder une remise gracieuse partielle de sa dette ;
9°) de mettre solidairement à la charge du département de l'Hérault et de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision du 7 juin 2022 est entachée d'incompétence ;
- la décision du 7 juin 2022 n'est pas motivée ;
- la décision du 7 juin 2022 est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas en situation maritale avec Mme H ;
- le titre de créance méconnaît les dispositions de l'article 1617-5 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il est signé par une personne qui n'a pas reçu une délégation de signature ;
- le titre de créance n'est pas motivé en ce qu'il ne comporte pas les bases de liquidation de la créance ;
- le titre de créance n'est pas fondé dès lors que l'indu de revenu de solidarité active n'est pas fondé ;
- il est de bonne foi et il se trouve dans une situation financière précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive dès lors que la décision du 7 juin a été reçue entre les 20 et 29 juin 2022 et la requête a été enregistrée le 14 octobre 2022 ;
- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du contentieux des actes de poursuites que constituent les saisies administratives à tiers détenteur ;
- les décisions contestées ne sont pas entachées d'incompétence ;
- les décisions sont motivées ;
- l'indu en litige est fondé dès lors que le requérant ne justifie pas les omissions réitérées concernant sa situation et ses ressources.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active dans le département de la Lozère. Par une décision du 12 avril 2016, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 098,89 euros pour la période du 1er novembre 2014 au 30 septembre 2015. Le 12 mai 2022, l'intéressé a formé un recours administratif préalable. Par une décision du 7 juin 2022, le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté son recours administratif préalable. En outre, le 23 juin 2017, un titre de recette a été émis à son encontre. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur le périmètre du litige :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite d'un tel recours se substituent nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d'être déférées au juge.
4. Il résulte de l'instruction que M. A a exercé, par un courrier réceptionné le 16 mai 2022, le recours administratif prévu aux dispositions citées au point 2 et a reçu une décision expresse de rejet datée du 7 juin 2022. Par suite, les conclusions dirigées contre l'indu de revenu de solidarité active doivent être regardées comme exclusivement dirigées respectivement contre la décision du 7 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a confirmé l'indu de revenu de solidarité active. En conséquence, les conclusions formées à l'encontre de la décision du 12 avril 2016 doivent par suite être écartées.
Sur la décision du 7 juin 2022 :
Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense.
5. En premier lieu, par un arrêté du 15 avril 2022, régulièrement publié, le président du conseil départemental de l'Hérault a donné délégation de signature à Mme G D, directrice des solidarités actives, pour signer " tous actes, décisions et documents concernant la gestion des indus, les recours administratifs et les dossiers de présomption de fraude ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 7 juin 2022 manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, la décision du 7 juin 2022 mentionne l'article R. 262-88 du code de l'action sociale et des familles et indique les motifs de fait pour lesquels le recours de M. A est considéré comme forclos. Ainsi, cette décision comporte une motivation dont il n'y a pas lieu d'apprécier, en ce qui concerne l'application de l'exigence formelle de motivation, le bien-fondé.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Lozère, que cet agent n'a pas pu rencontrer M. A au domicile déclaré par celui-ci chez Mme H et que M. A n'a pas fourni les informations qui lui étaient réclamées sur ses ressources. Il résulte également de l'instruction que M. A était hébergé gratuitement chez Mme H, ainsi qu'il l'a lui-même déclaré, et qu'il effectuait régulièrement des virements sur le compte de Mme H. Pour contester la réalité d'une situation de concubinage, M. A produit une attestation, rédigée par lui-même, selon laquelle il ne vit pas en couple, une attestation de Mme H et une autre de son frère selon lesquelles ils l'auraient hébergé gratuitement sans cependant contredire les constatations du contrôleur assermenté. En conséquence, la contestation de M. A du bien-fondé de l'indu ne peut qu'être écartée.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions formées à l'encontre de la décision du 7 juin 2022 doivent être écartées.
Sur le titre exécutoire du 23 juin 2017 :
En ce qui concerne la régularité :
9. En premier lieu, aux termes des dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".
10. Il résulte de ces dispositions que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
11. Il résulte de l'instruction que le bordereau de titres de recettes a été signé par Mme C E, cheffe du service des droits RSA. Il résulte par ailleurs de l'arrêté du président du conseil départemental de l'Hérault du 11 mai 2017, publié le 19 mai 2017, que Mme E avait compétence pour signer les titres de recettes concernant les indus de revenu de solidarité active. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le titre exécutoire litigieux serait entaché d'incompétence.
12. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, alors même qu'il n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en application des disposition des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
13. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, précédemment au titre litigieux, le requérant a eu connaissance de la décision du 12 avril 2016 relative à l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 098,89 euros pour la période du 1er novembre 2014 au 30 septembre 2015. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le titre exécutoire est entaché d'un défaut de motivation.
En ce qui concerne le bien-fondé :
14. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".
15. Une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci, ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental.
16. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus que la contestation par M. A du bien-fondé de l'indu ne peut qu'être écartée.
Sur la demande de remise de dette :
17. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
18. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions de précarité et de bonne foi prévues par ces dispositions présentent un caractère cumulatif.
19. M. A soutient qu'il se trouve dans une situation financière précaire en produisant son avis d'imposition sur les revenus de l'année 2014. Toutefois, et en tout état de cause, il n'apporte au soutien de sa demande de remise de dette aucun justificatif relatif à ses charges et à ses ressources actuelles. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme se trouvant en situation de bénéficier d'une remise gracieuse de sa dette.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département de l'Hérault et de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instante, la somme réclamée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, au département de l'Hérault et à Me Lenoir.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2024.
Le président,
D. B
La greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 août 2024.
La greffière,
F. Roman
No 2205346
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026