lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2205739 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 novembre 2022 et 25 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Danet, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier à lui verser la somme de 21 647,29 euros en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge dans cet établissement de santé ;
2°) de déclarer le jugement à intervenir opposable à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Hérault ;
3°) de mettre à la charge du CHU de Montpellier la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été victime d'un accident médical fautif lors de l'intervention chirurgicale pratiquée le 17 avril 2019 ;
- les préjudices subis doivent être évalués comme suit :
o 3 300 euros au titre des frais divers ;
o 440,04 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;
o 11 184,65 euros au titre des dépenses de santé futures ;
o 1 722,60 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
o 5 000 euros au titre des souffrances endurées.
Par des mémoires en défense enregistrés le 9 décembre 2022 et le 5 janvier 2024, le CHU de Montpellier, représenté par Me Armandet, s'en remet à l'appréciation souveraine du tribunal s'agissant du principe de responsabilité et conclut le cas échéant à une réduction des demandes indemnitaires à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- dans l'hypothèse où la responsabilité de l'établissement de santé serait engagée pour faute, les préjudices subis devraient être évalués comme suit :
o frais divers : la requérante ne justifie pas avoir personnellement réglé les frais d'expertise à hauteur de 1 800 euros et les frais d'avocat pour le suivi d'expertise et la tentative de transaction amiable constituent des frais exposés et non compris dans les dépens relevant de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
o dépenses de santé actuelles : ces frais doivent être justifiés et les demandes présentées au titre des soins dispensés du 01/09/2020 au 03/09/2020 d'un montant de 18,99 € et celles au titre d'une consultation en date du 22/09/2020 d'un montant de 6,90 € ne peuvent être imputables au manquement retenu par les experts, car postérieurs à la date de consolidation et ne relevant pas des dépenses de santé futures en lien avec le manquement ;
o dépenses de santé futures : ces dépenses, liées à la réhabilitation dentaire ne sont pas imputables au manquement retenu par les experts ;
o déficit fonctionnel temporaire : il convient de retenir une somme journalière de 13 euros, soit une somme totale de 677,30 euros ;
o souffrances endurées : la somme de 850 euros paraît satisfactoire ;
o la somme allouée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative devra être réduite compte tenu des circonstances de l'espèce.
o l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de la CPAM est imprécise.
Par un mémoire enregistré le 10 novembre 2022, la CPAM de l'Hérault demande au tribunal de condamner le CHU de Montpellier à lui verser la somme de 1 848,07 euros avec intérêts au taux légal en remboursement des prestations versées à son assurée, ainsi que sa condamnation à lui verser la somme de 616,02 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 1 800 euros par ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Montpellier du 8 décembre 2020.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Le Junter, représentant le CHU de Montpellier.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a subi le 17 avril 2019 au CHU de Montpellier une biopulpectomie programmée d'une dent présentant une carie volumineuse. Mme B demande au tribunal de condamner le CHU de Montpellier à lui verser la somme de 21 647,29 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'un manquement fautif survenu lors de sa prise en charge par cet établissement de santé.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, () tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction et du rapport d'expertise du 18 novembre 2020 , qu'au cours du traitement visant à réaliser une biopulpectomie de la dent cariée de Mme B, l'étudiant assurant sa prise en charge a lâché un instrument endodontique de type foret dentaire " lime K " de longueur 25 mm et de diamètre 20/100, qui a été inhalé par la patiente, provoquant toux, dyspnée résistante à la Ventoline et douleur thoracique. Mme B a été transportée au service des urgences, et le corps étranger a été retiré sans problème particulier le lendemain au cours d'une fibroscopie sous anesthésie générale, Mme B regagnant son domicile le jour même. Les experts relèvent sans être contestés que les actes dentaires n'ont pas été réalisés dans les règles de l'art, le praticien s'abstenant de poser un champ opératoire par digue caoutchouc isolant la dent de la cavité buccale, comme le recommandent les données acquises de la science ainsi que la haute autorité de santé. Dans ces conditions, le CHU de Montpellier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices :
4. Il ressort du rapport d'expertise que l'état de santé de Mme B, née le 26 avril 1996, était consolidé au 1er septembre 2020.
Quant aux frais divers :
5. En premier lieu, lorsque les frais d'avocat exposés lors de l'assistance à la procédure d'expertise et de règlement amiable sont utiles, le lien entre la faute commise et ces dépenses doit être regardé comme direct.
6. Mme B demande le remboursement de la somme de 1 500 euros versée à son conseil au titre d'honoraires d'assistance à expertise et tentative de transaction amiable et produit à ce titre une facture. Il résulte de l'instruction que ces frais ont présenté un caractère d'utilité. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 1 500 euros.
7. En second lieu, si la requérante indique que la somme de 1 800 euros de frais d'expert judiciaire a dû être réglée par elle suite à l'ordonnance du tribunal administratif, cela est toutefois contredit par une des pièces qu'elle verse elle-même au débat et au terme de laquelle il apparaît que ces frais ont été pris en charge par sa protection juridique. Par suite, elle ne peut se voir allouer cette somme au titre du poste de préjudice " frais divers ".
Quant aux dépenses de santé actuelles :
8. Mme B justifie d'un reste à charge de 30,11 euros pour son transport en ambulance le 17 avril 2019, et il y a lieu de l'indemniser à hauteur de ce montant.
9. Mme B produit une facture du 22 septembre 2020 émise par un chirurgien-dentiste pour un reste à charge de 6,90 euros, ainsi qu'une lettre de relance de la direction des finances publiques portant sur un montant de 18,99 euros de frais de consultation des 1er et 3 septembre 2020. Toutefois, ces actes sont postérieurs à la date de consolidation et leur lien avec l'accident médical du 17 avril 2019 n'est pas établi. Il n'y a dès lors pas lieu de les indemniser.
10. Mme B produit une note de frais du centre hospitalier de Menton pour des actes de soin du 22 juin 2019 à hauteur de 90,36 euros. Il résulte toutefois de l'instruction et du rapport d'expertise que ces dépenses sont liées à une admission aux urgences pour asthme aigu, dont l'aggravation ne peut être retenue comme étant en lien avec l'inhalation du foret dentaire. Il n'y a dès lors pas lieu de l'indemniser.
11. La CPAM de l'Hérault justifie, notamment par la production d'une attestation d'imputabilité établie le 28 octobre 2021 par son médecin-conseil, de frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques et de transport avant consolidation, pour un montant de 1 707,13 euros. Par suite, le montant des débours de santé actuels que le centre hospitalier universitaire de Montpellier doit verser à la CPAM s'élève à la somme de 1 707,13 euros.
Quant aux dépenses de santé futures :
12. Mme B demande l'indemnisation des frais futurs liés au remplacement de sa dent n°36. Selon les experts, cette dent est perdue car trop abîmée, nécessitant une extraction non indiquée au moment des soins du 17 avril 2019 ainsi que son remplacement par une couronne implanto-portée à renouveler tous les 15 ans. Les experts précisent toutefois que le remplacement de cette dent abîmée ne saurait être imputable au centre hospitalier, Mme B refusant de se faire soigner par peur d'un nouvel accident alors qu'il existe des moyens d'aider les patients stressés dans l'accompagnement des soins dentaires. Dans ces conditions, en l'absence de lien direct et certain avec la faute commise, ce chef de préjudice ne saurait être indemnisé.
13. La CPAM fournit une attestation de frais futurs dentaires pour l'avulsion de la dent n°36 sur arcade sans alvéolectomie à hauteur de 33,44 euros et pour la pose d'une couronne dentaire implantoportée à hauteur de 107,50 euros à renouveler tous les 15 ans. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point n°12, ces débours ne sauraient donner lieu à un remboursement par le CHU de Montpellier.
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
14. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire total les 17 et 18 avril 2019 et un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué par l'expert à 10% du 19 avril 2019 au 31 août 2020. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre du déficit fonctionnel temporaire, à raison de 20 euros par jours, en l'évaluant globalement à la somme de 1 042 euros.
Quant aux souffrances endurées :
15. Les experts ont évalué les souffrances endurées par Mme B à 1 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
Sur les sommes due par le CHU de Montpellier :
16. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que le CHU de Montpellier doit être condamné d'une part à verser la somme de 3 572,11 euros à Mme B en réparation de ses préjudices, et d'autre part à verser la somme de 1 707,13 euros à la CPAM de l'Hérault au titre des prestations servies à son assurée, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande formée à l'enregistrement de son mémoire le 10 novembre 2022.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
17. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ". L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe le montant minimal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale à 118 euros et le montant maximal à 1 191 euros.
18. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de condamner le CHU de Montpellier à verser à la CPAM de l'Hérault la somme qu'elle réclame au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, pour un montant de 616,02 euros.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
19. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute personne perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
20. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros, doivent être mis à la charge définitive du CHU de Montpellier.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Montpellier le versement à Mme B de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin de déclaration de jugement commun :
22. Seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative, les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels pourrait préjudicier ce jugement dans des conditions leur ouvrant droit à former tierce-opposition à ce jugement. En l'espèce, la CPAM de l'Hérault a été régulièrement mise en cause et a produit un mémoire. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier est condamné à verser la somme de 3 572,11 euros à Mme B.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault la somme de 1 707,13 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2022.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault la somme de 616,02 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 800 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Montpellier
Article 5 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, au centre hospitalier universitaire de Montpellier, et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.
Copie en sera transmise aux experts.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024 à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 15 juillet 2024.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre délégué chargé de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 16 juillet 2024.
Le greffier,
F. Balicki
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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