jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206097 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, M. B A, représenté par la SEP Armandet - Le Targat, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la communauté de communes région Lézignanaise, Corbières et Minervois à lui verser une somme de 2 717 euros au titre de son préjudice matériel, et 30 619 euros à parfaire au titre de son préjudice de jouissance du fait des désordres subis par sa maison à usage d'habitation en lien avec les travaux publics réalisés en 2017 sur les voies au droit de sa propriété ;
2°) d'enjoindre à la communauté de communes région Lézignanaise, Corbières et Minervois de réaliser les travaux nécessaires prescrits par l'expert judiciaire dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) subsidiairement, de condamner la commune de Fabrezan au versement des mêmes sommes, à la réalisation des mêmes travaux sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte et à ce que soit mise à la charge de la commune de Fabrezan une somme de 3 000 euros au titre des frais du litige.
Il soutient que :
- la responsabilité du maître d'ouvrage peut être engagée, même en l'absence de faute, du fait des dommages causés par les travaux publics aux tiers ;
- il subit un dommage anormal et spécial en lien avec des travaux réalisés par la communauté de communes région Lézignanaise, Corbières et Minervois pour le compte de la commune de Fabrezan ;
- il subit un préjudice matériel à hauteur de 2 717 euros et un préjudice de jouissance à hauteur de 457 euros par mois depuis février 2017 du fait d'infiltrations d'eau ;
- étant donné que les causes du dommage subi sont fautives et ne sont pas résorbées, il y a lieu d'enjoindre à ce que les travaux préconisés par l'expert soient réalisés ;
- si la commune de Fabrezan a eu l'initiative des travaux ou la qualité de maitrise d'ouvrage, il y a lieu de prononcer les condamnations demandées à son encontre.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 23 février, 31 octobre et 8 décembre 2023, la commune de Fabrezan, représentée par la Selarl Lysis Avocats, conclut :
1°) au rejet de la requête, et à titre subsidiaire à ce que la communauté de communes région Lézignanaise, Corbières et Minervois soit condamnée à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
2°) en tout état de cause, au prononcé d'une expertise avant dire droit, au contradictoire de la société Colas, afin de déterminer l'origine et la cause des désordres subis par M. A ;
3°) à la condamnation solidaire de la communauté de communes région Lézignanaise Corbières et Minervois et de la société Colas à lui verser, au titre des travaux de reprise, une somme de 36 102 euros toutes taxes comprises assortie des intérêts au taux légal dans un délai de deux mois à compter du jugement sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) à la condamnation de la communauté de communes région Lézignanaise Corbières et Minervois à lui verser une somme de 9 420,65 euros au titre des frais d'expertise assortie des intérêts au taux légal dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
5°) à ce que soit mise à la charge solidaire de la communauté de communes région Lézignanaise Corbières et Minervois et de la société Colas une somme de 4 000 euros au titre des frais de procédure.
Elle fait valoir que :
- elle a délégué sa maitrise d'ouvrage à la communauté de communes qui est seule responsable des dommages au vu des fautes commises dans l'exécution de son contrat de mandat et des missions qui lui incombaient s'agissant notamment de la conception du projet et de la réception des travaux ;
- elle a subi un préjudice financier de 9 420,65 euros du fait de la prise en charge partielle des frais d'expertise ;
- la communauté de communes devra, le cas échéant, la garantir de toute condamnation eu égard aux missions confiées et aux fautes commises dans la gestion des travaux ;
- il y a lieu d'engager la responsabilité décennale de la société Colas qui a réalisé des travaux qui rendent impropre à l'habitation la maison de M. A, le cas échéant après réalisation d'une expertise sur les conditions d'exécution des travaux confiés ;
- si les travaux de reprise lui incombent du fait de sa compétence en matière de gestion des eaux pluviales, la communauté de communes et la société Colas devront la garantir des dépenses exposées du fait des fautes qu'elles ont commises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, la communauté de communes région Lézignanaise Corbières et Minervois, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et des conclusions formulées à son encontre, à titre subsidiaire, à ce que la commune la garantisse des condamnations prononcées à son encontre et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 3 000 euros au titre des frais de procédure.
Elle fait valoir que :
- elle n'est pas le maître d'ouvrage des travaux publics réalisés et sa responsabilité avec ou sans faute, en cette qualité, ne peut donc être utilement recherchée ;
- les dommages subis par M. A sont sans lien avec les travaux car ils résultent d'un épisode pluvieux exceptionnel et d'une conception défaillante de sa maison ;
- l'appel en garantie de la commune est dénué de fondement juridique ;
- la réception des travaux s'oppose à ce qu'elle soit appelée en garantie par la commune, même en cas de faute ;
- la cause du présent dommage était apparent lors de la réception et s'oppose à ce que la commune lui oppose la garantie décennale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, la société Colas France, venant aux droits de Colas Midi Méditerranée, représentée par la SCP Christol et Inquimbert, conclut au rejet de l'appel en garantie formulé à son encontre par la commune de Fabrezan, formule des réserves quant à la tenue d'une expertise et, en tout état de cause, demande le rejet des prétentions de M. A, la condamnation de la communauté de communes à la garantir des condamnations prononcées le cas échéant à son encontre et que soit mise à la charge de la commune une somme de 3 000 euros au titre des frais du litige.
Elle fait valoir que :
- le rapport d'expertise ne lui est pas opposable car elle n'y était pas partie ;
- la fin des rapports contractuels avec le maître d'ouvrage s'oppose à ce que sa responsabilité soit engagée alors que les dommages en litige ne relèvent pas de la garantie décennale car en lien avec une conception défaillante des travaux demandés et visibles lors de la réception des travaux ;
- aucun lien n'est établi entre les travaux qu'elle a réalisés et les préjudices allégués par le requérant qui sont en lien avec un défaut d'étanchéité de sa construction et un évènement pluvieux exceptionnel ;
- le préjudice de jouissance n'est pas établi s'agissant d'une remise ;
- des réserves sont faites sur l'organisation d'une nouvelle expertise alors que celle déjà réalisée n'a pas conclu à l'existence d'un lien entre la réalisation même des travaux et les préjudices subis par M. A.
Vu :
- l'ordonnance du tribunal administratif de Montpellier n° 2003830 du 13 octobre 2020 et l'ordonnance n° 2004539 de ce même tribunal du 13 novembre 2020 prescrivant une expertise ;
- l'ordonnance du 9 mars 2022 prise dans les instances précitées taxant les frais d'expertise à la somme de 18 841,30 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,
- les observations de Me Le Junter, représentant M. A, celles de Me Senanedesch, représentant la communauté de communes région Lézignanaise, Corbières et Minervois et celles de Me Montepini, représentant la commune de Fabrezan.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, propriétaire d'une maison à usage d'habitation dans la commune de Fabrezan, a constaté des infiltrations d'eaux pluviales et une humidité anormale depuis la réalisation de travaux publics sur des voies bordant son immeuble. Par ordonnance du 13 octobre 2020, le juge des référés a ordonné une expertise portant sur la nature ainsi que la cause et l'origine des désordres. L'expert a rendu son rapport le 9 février 2022. Par la présente requête
M. A demande, à titre principal, la condamnation de la communauté de communes région Lézignanaise Corbières et Minervois à l'indemniser de son préjudice matériel à hauteur de 2 717 euros et de son préjudice de jouissance à hauteur de 457 euros par mois depuis février 2017. Il demande, par ailleurs, qu'il soit enjoint à la collectivité de faire réaliser les travaux prescrits par l'expert afin de faire cesser les désordres qui affectent sa résidence. A titre subsidiaire, dans le cas où la commune de Fabrezan serait reconnue maitre d'ouvrage des travaux publics en litige, il demande que les condamnations précitées soient prononcées à son encontre.
2. La communauté de communes et la commune présentent chacune des appels en garantie croisés et la commune de Fabrezan appelle également en garantie la société Colas à qui fut confiée l'exécution des travaux.
Sur la matérialité des désordres et le lien avec les travaux publics :
3. Il résulte de l'instruction que les travaux menés en 2017 sur le territoire de la commune de Fabrezan ont notamment eu pour objet de modifier le profil de la rue du portail d'Avail, le long de laquelle est implanté l'immeuble de M. A, son profil étant désormais en " V " alors qu'elle était auparavant configurée " en toit ". Du fait de ce changement, les caniveaux latéraux permettant la canalisation et l'évacuation partielle des eaux de ruissellement ont été supprimés. Par ailleurs, la placette située en amont, qui était partiellement en sable stabilisé, est désormais entièrement imperméabilisée.
4. Alors que la rue du portail d'Avail récupère les eaux de pluies, d'un débit supérieur, venant perpendiculairement de la rue de la Gaîté, le nouveau profil de la voie ainsi que l'absence de système efficace d'évacuation des eaux pluviales conduit à ce que ces eaux chassent celles ruisselant sur la rue du portail d'Avail en direction du côté opposé de la voie, où est justement implantée la maison de M. A.
5. La matérialité des désordres subis par la maison du requérant a pu être constatée par l'expert qui a relevé la présence d'humidité sur le mur de façade accolé à la rue du portail d'Avail et les stigmates de l'inondation de son débarras par le fenestron qui s'ouvre sur cette même rue.
6. S'il est soutenu en défense que l'inondation subie par M. A est exclusivement imputable à un épisode pluvieux exceptionnel ayant fait l'objet, le 17 octobre 2018, d'un arrêté portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, ce seul arrêté, bien qu'il inclut la commune de Fabrezan, ne suffit pas à conclure à l'absence de lien entre les travaux en litige et le dommage subi alors, d'une part, qu'aucun désordre n'a été constaté par le passé malgré des évènements pluvieux de forte intensité et, d'autre part, que plusieurs riverains attestent de l'intensification du phénomène de ruissellement des eaux de pluie depuis la réalisation des travaux. Par ailleurs, si l'expert mandaté par le tribunal a effectivement relevé que l'existence de remontées capillaires dans la maison du requérant était sans lien avec la réalisation des travaux publics ci-dessus décrits ou avec le ruissellement des eaux pluviales, mais résultait uniquement de l'absence de rupture de capillarité entre les fondations et les niveaux habitables, ce constat n'exclut pas le lien de causalité entre les travaux et l'humidité quasi-permanente du mur de façade qui rend, aux dires de l'expert, l'habitation impropre à sa destination. Egalement, la circonstance que la maison ne soit pas continuellement habitée et chauffée ne permet pas de conclure que l'humidité constatée ne serait pas, au moins, aggravée par l'humidité du mur de façade du fait du ruissellement des eaux de pluie.
7. Il résulte donc de ce qui précède que le lien de causalité entre les travaux publics réalisés en 2017 sur le territoire de la commune de Fabrezan et les désordres subis par la maison de M. A, consistant en l'inondation de son débarras et l'humidité du mur de façade de sa construction est établi.
Sur la responsabilité du maitre de l'ouvrage :
8. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'ouvrage délégué, et les constructeurs chargés des travaux sont responsables solidairement à l'égard des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public. Ces personnes ne peuvent dégager leur responsabilité que si elles établissent que ces dommages sont imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime, sans que puisse être utilement invoqué le fait d'un tiers. Il appartient au tiers, victime d'un dommage de travaux publics, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre, d'une part, les travaux publics et, d'autre part, le préjudice dont il se plaint. Enfin, ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
9. Aux termes de l'article 3 de la loi du 12 juillet 1985 ci-dessus visée relative à la maitrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maitrise d'œuvre privée, alors en vigueur : " Dans la limite du programme et de l'enveloppe financière prévisionnelle qu'il a arrêtés, le maître de l'ouvrage peut confier à un mandataire, dans les conditions définies par la convention mentionnée à l'article 5, l'exercice, en son nom et pour son compte, de tout ou partie des attributions suivantes de la maîtrise d'ouvrage : 1° Définition des conditions administratives et techniques selon lesquelles l'ouvrage sera étudié et exécuté ; 2° Préparation du choix du maître d'œuvre, signature du contrat de maîtrise d'œuvre, après approbation du choix du maître d'œuvre par le maître de l'ouvrage, et gestion du contrat de maîtrise d'œuvre ; 3° Approbation des avant-projets et accord sur le projet ; 4° Préparation du choix de l'entrepreneur, signature du contrat de travaux, après approbation du choix de l'entrepreneur par le maître de l'ouvrage, et gestion du contrat de travaux ; 5° Versement de la rémunération de la mission de maîtrise d'œuvre et des travaux ; 6° Réception de l'ouvrage, et l'accomplissement de tous actes afférents aux attributions mentionnées ci-dessus. Le mandataire n'est tenu envers le maître de l'ouvrage que de la bonne exécution des attributions dont il a personnellement été chargé par celui-ci. Le mandataire représente le maître de l'ouvrage à l'égard des tiers dans l'exercice des attributions qui lui ont été confiées jusqu'à ce que le maître de l'ouvrage ait constaté l'achèvement de sa mission dans les conditions définies par la convention mentionnée à l'article 5. Il peut agir en justice ".
10. Il résulte de la convention, conclue le 19 janvier 2017 entre la commune de Fabrezan et la communauté de communes région Lézignanaise Corbières et Minervois, que les travaux ont été réalisés par la communauté de communes, pour le compte de la commune, sous mandat de maîtrise d'ouvrage. Il était prévu la mise à disposition par la communauté de communes de matériels, une exécution des travaux par ses soins, un paiement des travaux par la commune auprès de la communauté de communes après réception et un contrôle de la conformité des ouvrages par la commune. Le devis des travaux, annexé à ladite convention, mentionne des travaux sur le réseau d'alimentation en eau potable et de raccordement de chaussée impliquant la modification des dispositifs d'évacuation des eaux pluviales. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que si les travaux ont été réalisés par la communauté de communes, celle-ci a agi conformément au mandat donné par la commune de Fabrezan, au nom et pour le compte de cette dernière. Dès lors, la commune de Fabrezan, qui dispose de la compétence en matière de gestion des réseaux d'alimentation en eau potable et de la gestion des eaux pluviales, est le maître d'ouvrage des travaux réalisés pour son compte en 2017.
11. Alors que M. A entend rechercher en priorité la responsabilité du maitre d'ouvrage et non celle des participants à l'exécution des travaux en litige, il y a lieu d'engager la responsabilité de la commune de Fabrezan.
Sur les préjudices subis par M. A :
12. Les dommages invoqués par M. A présentent un caractère accidentel dans la mesure où ils ne sont pas inhérents à l'existence de la voie ou du système d'évacuation des eaux pluviales mais résultent du défaut de dispositif d'évacuation des eaux pluviales adapté à la nouvelle configuration de la voie.
13. Le préjudice matériel dont fait état M. A, évalué à 2 717 euros en vertu d'un devis versé aux débats, correspond à la reprise d'un revêtement en placo sur une surface de 16 m². Si l'expert a estimé qu'un autre devis présenté par le requérant, d'un montant de 2 475 euros, visant au traitement des remontées capillaires ne correspondait pas à un préjudice matériel en lien avec les travaux publics, le devis désormais versé aux débats, qui correspond vraisemblablement à la reprise de la seule partie de l'habitation effectivement inondée correspond à un préjudice certain et justifié. Enfin, alors même que ce devis a été établi le 1er juin 2022, soit postérieurement à l'expertise, la circonstance que le préjudice matériel de M. A ne soit pas détaillé par l'expert ne permet pas d'en écarter la matérialité. Dès lors, il y a lieu de condamner la commune de Fabrezan à verser cette somme à M. A.
14. Par ailleurs, M. A se prévaut d'un préjudice de jouissance du fait du caractère impropre à l'habitation de sa maison. L'usage exclusivement secondaire de cette maison n'exclut pas l'existence d'un préjudice de jouissance. Toutefois, la somme demandée par le requérant évaluée à 417 euros par mois depuis la réalisation des travaux n'est nullement justifiée. Eu égard à la durée du préjudice subi il en sera fait une juste appréciation en allouant au requérant une somme de 5 000 euros sur ce fondement.
Sur l'injonction à la réalisation des travaux :
15. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
16. Il résulte des éléments précités que les dommages subis par M. A trouvent leur origine dans une conception défectueuse du système communal d'évacuation des eaux pluviales à la suite de réalisation de travaux de voirie. Il n'est pas contesté que les troubles en litige perdurent du fait de l'absence de réalisation de travaux qui permettraient la canalisation et l'évacuation des eaux de pluie. L'expert mandaté par le Tribunal a estimé le coût des travaux de reprise à 36 102 euros toutes taxes comprises correspondant à un reprofilage de la chaussée de la rue de la Gaité, la pose d'avaloirs, de caniveaux à grille et d'un caniveau à fente ainsi qu'un traitement d'étanchéité du pied de façade de l'immeuble de M. A. Aucun motif d'intérêt général, ou droit de tiers, ne justifie l'abstention de la commune à la réalisation de ces travaux qui semblent à même de résoudre les désordres liés au ruissellement excessif des eaux pluviales. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Fabrezan de procéder à la réalisation des travaux tels que préconisés par l'expert dans son rapport déposé le 9 février 2022. Un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement sera laissé à la commune pour procéder à l'exécution et la réception des travaux dont la durée est estimée à deux semaines. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les appels en garantie :
17. Si la fin des rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et l'entrepreneur, ou le cas échéant son mandataire, consécutive à la réception sans réserve d'un marché de travaux publics, fait obstacle à ce que, sauf clause contractuelle contraire, l'entrepreneur soit ultérieurement appelé en garantie par le maître d'ouvrage pour des dommages dont un tiers demande réparation, la responsabilité de l'entrepreneur envers le maître d'ouvrage peut toutefois être recherchée sur le fondement de la garantie décennale si le dommage subi par le tiers trouve directement son origine dans des désordres affectant l'ouvrage objet du marché.
18. L'article 1792 du code civil, relatif au régime de la garantie décennale prévoit que : " Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination () ".
19. D'une part, il résulte de l'instruction que les travaux ont été réalisés par la société Colas. Si la preuve d'une réception sans réserve de ces travaux n'est pas rapportée, celle-ci n'est contestée par aucune des parties, et la société Colas produit la facture émise le 28 avril 2017 à la suite de la réalisation des travaux. Dès lors, il y a lieu de constater la fin des rapports contractuels entre le maitre d'ouvrage et cette société. Par ailleurs, si l'expert a estimé que l'humidité affectant la maison de M. A la rendait impropre à sa destination, l'ouvrage sur lequel portait les travaux n'est pas impropre à sa destination. En effet, alors même qu'aucune précision n'est apportée par la commune sur les motifs qui ont conduit à la réalisation des travaux, il ne résulte pas de l'instruction que ces derniers auraient été réalisés de façon non conforme aux engagements contractuels ou aux objectifs poursuivis. Dans ces conditions, les désordres en litige ne relèvent pas, ainsi que le fait valoir en défense la société Colas, du régime de la garantie décennale et l'appel en garantie formulée par la commune à l'encontre de la société Colas doit être rejeté.
20. D'autre part, bien que les parties ne soient pas en mesure d'apporter la preuve d'une réception par la commune de Fabrezan des travaux en litige, après contrôle de leur conformité et établissement d'un procès-verbal de récolement, cette réception n'est pas sérieusement contestée par les parties alors que les travaux ont été achevés en février 2017 sans qu'il soit fait état de réserves. Dès lors, il y a lieu de constater la fin des rapports contractuels entre la communauté de communes, mandataire de la commune, et cette dernière. Par ailleurs, eu égard à l'absence de précision quant aux motifs de réalisation des travaux, à l'imprécision des missions effectivement confiées à la communauté de communes et aux conditions effectives de conception des ouvrages réalisés, alors au demeurant qu'aucun élément ne permet de douter d'une réalisation des travaux conformément aux instructions de la commune, la responsabilité de la communauté de communes ne peut être recherchée sur le fondement de la garantie décennale, ou en tout état de cause, sur le fondement des engagements contractuels pris.
21. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les appels en garantie formés par la commune de Fabrezan à l'encontre de la communauté de communes et de la société Colas, sans qu'il soit besoin de prescrire l'organisation d'une nouvelle expertise au contradictoire de cette dernière société.
Sur les dépens :
22. En vertu de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ". Les frais et honoraires d'expertise ont été taxés à la somme de 18 841,30 euros toutes taxes comprises par ordonnance du président du tribunal administratif de Montpellier en date du 9 mars 2022 et mis à la charge à parts égales de la communauté de communes et de la commune. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge définitive de chacune de ces deux parties les frais avancés.
Sur les frais du litige :
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Fabrezan une somme de 1 500 euros à verser à M. A ainsi qu'une somme de 1 000 euros à verser à la société Colas au titre des frais exposés par eux en défense et non compris dans les dépens, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu de condamner M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, à verser une somme à la communauté de communes région Lézignanaise Corbières Minervois sur ce même fondement. Egalement, il n'y a pas lieu de condamner la communauté de communes région Lézignanaise Corbières Minervois ou la société Colas, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, à verser une somme à la commune de Fabrezan sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Fabrezan versera une somme de 7 717 euros à M. A en réparation des préjudices subis.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Fabrezan de procéder à la réalisation des travaux tels que préconisés par l'expert dans son rapport déposé le 9 février 2022 et à leur réception dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est mis à la charge de la commune de Fabrezan une somme de 1 500 euros à verser à M. A ainsi qu'une somme de 1 000 euros à verser à la société Colas sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de l'ensemble des parties est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B A, à la commune de Fabrezan, à la communauté de communes région Lézignanaise Corbières et Minervois et à la société Colas.
Copie en sera transmise, pour information, à l'expert désigné par le Tribunal.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
A. Lesimple
Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 27 juin 2024.
La greffière,
M-A Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026