mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206434 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
| Avocat requérant | MISSLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 décembre 2022, le 9 janvier 2023, le 8 mai 2023 et le 22 avril 2024, Mme B C, représentée par Me Misslin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a refusé de lui accorder une remise de deux indus de revenu de solidarité active d'un montant total de 2 517,27 euros pour la période du 1er juillet 2021 au 30 juin 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales lui a notifié des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 2 517,27 euros, d'aide personnalisée au logement d'un montant de 320 euros et de prestations familiales d'un montant de 515,73 euros.
3°) d'annuler la décision du 23 juillet 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 228,67 euros.
4°) à titre principal de la décharger totalement de ses dettes ;
5°) à titre subsidiaire de la décharger partiellement de ses dettes ;
6°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'incompétence ;
- elle est de bonne foi ;
- elle se trouve dans une situation précaire ;
- elle n'a pas été destinataire du courrier l'invitant à communiquer au département des pièces complémentaires pour l'étude de sa demande de remise de dette.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 avril et 29 mai 2024, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le refus de remise gracieuse est justifié par l'absence de réception de documents complémentaires demandés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requérante n'est pas de bonne foi et elle ne se trouve pas en situation de précarité ;
- les indus sont soldés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 juin 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions relatives aux prestations familiales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Misslin, représentant Mme C.
La clôture de l'instruction a été différée au 10 juillet 2024 à 12 heures.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a bénéficié d'une ouverture de droits au revenu de solidarité active, à compter d'avril 2021, dans le département de l'Hérault. A la suite d'un contrôle de sa situation, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié, par une décision en date du 13 juillet 2022, des indus de revenu de solidarité active d'un montant de 2 517,27 euros, d'aide personnalisée au logement d'un montant de 320 euros et de prestations familiales d'un montant de 515,73 euros. Deux indus de revenu de solidarité active d'un montant de 4 652,01 euros pour la période du 1er juillet 2021 au 31 mars 2022 et de 1 338,69 euros pour la période du 1er avril 2022 au 30 juin 2022 lui ont également été notifiés. Par une décision en date du 23 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 228,67 euros. L'intéressée a formé un recours administratif préalable qui a été rejeté le 28 octobre 2022. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'incompétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Enfin, l'article L. 511-1 de ce code dispose que : " Les prestations familiales comprennent 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; 4°) L'allocation de logement régie par les dispositions du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ; 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; 6°) l'allocation de soutien familial ; 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; 8°) L'allocation forfaitaire versée en cas de décès d'un enfant ; 9°) l'allocation journalière de présence parentale. ".
3. Il résulte de ces dispositions que le juge judiciaire est seul compétent pour connaître des litiges auxquels donne lieu l'application de la législation sur la sécurité sociale qui ne relèvent pas, par leur nature, d'un autre contentieux. Il en est ainsi de la contestation relative aux indus de prestations familiales. Il suit de là que les conclusions de la requête de Mme C relatives à ces prestations doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur le périmètre du litige :
4. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".
5. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite d'un tel recours se substituent nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d'être déférées au juge.
6. Il résulte de l'instruction que Mme C a formé le recours préalable prévu par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles contre les décisions du 13 juillet 2022 et du 23 juillet 2022. D'une part, par une décision du 5 octobre 2022, la caisse d'allocation familiales de l'Hérault a explicitement rejeté sa demande de remise gracieuse au titre de l'indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 320 euros. D'autre part, par une décision du 28 octobre 2022, le président du conseil départemental de l'Hérault a explicitement rejeté sa demande de remise gracieuse au titre des indus de revenu de solidarité active d'un montant respectif de 4 652, 01 euros et de 1 338, 69 euros. Dans ces conditions, les conclusions de Mme C doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre les décisions du 5 octobre 2022 et du 28 octobre 2022 qui se sont substituées à celles des 13 juillet 2022 et du 23 juillet 2022.
Sur la remise gracieuse :
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
8. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent, que les moyens de Mme C contestant la régularité des décisions de récupération des indus sont inopérants dès lors qu'il appartient seulement au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée et de se prononcer lui-même sur la demande.
9. En deuxième lieu, les indus mis à la charge de Mme C résultent de son absence de déclaration aux services de la caisse d'allocations familiales de ses revenus perçus au titre d'un stage effectué dans le cadre d'une formation débutée en mai 2021. Mme C ne conteste pas le bien-fondé des indus mais fait valoir qu'elle est de bonne foi dès lors qu'il s'agit d'une omission indépendante de sa volonté, et qu'elle se trouve dans une situation financière précaire. Toutefois, Mme C a continué à adresser ses déclarations de ressources sans signaler l'ensemble de ses ressources. Dans ces conditions et eu égard à l'importance et à la répétition des manquements de Mme C à ses obligations déclaratives révélés à l'occasion d'un contrôle de sa situation, cette dernière doit être regardée comme ayant procédé à de fausses déclarations. Par suite, cette circonstance fait obstacle à ce que puisse lui être accordée une remise de ses dettes. En tout état de cause, et au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C serait dans une situation de précarité telle qu'il lui serait impossible de rembourser sa dette, y compris selon un échéancier qu'il lui appartient de solliciter auprès de la caisse d'allocations familiales.
Sur les frais liés au litige :
10. Le département de l'Hérault n'étant pas partie perdante dans la présente instante, les conclusions de Mme C tendant à ce que soit mise à sa charge une somme sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions relatives à l'indu de prestations familiales sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au département de l'Hérault, à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et à Me Misslin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2024.
Le président,
D. A
La greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet de l'Hérault en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 août 2024.
La greffière,
F. Roman
No 2206434
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026