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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300020

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300020

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300020
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPrésidente QUEMENER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier était saisi par Mme C d’une opposition à une contrainte émise par la CAF de l’Hérault pour le recouvrement d’un indu de prime d’activité et d’allocation de rentrée scolaire. Le tribunal s’est déclaré incompétent pour connaître de l’indu d’allocation de rentrée scolaire, relevant que ce litige relève de la compétence du juge judiciaire en application des articles L. 211-16 du code de l’organisation judiciaire et L. 142-1 du code de la sécurité sociale. S’agissant de l’indu de prime d’activité, il a rejeté l’exception de non-lieu à statuer soulevée par la CAF, estimant que le jugement antérieur n’avait pas autorité absolue de chose jugée sur la contrainte. La solution retenue est un rejet partiel pour incompétence et un rejet au fond pour le surplus.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 janvier 2023 et le 4 novembre 2024, Mme A C, doit être regardée comme formant opposition à la contrainte émise à son encontre le 15 décembre 2022 par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault pour le recouvrement d'un indu de prime d'activité et d'un indu d'allocation de rentrée scolaire à hauteur d'une somme totale de 9 330,13 euros pour la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2019.

Elle soutient que :

- elle n'a pas fraudé ;

- aucun contradictoire n'a été mis en œuvre par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lors de son contrôle ;

- l'indu n'est pas fondé ;

- l'action en recouvrement est prescrite.

Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 9 juillet et 8 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au non-lieu à statuer et au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'ordre juridictionnel administratif est incompétent pour statuer sur l'indu de prestations familiales ;

- la requête est sans objet dès lors que la juridiction administrative et la juridiction judiciaire ont déjà statué sur le bien-fondé de l'indu et son caractère frauduleux.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions relatives à l'indu d'allocation de rentrée scolaire.

Vu :

- le jugement n° 2003414 du 10 février 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 novembre 2024 à 14 heures en présence de Mme Roman, greffière.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C forme opposition à la contrainte émise à son encontre par le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault le 15 décembre 2022 pour le recouvrement d'indus de prime d'activité et d'allocation de rentrée scolaire d'un montant total de 9 330,13 euros pour la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2019.

Sur l'incompétence de la juridiction administrative concernant l'indu d'allocation de rentrée scolaire :

2. Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Enfin, l'article L. 511-1 de ce code dispose que : " Les prestations familiales comprennent 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; 4°) L'allocation de logement régie par les dispositions du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ; 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; 6°) l'allocation de soutien familial ; 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; 8°) L'allocation forfaitaire versée en cas de décès d'un enfant ; 9°) l'allocation journalière de présence parentale. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le juge judiciaire est seul compétent pour connaître des litiges auxquels donne lieu l'application de la législation sur la sécurité sociale qui ne relèvent pas, par leur nature, d'un autre contentieux. Il en est ainsi de la contestation relative aux indus de prestations familiales et notamment de l'allocation de rentrée scolaire. Il suit de là que les conclusions de la requête de Mme C relatives à cette prestation doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée :

4. La circonstance invoquée par la caisse d'allocations familiales que par un jugement devenu définitif du 10 février 2022 le tribunal administratif de Montpellier a rejeté les conclusions de Mme C dirigées à l'encontre de l'indu de prime d'activité mis à sa charge au titre de la période de janvier 2017 à mars 2019, lequel n'est revêtu que de l'autorité relative de chose jugée, n'est pas de nature à priver d'objet la présente requête dirigée contre la contrainte émise à l'encontre de l'intéressée pour avoir paiement de la somme réclamée. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense ne peut être accueillie.

Sur l'indu de prime d'activité :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité :

6. Le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Si Mme C soutient que la caisse d'allocations familiales n'a pas mis en œuvre un contradictoire lors de son contrôle, il résulte de l'instruction que, d'une part, les correspondances échangées entre Mme C et la caisse d'allocations familiales de l'Hérault font état de ce que la caisse a invité la requérante à présenter des éléments nouveaux permettant, le cas échéant, d'infirmer les conclusions du contrôleur et, d'autre part, que la requérante a pu former le recours prévu à l'article L. 842-2 du code de la sécurité sociale et produire ses observations à cette occasion. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé :

7. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité ". Aux termes de l'article L. 842-3 du code précédemment cité : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° ". Selon l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

8. L'article 515-8 du code civil dispose que : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".

9. Il résulte de ces dispositions que pour le bénéfice du revenu de solidarité active et de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. La vie maritale peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

10. Il résulte de l'instruction que par un jugement n° 2003414 du 10 février 2022 et devenu définitif le tribunal administratif de Montpellier a admis, sur la base du rapport d'enquête établi le 6 janvier 2020 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, l'existence d'une vie de couple stable et continue entre Mme C et le père de sa fille, M. B, caractérisée notamment par les liens financiers du couple et leur communauté d'adresse eu égard à l'absence de preuve de l'occupation d'un domicile personnel par Mme C, distinct de celui de M. B sur la période considérée. Dans ces conditions et compte tenu de l'autorité relative de la chose jugée conférée au jugement rendu le 10 février 2022 par le tribunal administratif de Montpellier, c'est à bon droit qu'une communauté de vie entre Mme C et M. B a été retenue au cours de la période de janvier 2017 à octobre 2019 et que les ressources de M. B ont été prises en compte dans celles du foyer pour la période correspondante.

En ce qui concerne la prescription :

11. Aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, applicable à la prime d'activité en vertu de l'article L. 845-4 du même code : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans. () ".

12. En l'espèce, les déclarations erronées de Mme C concernant sa situation familiale et les revenus de son foyer, de façon réitérée sur une longue période, doivent être regardées comme de fausses déclarations faisant obstacle à l'application de la prescription biennale prévue par les dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales a mis à la charge de l'allocataire un indu de prime d'activité sur une période de plus de deux ans.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête concernant la prime d'activité doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions relatives à l'indu d'allocation de rentrée scolaire sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La présidente,

V. DLa greffière,

F. Roman

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 décembre 2024.

La greffière,

F. Roman

No 2300020

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