mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300189 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Présidente QUEMENER |
| Avocat requérant | SELARL VPNG AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 mai et 3 février 2023, Mme B C, conteste les décisions par lesquelles le président du conseil départemental de l'Hérault a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 13 029 euros pour la période du 1er mai 2019 au 30 novembre 2021 et une amende administrative d'un montant de 1 000 euros en raison de manœuvres frauduleuses, ainsi que le remboursement des sommes réclamées.
Elle soutient que :
- elle n'a pas fraudé ; elle ne savait pas qu'elle devait déclarer la reprise de vie commune avec son conjoint dès lors que ce dernier vit à l'étranger ;
- elle se trouve dans une situation financière précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, le département de l'Hérault, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'indu de RSA est fondé ; l'ensemble des ressources n'a pas été déclaré et la réalité de la résidence sur le territoire français n'est pas établie :
- l'amende administrative est fondée ; la requérante s'est livrée à de fausses déclarations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 novembre 2024 à 14 heures.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a bénéficié A ouverture du droit au revenu de solidarité active dans le département de l'Hérault à compter de mars 2017. A la suite d'un contrôle de sa situation, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié, par une décision du 17 mai 2020, un indu d'un montant total de 13 029 euros. Le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé le 30 mai suivant à l'encontre de cet indu a été rejeté par le président du conseil départemental de l'Hérault, par une décision 8 août 2022. Par un courrier du 17 octobre 2022, elle a été informée par cette même autorité de son intention de lui infliger une amende administrative et invitée à produire ses observations. Par un courrier du 11 novembre 2022, elle a contesté les manœuvres frauduleuses retenues à son encontre. Par une décision du 1er décembre 2022, le président du conseil départemental de l'Hérault a indiqué à Mme C que l'indu mis à sa charge avait été confirmé par une décision du 8 août 2022 devenue définitive. Par une décision du 29 novembre 2022, le président du conseil départemental de l'Hérault lui a confirmé l'amende administrative mise à sa charge pour un montant de 1 000 euros. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation des décisions du 8 août 2022 et du 29 novembre 2022 du président du conseil départemental de l'Hérault.
Sur l'indu de revenu de solidarité active :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-9 même code prévoit que : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période A durée déterminée, pour : 1° A personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; 2° A femme isolée en état de grossesse, ayant effectué la déclaration de grossesse et les examens prénataux. La durée de la période de majoration est prolongée jusqu'à ce que le dernier enfant ait atteint un âge limite. Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". En vertu de l'article L. 262-3 dudit code, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".
4. Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".
5. Il résulte des dispositions susvisées que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. La vie maritale peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête du 29 avril 2022 établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et dont les constatations de fait font foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme C est mariée à M. C depuis le 17 août 1987. Si Mme C est hébergée en France chez ses enfants, et que son mari réside en Algérie, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle soutient s'être séparée, puis réconciliée avec son époux, qu'ils ont en outre un compte joint qui est toujours actif et que son époux lui rend des visites régulières. Si M. C ne verse pas de pension alimentaire à Mme C, celle-ci n'a pas fait valoir ses droits à cette pension. Au surplus, leur séparation géographique résulte, selon la requérante, du fait qu'elle ne dispose pas d'un logement personnel en France. Par suite, en soutenant simplement qu'elle est de bonne foi et qu'elle se trouve dans une situation financière précaire, Mme C ne peut être regardée comme remettant sérieusement en cause les constatations du rapport d'enquête, dont il résulte une vie commune et, par suite, le bien-fondé de l'indu mis à sa charge.
7. Il résulte de ce qui précède, que sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, que les conclusions de la requête de Mme C dirigées contre la décision en date du 8 août 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault lui a confirmé un indu de revenu de solidarité active de 13 029 euros pour la période du 1er mai 2019 au 30 novembre 2021, doivent être rejetées.
Sur l'amende administrative :
8. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible A amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental () ". Il résulte de ces dispositions que le président du conseil départemental peut sanctionner, par l'amende administrative qu'elles prévoient, des fausses déclarations ou des omissions délibérées de déclaration ayant abouti à un versement indu du revenu de solidarité active.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que Mme C a persisté à se déclarer isolée alors qu'elle menait une vie de couple. Elle doit par suite être regardée comme s'étant livrée à de fausse déclarations, et c'est par suite, sans méconnaître l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles précité, que le président du conseil départemental de l'Hérault a pu lui infliger une amende administrative de 1 000 euros.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de l'Hérault.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
La présidente,
V. DLa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 décembre 2024.
La greffière,
F. Roman
No 2300189
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