mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300199 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Présidente QUEMENER |
| Avocat requérant | NESE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 janvier 2023, 27 septembre 2024 et 28 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Nese, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales lui a notifié un indu de prime d'activité d'un montant de 5 358,12 euros, ainsi que la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté son recours administratif et confirmé cet indu ;
2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Il soutient que :
- il aurait dû bénéficier du droit à l'erreur ;
- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'elle devait revoir ses droits au motif qu'il devait être considéré comme un salarié du fait de son statut de gérant égalitaire alors qu'il se trouve dans un cas de cogérance majoritaire ;
- la caisse d'allocations familiales ne saurait fonder l'indu litigieux sur l'absence de déclaration d'une pension de vieillesse alors que ce motif ne lui a jamais été exposé avant la présente instance ; en outre, la régularisation porte sur un trop-perçu au titre de la période de septembre 2020 à mai 2022 ;
- cette pension de vieillesse consiste en un déblocage anticipé d'une retraite supplémentaire d'un contrat " Madelin " ; il s'agit donc d'un revenu purement ponctuel perçu en novembre 2020 ;
- cette pension de vieillesse ne résulte pas non plus d'un régime obligatoire législatif ou conventionnel ;
- en tout état de cause, il n'a perçu que la somme de 4 387,62 euros sur la somme débloquée ;
- le fait qu'il ait par erreur déclaré aux impôts percevoir des salaires et non des BNC ne doit pas impacter le calcul du montant de sa prime d'activité ;
- étant co-gérant majoritaire et donc non-salarié, il doit pouvoir bénéficier de l'application de l'abattement de 50 % appliqué sur les revenus de non-salariés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 novembre 2024 à 14 heures en présence de Mme Roman, greffière.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a bénéficié d'une ouverture de droits à la prime d'activité dans le département des Pyrénées-Orientales. A la suite d'une divergence constatée entre les ressources déclarées trimestriellement à la caisse d'allocations familiales et le revenu annuel déclaré pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a notifié à M. C, le 18 juillet 2022, un indu de prime d'activité d'un montant de 5 358,12 euros pour la période de septembre 2020 à mai 2022. Par un courrier du 14 septembre 2022, M. C a contesté cet indu par l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire. Le silence gardé sur ce recours a fait naître une décision implicite confirmant cet indu. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / (). ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.
3. Il s'ensuit que les conclusions de la requête de M. C doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision implicite confirmant l'indu mis à sa charge par la décision du 18 juillet 2022.
Sur le bien-fondé de l'indu de prime d'activité en litige :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Aux termes de l'article R. 845-2 du même code : " () Lorsque les bénéfices n'ont pas été imposés, ou ne correspondent pas à une année complète d'activité, et pour les travailleurs indépendants ayant opté pour le régime prévu à l'article L. 133-6-8, les personnes mentionnées à l'article L. 382--3 et les personnes mentionnées à l'article L. 382-15 dont le traitement n'est pas imposé à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires, les revenus professionnels sont calculés par l'organisme chargé du service de la prime d'activité en appliquant au tiers du montant du chiffre d'affaires ou du total des recettes du trimestre précédant l'examen ou la révision du droit, un abattement dont le taux correspond à celui qui est mentionné aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts pour chaque catégorie d'activité mentionnée auxdits articles. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 62 du code général des impôts : " Les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations sont soumis à l'impôt sur le revenu au nom de leurs bénéficiaires s'ils sont admis en déduction des bénéfices soumis à l'impôt sur les sociétés par application de l'article 211, même si les résultats de l'exercice social sont déficitaires, lorsqu'ils sont alloués : Aux gérants majoritaires des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes dans les conditions prévues à l'article 3-IV du décret n° 55-594 du 20 mai 1955 modifié ou dans celles prévues à l'article 239 bis AA ou à l'article 239 bis AB. ".
6. En premier lieu, l'indu en litige trouve son origine dans la discordance constatée entre les déclarations trimestrielles de ressources de M. C dans lesquelles l'intéressé a déclaré les montants qu'il a perçus en revenus non-salariés, et ses déclarations à l'administration fiscale dans la catégorie des " revenus des associés et gérants ". Il résulte en effet de l'instruction que l'administration fiscale a considéré que le statut de M. C, lequel a opté pour l'impôt sur les sociétés, devait être assimilé à celui d'un co-gérant majoritaire dont les revenus sont imposables dans les conditions prévues à l'article 62 du code général des impôts, c'est-à-dire à l'impôt sur le revenu pour ses rémunérations, dans la catégorie des traitement et salaires. Compte tenu de cette qualification, dont le requérant ne remet pas sérieusement en cause la pertinence, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales était fondée à prendre en compte, comme elle l'a fait, les ressources perçues dans la catégorie " salaires " pour calculer les droits de M. C au bénéfice de la prime d'activité sur la période en litige. Dans ces conditions le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
7. En second lieu, si M. C soutient que la caisse d'allocations familiales ne saurait fonder l'indu litigieux sur l'absence de déclaration d'une pension de vieillesse, un tel moyen est néanmoins dépourvu d'incidence sur le bien-fondé de l'indu en litige qui ne trouve pas son origine dans un tel motif.
Sur le droit à l'erreur invoqué par le requérant :
8. Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction pécuniaire ou consistant à la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invité à le faire par l'administration dans le délai que celui-ci a indiqué. () ".
9. La décision par laquelle un trop-perçu de prestation est notifiée à l'allocataire, sans que soit mise à sa charge, en supplément du montant de la prestation reçue à tort, une amende destinée à réprimer les manquements aux obligations déclaratives, ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors que la prestation versée initialement n'était pas due, la récupération de l'indu ne constitue pas davantage la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, M. C ne saurait utilement invoquer un droit à l'erreur.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il s'ensuit que les conclusions présentées à ce titre par M. C, de même que celles présentées au titre des dépens de l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
La présidente,
V. BLa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 décembre 2024.
La greffière,
F. Roman
No 2300199
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