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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300773

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300773

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300773
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationVice-président CORNELOUP
Avocat requérantLACOUR AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 février 2023, régularisée le 13 février 2023, et le 3 avril 2024, M. E B, représenté par Me Lacour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise à son encontre le 11 janvier 2023 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault pour le recouvrement de la somme de 672 euros au titre d'un indu d'allocation de logement sociale pour la période du 1er janvier 2022 au 30 avril 2022 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault de reprendre le versement des aides à l'ensemble des locataires, à l'exception de Mme A, et de procéder au versement rétroactif de l'ensemble des versements depuis l'arrêté de mise en péril ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la contrainte est entachée d'un vice de procédure dès lors que le procédé de mise en demeure préalable à la signification n'a pas été respectée ;

- la contrainte est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'indu est infondé en ce qu'une seule une locataire était concernée par l'arrêté de mise en sécurité et non l'ensemble des locataires de l'immeuble.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, la CAF de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'opposition est irrecevable dès lors que le requérant n'a pas exercé un recours administratif préalable obligatoire ;

- les procédures de notification de l'indu, de la mise en demeure, et de la contrainte sont régulières ;

- l'indu, objet de la contrainte, est fondé dès lors que l'immeuble présente un risque pour la sécurité publique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Corneloup a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire de l'immeuble sis 8 avenue du Colonel C à Béziers. En sa qualité de bailleur, il perçoit le versement direct de l'allocation de logement sociale pour les locataires concernés. Par un arrêté de mise en sécurité du 28 décembre 2021, le maire de Béziers a notamment enjoint à M. B de prendre toutes mesures pour garantir la sécurité publique en procéder au renforcement du plancher haut du 1er étage sous l'emprise du logement de Mme A. Le 11 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a délivré à l'encontre de M. B une contrainte pour le recouvrement d'une somme de 672 euros au titre d'un indu d'allocation de logement sociale pour la période du 1er janvier 2022 au 30 avril 2022. Par la présente requête, M. B forme opposition à ladite contrainte.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la CAF de l'Hérault :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : () 2° Les allocations de logement : / () b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 825-1 du même code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " () le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles / () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification () ".

4. En premier lieu, il résulte de la combinaison des dispositions citées au point 3 que préalablement à l'émission d'une contrainte, l'organisme chargé du service et de l'aide personnelle au logement doit adresser une mise en demeure qui a pour objet principal d'informer l'allocataire sur la nature exacte des sommes qui sont exigées de lui, sur l'origine de sa dette, sur le délai qui lui est imparti pour s'en acquitter et sur les conséquences qui s'attacheraient à un défaut de réponse de sa part.

5. M. B fait valoir qu'il n'a pas été destinataire de la mise en demeure prévue par les dispositions de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale applicables en l'espèce. Il résulte toutefois de l'instruction que le courrier du 4 octobre 2022, adressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, par lequel M. B a été mis en demeure de rembourser la somme de 672 euros, a été distribué par le 12 octobre 2022. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été destinataire de ladite mise en demeure.

6. En second lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement d'un indu d'allocation de logement sociale n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision citées au point 3 ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 2.

7. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. B a ait exercé, dans le délai de deux mois qui lui était imparti, un recours administratif préalable auprès de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault tendant à contester le bien-fondé de l'indu litigieux. Dans ces conditions, M. B ne peut utilement remettre en cause le bien-fondé de l'indu mis à sa charge pour le recouvrement desquels a été émise la contrainte en litige. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la CAF de l'Hérault quant au bien fondé de l'indu doit être accueillie.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à former opposition à la contrainte émise à son encontre le 11 janvier 2023 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault pour le recouvrement de la somme de 672 euros au titre d'un indu d'allocation de logement sociale pour la période du 1er janvier 2022 au 30 avril 2022. Par voie de conséquence, les conclusions fin d'injonction, ainsi que celles relatives au remboursement des frais de justice doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, et à la CAF de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La magistrate désignée,

F. Corneloup

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 22 avril 2024.

La greffière,

M. D

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