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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300850

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300850

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300850
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP PENARD & OOSTERLYNCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2300487 du 13 février 2023, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montpellier le même jour, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête des époux D.

Par cette requête enregistrée le 10 février 2023 et deux mémoires enregistrés les 26 février et 1er septembre 2023, les époux D, demandent au tribunal que :

- l'expert désigné par l'ordonnance de référé rendue le 5 avril 2022 par le tribunal administratif de Nîmes complète son rapport déposé le 16 décembre 2022, dès lors qu'il n'a que partiellement répondu aux missions qui lui ont été confiées.

Ils soutiennent que :

- en sa qualité de collaborateur occasionnel du service public il appartient au juge de demander à l'expert d'effectuer sa mission en totalité, leur contestation de l'article 2 de l'ordonnance se borne ainsi à demander la réalisation complète de la mission de l'expert et non le remboursement des honoraires de l'expert ;

- l'expertise méconnaît le principe du contradictoire ; à deux reprises le juge a vainement invité l'expert à répondre aux dires déposés par les conseils des parties ; l'absence de production de pré-conclusions a privé les parties d'un débat technique, contradictoire et constructif complet ;

- le rapport d'expertise présente des lacunes dès lors que l'expert n'apporte que des réponses partielles aux différentes questions qui lui sont posées ;

- l'expert n'a eu aucune communication de documents techniques concernant la réalisation des travaux émanant de la commune, du maître d'œuvre ou de l'entreprise chargée d'exécuter les travaux ; son rapport ne s'appuie sur aucun élément fourni par les parties ; il a ignoré la demande de transmission du dossier des ouvrages exécutés, formulée par les requérants ;

- concernant l'appréciation des causes des désordres, l'expert se borne à retenir la non -réalisation des travaux de démolition et de reconstruction du mur de soutènement comme unique cause des désordres sans envisager l'existence de manquements lors de l'exécution des travaux d'aménagement de la parcelle communale ; contrairement aux affirmations de l'expert, les travaux sur le mur de soutènement étaient parfaitement réalisables depuis la parcelle communale ; il écarte de manière péremptoire les fissures apparues sur la propriété des requérants sans justifier cette position ;

- concernant l'étendue des préjudices à apprécier, l'expert s'est contenté de soutenir le point de vue de la commune de Caromb en dénonçant la responsabilité partielle des requérants dans la situation litigieuse, nonobstant la position de la cour administrative d'appel dans son arrêt n°18MA11191 et sans tenir compte des chefs de préjudice développés par les requérants ;

- l'expert n'a pas chiffré les travaux nécessaires à réparer les désordres apparus dans l'habitation des requérants, jugeant que ses désordres n'étaient pas en lien avec le litige, il a laissé le chiffrage des travaux de remise en état de l'appentis et jardin à la commune ; il a mis à la charge des requérants les travaux de désamiantage ;

- sur les éléments utiles d'appréciation à communiquer au juge pour évaluer les différentes responsabilités encourues, l'expert s'est borné à relever le refus opposé par les requérants à la demande d'accès à leur propriété pour exécuter les travaux sur le mur de soutènement sans jamais envisager la responsabilité du maître d'ouvrage quant au mauvais choix opéré pour l'exécution des travaux, la responsabilité du maître d'œuvre quant au défaut de conception ou encore la responsabilité de l'entrepreneur du fait de son incompétence.

Par un mémoire, enregistré le 24 août 2023 au greffe, le président du tribunal administratif de Nîmes déclare s'en remettre à la décision du tribunal.

Par un mémoire enregistré le 30 août 2023, M. C, expert, conclut au rejet de la requête.

Par un mémoire, enregistré le 1er septembre 2023, la commune de Caromb, représentée par Me Beveraggi, conclut au rejet de la requête et ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance attaquée du 16 janvier 2023 ;

- l'arrêté du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, en date du 22 avril 2010, pris en application de l'alinéa 2 de l'article R. 761-5 du code de justice administrative ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Souteyrand, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux D sont propriétaires d'une maison ancienne dans la commune de Caromb, sis au 99 rue de la Payanne et située en contrebas d'une parcelle appartenant à cette commune. Dans le cadre de travaux d'aménagement exécutés entre novembre 2013 et mars 2014, la commune de Caromb a transformé la parcelle de terre agricole lui appartenant en un parking public. Depuis l'exécution des travaux d'aménagement de la commune, les requérants subissent des venues d'eau, au travers du mur de soutènement ancien de la parcelle de la commune, mais également à l'intérieur de leur maison au niveau du rez-de-chaussée, dans les locaux contigus. Par une requête enregistrée le 16 décembre 2021, les époux saisissaient d'une demande d'expertise le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes qui y faisait droit par ordonnance du 5 avril 2022. L'expert a remis son rapport le 16 août 2022 et, par une ordonnance de taxation du 16 janvier 2023, le président du tribunal administratif de Nîmes a fixé à 3 221 euros TTC les frais et honoraires de l'expertise confiée à M. B C les mettant à la charge de M. et Mme A D. Par une requête enregistrée au tribunal administratif de Nîmes le 10 février 2023 sous le n° 2300487, les requérants ont souhaité contester l'article 2 de l'ordonnance de taxation prise en date du 16 janvier 2023 sur le fondement de l'article R.761-5 du code de justice administrative. Par une ordonnance n° 2300487 du 13 février 2023, le président du tribunal administratif de Nîmes a transmis au tribunal administratif de Montpellier le dossier de cette requête en application de l'arrêté du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, en date du 22 avril 2010, pris en application de l'alinéa 2 de l'article R. 761-5 du code de justice administrative.

2. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5./ () Aux termes de l'article R.761-5 du code de justice administrative : " Les parties () peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. () la requête est transmise sans délai par le président de la juridiction à un tribunal administratif conformément à un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux ". Enfin, par un arrêté du 22 avril 2010, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a décidé que les ordonnances de taxation contestées du président du Tribunal administratif de Nîmes seront transmises, en application du deuxième alinéa de l'article R. 761-5 du code de justice administrative, au Tribunal administratif de Montpellier.

3. D'une part, l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise revêt un caractère administratif et non juridictionnel. Le recours dont elle peut faire l'objet en application des dispositions précitées de l'article R. 761-5 du code de justice administrative est un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération.

4. D'autre part, il n'appartient pas au président de juridiction taxant et liquidant les frais d'une expertise par décision administrative sur le fondement de l'article R. 621-11 du code de justice administrative, ni au juge saisi d'un recours contre cette ordonnance, de se prononcer sur la régularité des opérations de l'expertise mais uniquement de déterminer les droits à rémunération de l'expert au regard notamment de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert. Il incombe toutefois au juge de prendre en considération, le cas échéant, les décisions juridictionnelles rendues sur une action en récusation de l'expert ou statuant au fond sur le litige ayant donné lieu à l'expertise.

5. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne peuvent utilement saisir le Tribunal sur le fondement de l'article R. 761-5 du code de justice administratif en contestation de l'ordonnance de taxation rendue le 16 janvier 2023 en se bornant à demander qu'il soit enjoint à l'expert désigné de compléter son rapport déposé le 16 décembre 2022 dans le cadre de l'expertise ordonnée le 5 avril 2022. Au demeurant, si la requête devait s'analyser comme tendant à l'annulation ou à la réformation de l'article 2 de l'ordonnance en litige, il ressort de la requête qu'en se prévalant, des lacunes du rapport d'expertise, de la méthodologie de l'expert et de la méconnaissance du principe du contradictoire, les requérants se bornent, contrairement à ce qu'ils soutiennent, à critiquer la régularité des opérations menées dans le cadre de l'expertise sans tirer de conséquences sur le montant des honoraires mis à leur charge. Enfin, et en tout état de cause, si les requérants entendaient mettre en cause l'impartialité de l'expert, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'ils auraient demandé sa récusation auprès du président du tribunal administratif de Nîmes.

6.Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme que réclame la commune de Caromb en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Caromb en application de l'article L. 761-1 du code justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée aux époux D, à la commune de Caromb, au président du tribunal administratif de Nîmes et à M. C, expert.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

E. Souteyrand

L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet du Vaucluse en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 28 septembre 2023

La greffière,

M-A. Barthélémy

[BM1]

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