jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300872 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Présidente QUEMENER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 février et le 9 mars 2023, M. C A, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocation familiales de l'Hérault a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un indu de prime exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros, d'un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 2 036 euros, ainsi que trois indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019, 2020 et 2021 pour des montants respectifs de 152, 45 euros ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 305, 55 euros pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2022.
Il soutient qu'il se trouve dans une situation précaire et qu'il est de bonne foi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable ; elle n'a pas été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire tendant à la contestation des indus en litige ; l'acte attaqué tendant à la remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active n'est pas produit ;
- à titre subsidiaire, l'indu de revenu de solidarité active est fondé ; le requérant n'a pas déclaré l'intégralité de ses ressources ;
- la remise gracieuse ne peut être accordée dès lors que la précarité n'est pas établie et que la bonne foi ne peut être retenue étant donné que le requérant a réalisé des fausses déclarations.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- aucune remise gracieuse ne peut être accordée, le requérant ne peut être regardé comme étant de bonne foi ;
- à titre subsidiaire, les indus sont fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 12 novembre 2024 à 14 heures en présence de Mme Roman, greffier d'audience.
La clôture de l'instruction a été différée au 19 novembre 2024 à 12 heures.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a bénéficié d'une ouverture de droits à l'allocation de logement sociale, à la prime exceptionnelle de solidarité, au revenu de solidarité active, à la prime exceptionnelle de fin d'année 2019, à la prime exceptionnelle de fin d'année 2020, et à la prime exceptionnelle de fin d'année 2021 dans le département de l'Hérault. Par une décision du 26 septembre 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié des indus d'un montant total de 18 978, 90 euros pour la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2022, composé d'un indu de prime exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros, d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 16 305, 55 euros, de trois indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019, 2020 et 2021 pour des montants respectifs de 152, 45 euros et d'un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 2 036 euros. Par un courrier du 2 novembre 2022, il a demandé une remise gracieuse de ses dettes. Par une décision en date du 21 janvier 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a rejeté sa demande de remise gracieuse. Par une décision implicite, le président du conseil départemental de l'Hérault a rejeté sa demande de remise gracieuse. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de ces décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une autorité administrative incompétente, cette dernière la transmet à l'autorité administrative compétente et en avise l'intéressé. ". Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'autorité initialement saisie. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active à qui une décision de récupération de sommes indûment perçues au titre de cette allocation a été notifiée adresse à une autorité administrative incompétente le recours administratif préalable en vue de contester en tout ou partie le caractère indu des montants correspondants, ce recours préalable est réputé, à l'issue du délai de deux mois courant à compter de la date de sa réception par cette autorité, avoir été implicitement rejeté par l'autorité administrative compétente.
4. Il résulte de l'instruction que M. A a saisi le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault d'un recours administratif dirigé, tant contre la décision de cette autorité du 26 septembre 2022, que contre l'indu de revenu de solidarité active. Par ailleurs, compte tenu des termes de ce recours, M. A doit être regardé comme ayant non seulement contesté le bien-fondé des indus, mais également invoqué sa bonne foi et sa situation de précarité dans le but d'en obtenir la remise gracieuse. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, que le recours dirigé contre l'indu de revenu de solidarité active, adressé à tort à la caisse d'allocations familiales, est réputé avoir été transmis par cet organisme au président du conseil départemental de l'Hérault, dont le silence a fait naître une décision implicite de rejet. Il s'ensuit que contrairement à ce qui est opposé en défense, le recours administratif présenté par M. A a fait naitre non seulement la décision explicite de refus de remise gracieuse du 24 janvier 2023 du directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, mais également une décision implicite de refus de remise gracieuse du président du conseil départemental.
Sur la remise gracieuse :
5. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
6. Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : / () / 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, rendu applicable par l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " () par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations () ".
7. Il résulte en outre des termes de l'article 4 du décret n° 2020-519 du 5 mai 2020, de l'article 6 du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019, du décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 et du décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 que tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application de ces décrets est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue.
8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aides personnelles au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
9. Il résulte de l'instruction que les indus mis à la charge de M. A résultent de son absence de déclaration de l'ensemble de ses ressources, à savoir ses indemnités maladie depuis 2019 et sa pension d'invalidité depuis 2021. Dans ces conditions, et eu égard à l'importance et à la répétition des manquements de M. A à ses obligations déclaratives, révélés à l'occasion d'un contrôle de sa situation, ce dernier doit être regardé comme ayant procédé à de fausses déclarations. Par suite, cette circonstance fait obstacle à ce que puisse lui être accordée une remise gracieuse de ses dettes.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes, au département de l'Hérault et à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La présidente,
V. BLa greffière,
F. Roman
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et au préfet de l'Hérault, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 décembre 2024.
La greffière,
F. Roman
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026