jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2301485 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | magistrat COUEGNAT |
| Avocat requérant | VICTOR AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, régularisée le 22 mars 2023 et complétée par des pièces le 26 mai 2023, Mme A D demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Aude a refusé de lui accorder la remise de sa dette correspondant à un indu de prestations sociales ;
2°) de lui accorder une remise totale ou partielle de sa dette.
Elle soutient que :
- la caisse lui réclame la somme de 9 619,13 euros d'allocation adulte handicapé plus 624 euros d'allocation logement de trop perçu de son mari, car elle a omis de régulariser sa situation auprès de la caisse d'allocations familiales lors de sa reprise en 2017, après avoir été en maladie pendant plusieurs années ;
- si elle a fait face aux frais d'obsèques de son mari, décédé en avril 2022, elle a actuellement un dossier de surendettement auquel s'ajoute le prêt de sa maison et de sa voiture ; elle sollicite donc soit l'effacement total ou partiel de la dette, soit un échéancier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Aude, représentée par Me Font, conclut :
1°) au rejet de la requête comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître s'agissant de la demande de remise de dette d'un indu d'allocation aux adultes handicapés ;
2°) au rejet du surplus de la requête ;
3°) à la condamnation de Mme D à lui verser la somme de 624 euros correspondant à l'indu d'allocation de logement sociale pour la période du 1er juin 2020 au 30 avril 2022 ;
4°) à la condamnation de Mme D à lui verser la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la demande de remise de dette s'agissant de l'indu d'allocation aux adultes handicapés à hauteur de 9 619,13 euros sera rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, le pôle social près le Tribunal judiciaire étant compétent en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire ;
- le bien fondé de l'indu d'allocation de logement sociale, qui résulte de la prise en compte de la reprise non déclarée d'activité professionnelle de Mme D depuis septembre 2017, n'est pas contesté ;
- en omettant de déclarer pendant une durée de cinq années qu'elle avait repris son activité professionnelle, Mme D s'est rendue coupable de fausses déclarations qui font obstacle, en application des articles L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et L. 553-2 alinéa 5 du code de la sécurité sociale à toute remise de dette ;
- compte tenu de son salaire de 1 571 euros par mois, Mme D ne présente pas une situation de précarité qui ferait obstacle au remboursement au besoin échelonné de sa dette.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge statuant seul en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par décision du 3 juin 2022, faisant suite à l'actualisation de son dossier par la requérante après le décès de son époux, la caisse d'allocations familiales de l'Aude a mis à la charge de Mme D des indus d'allocation de logement sociale et d'allocation aux adultes handicapés d'un montant total de 10 243,13 euros. Par courrier du 9 juin 2022, Mme D a sollicité une remise gracieuse de sa dette. Par deux décisions du 31 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Aude a rejeté ses demandes. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant l'annulation de ces deux décisions par lesquelles la caisse d'allocations familiales de l'Aude a refusé de lui accorder une remise gracieuse totale des indus d'allocation de logement sociale et d'allocation aux adultes handicapés.
Sur les conclusions relatives à l'allocation aux adultes handicapés :
2. Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole, à l'exception des litiges relevant du contentieux technique de la sécurité sociale ; () ". Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant sur le territoire métropolitain () ayant dépassé l'âge d'ouverture du droit à l'allocation prévue à l'article L. 541-1 et dont l'incapacité permanente est au moins égale à un pourcentage fixé par décret perçoit, dans les conditions prévues au présent titre, une allocation aux adultes handicapés ". En outre, le cinquième alinéa de l'article L. 821-5 du même code, relatif à l'allocation aux adultes handicapés, prévoit que " Les différends auxquels peuvent donner lieu l'application du présent titre et qui ne relèvent pas d'un autre contentieux sont réglées suivant les dispositions régissant le contentieux général de la sécurité sociale ". Par ailleurs, l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire prévoit que : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent du code de la sécurité sociale et du code de l'organisation judiciaire qu'il n'appartient qu'à l'ordre judiciaire de connaître des litiges relatifs à l'allocation aux adultes handicapés. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception d'incompétence opposée par le défendeur et de rejeter les conclusions de la requête concernant le refus de remise de dette s'agissant de l'indu d'allocation aux adultes handicapés de 9 619,13 euros comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur la remise gracieuse au titre de l'indu d'allocation de logement sociale :
4. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553- 2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () Par dérogation aux dispositions précédentes, lorsqu'un indu a été constitué sur une prestation versée en tiers payant, l'organisme peut, si d'autres prestations sont versées directement à l'allocataire, recouvrer l'indu sur ces prestations selon des modalités et des conditions précisées par décret. (). Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
6. Il est constant que l'indu a pour origine la prise en compte des revenus professionnels de la requérante, suite à sa reprise d'activité en septembre 2017, dont elle n'a informé la caisse d'allocations familiales qu'en mai 2022. En se bornant à affirmer qu'elle n'a pas voulu frauder, Mme D n'apporte aucun élément de nature à contester les faits sur lesquels la caisse s'est fondée. Ainsi, en omettant de manière réitérée de déclarer sa reprise d'activité, la requérante s'est rendue coupable de fausses déclarations, ce qui fait obstacle, en application des dispositions citées au point 4, à ce qu'elle puisse prétendre à une remise gracieuse de sa dette. Dès lors, et sans que Mme D puisse utilement faire valoir la précarité de sa situation, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du 31 janvier 2023 du directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Aude et à l'octroi d'une remise gracieuse doivent être rejetées.
Sur les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de l'Aude :
7. En application du principe selon lequel une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, la caisse d'allocations familiales de l'Aude n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner la requérante au paiement des sommes qui lui sont réclamées, dès lors, notamment, qu'elle dispose du pouvoir d'émettre une contrainte qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement, pour le recouvrement desdites sommes.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme D le versement à la caisse d'allocations familiales de l'Aude d'une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées par Mme D tendant à la remise de dette portant sur un indu d'allocation aux adultes handicapés sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de Mme D est rejeté.
Article 3 : Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de l'Aude sont rejetées.
Article 4 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de l'Aude présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la caisse d'allocations familiales de l'Aude.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
La magistrate désignée,
M. C
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 12 septembre 2024
La greffière,
M. B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026