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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302158

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302158

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302158
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET D' AVOCATS PHILIPPE AUDOUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2302158, le 14 avril 2023 et le 6 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Adde Soubra, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née le 2 avril 2023 portant rejet de sa réclamation préalable indemnitaire ;

2°) de condamner la commune de Montpellier à lui verser la somme totale de 16 874,28 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la chute dont elle a été victime le 12 septembre 2021 ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant-dire droit, une expertise médicale afin de déterminer les préjudices en résultant ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la chute dont elle a été victime, dans la nuit du 12 au 13 septembre 2021, résulte d'un défaut d'entretien normal de la voirie qui constitue une faute de l'administration ;

- sa chute n'est pas due à un manque d'attention de sa part, la cavité n'était pas visible notamment au regard du faible éclairage des lieux et de l'absence de balisage de sécurité ;

- son préjudice corporel doit être réparé à hauteur de 7 000 euros ;

- son préjudice esthétique doit être réparé à hauteur de 2 000 euros ;

- son préjudice moral doit être réparé à hauteur de 4 000 euros ;

- son préjudice financier doit être réparé à hauteur de 3 874, 28 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, la commune de Montpellier, représentée par Me Audouin, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que Mme B lui verse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est mal dirigée puisque la compétence en matière de voirie a été transférée à l'établissement de coopération intercommunale Montpellier Métropole Méditerranée en application de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales ;

- la chute de Mme B résulte de son manque de vigilance dans la mesure où l'accident s'est produit en dehors du tracé de la piste cyclable, que l'excavation était de faible importance, que le trottoir était assez large, et que compte tenu de l'alignement des arbres sur une longue distance, elle a manifestement changé de trajectoire pour tomber dans la cavité en roulant probablement à une vitesse excessive avec sa trottinette ;

- le lien de causalité entre la faute alléguée de la commune et les dommages subis, n'est pas établi ;

- il n'est pas établi que la trottinette était équipée d'un dispositif d'éclairage et que Mme B portait un casque et des équipements de protection ;

- la faute de la victime est de nature à exonérer la commune de sa responsabilité.

La procédure a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, qui, en dépit une mise en demeure qui lui a été adressée le 5 avril 2024, n'a pas produit d'observations.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2302998, le 24 mai 2023 et le 6 juillet 2023, Mme B, représentée par Me Adde Soubra, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite, née le 2 avril 2023, portant rejet de sa réclamation préalable indemnitaire ;

2°) de condamner l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole à lui verser la somme totale de 16 874,28 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi en raison de la chute dont elle a été victime le 12 septembre 2021 ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant-dire droit, une expertise médicale afin de déterminer les préjudices en résultant ;

4°) de mettre à la charge de l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- la chute dont elle a été victime, dans la nuit du 12 au 13 septembre 2021, résulte d'un défaut d'entretien normal de la voirie qui constitue une faute de l'administration ;

- le défaut d'entretien de la voie excède le risque auquel un usager normalement attentif pouvait s'attendre dès lors que la cavité n'était pas visible notamment au regard du faible éclairage des lieux, de l'absence de balisage de sécurité, l'absence d'arbre planté dans la cavité de sorte que cette dernière n'était plus un aménagement habituel de la voie publique ;

- son préjudice corporel doit être réparé à hauteur de 7 000 euros ;

- son préjudice esthétique doit être réparé à hauteur de 2 000 euros ;

- son préjudice moral doit être réparé à hauteur de 4 000 euros ;

- son préjudice financier doit être réparé à hauteur de 3 874, 28 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 21 juin et 10 juillet 2023, l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole, représenté par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce que Mme B lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'emplacement de l'excavation dédié à l'implantation d'un arbre constitue un aménagement habituel en bordure de voies publiques, de faible profondeur, et qui se trouve en dehors de la piste cyclable et dans l'alignement d'autres arbres ;

- aucun défaut d'entretien normal de l'ouvrage public n'est constaté ;

- les fautes de Mme B sont à l'origine de ses dommages et, subsidiairement, sont de nature à exonérer la métropole de sa responsabilité ;

- le préjudice corporel de Mme B est évalué à hauteur de 3 000 euros et les autres préjudices ne sont pas établis.

Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Hérault, demande la condamnation de l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole à lui verser une somme de 3 043,17 euros au titre des prestations versées à la suite des blessures subies par Mme B, à parfaire après le dépôt d'un rapport d'expertise.

Elle soutient qu'elle a pris en charge la somme de 3 043,17 euros au titre des dépenses de santé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2014-1605 du 23 décembre 2014 portant création de la métropole dénommée " Montpellier Méditerranée Métropole " ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de Me Moukoko, représentant la commune de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B expose que, circulant à trottinette avenue Théroigne de Méricourt à Montpellier la nuit du 12 septembre 2023, elle a fait une chute dans une excavation creusée pour la plantation d'un arbre, lequel était coupé à cette date. Estimant que la responsabilité de la commune de Montpellier est engagée, en raison d'un défaut d'entretien normal de la voie publique, elle l'a saisie d'une demande préalable indemnitaire. Par un courrier en date du 14 février 2023, l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole a confirmé avoir réceptionné sa demande le 2 février 2023. Dans les présentes requêtes, Mme B demande au tribunal l'annulation de la décision implicite née le 2 avril 2023 rejetant sa demande indemnitaire. En outre, elle demande dans l'instance n° 2302158, la condamnation de la commune de Montpellier à lui verser la somme totale de 16 874,28 euros en réparation de ses préjudices. Dans l'instance n° 2302998, elle demande la condamnation de l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole à lui verser la même somme en réparation de ses préjudices. Dans l'instance n°2302998, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Hérault demande la condamnation de l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole à lui verser une somme de 3 043,17 euros au titre des prestations versées à Mme B.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2302158 et 2302998, qui concernent la même requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. La décision rejetant implicitement la demande préalable d'indemnisation adressée par Mme B à l'établissement public de coopération intercommunale, Montpellier Méditerranée Métropole, a eu pour seul effet de lier le contentieux indemnitaire à l'égard de l'objet de sa demande, qui tend à obtenir l'indemnisation des préjudices dont la requérante se prévaut et a donné à l'ensemble de sa requête, le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, dans les instances nos 2302158 et 2302998, qui sont sans objet, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

4. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

En ce qui concerne la mise en cause de la commune de Montpellier :

5. Il résulte de l'instruction que, par un décret n° 2014-1605 du 23 décembre 2014, la commune de Montpellier a transféré de plein droit, en application de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales, ses compétences en matière de " création, aménagement et entretien de voirie " à la communauté d'agglomération de Montpellier dénommée Montpellier Méditerranée Métropole à compter du 1er janvier 2015. Ce transfert implique que tous les litiges trouvant leur origine dans l'entretien de la voirie ne relèvent plus, après cette date, de la compétence de la commune de Montpellier. Dès lors, et comme le fait valoir en défense la commune de Montpellier, cette dernière doit être mise hors de cause.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête n° 2302158 dirigée contre la commune de Montpellier doit être rejetée.

En ce qui concerne la responsabilité de Montpellier Métropole Méditerranée :

7. Il résulte de l'instruction que Mme B a chuté dans une excavation quadrangulaire, située à côté de la piste cyclable et destinée à recevoir la plantation d'un arbre, alors qu'elle effectuait un changement de direction comme cela ressort de la photographie des lieux annotée d'une flèche et produite par la requérante. A supposer que la visibilité ait été réduite en raison d'une circulation de nuit, il résulte toutefois de l'instruction que l'excavation était d'une profondeur comprise entre cinq et dix centimètres ainsi qu'il ressort des attestations de témoins, qu'elle se trouvait en continuité des autres arbres plantés le long de l'avenue et que l'espacement entre les différentes excavations aménagées étaient d'une largeur suffisante permettant de les éviter. Dans ces conditions, eu égard à sa nature et son importance, l'excavation en cause, qui ne nécessitait pas une signalisation particulière, constituait un obstacle dont l'importance n'excédait pas celle que les usagers de la voie publique pouvaient normalement rencontrer, et contre lequel ils doivent se prémunir en faisant preuve d'une vigilance d'autant plus accrue lorsqu'ils l'empruntent nuitamment. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la présence de cet ouvrage constitue un défaut d'entretien normal de la voie publique.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que les conclusions indemnitaires, dans l'instance n° 2302998, dirigées contre l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole présentées par Mme B ainsi que celles présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault tendant au remboursement des frais qu'elle a dû engager, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Montpellier, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans l'instance n° 2302158, verse à Mme B une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Montpellier et non compris dans les dépens, dans cette même instance.

10. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance n° 2302998, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 000 euros à verser à l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2302158 et 2302998 de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault dans l'instance n° 2302998 sont rejetées.

Article 3 : Mme B versera à la commune de Montpellier une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans l'instance n° 2302158.

Article 4 : Mme B versera à l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans l'instance n°2302998.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme A B, à la commune de Montpellier, à l'établissement public de coopération intercommunale Montpellier Méditerranée Métropole et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le président-rapporteur,

E. C L'assesseure la plus ancienne,

A. Bayada

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 27 juin 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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