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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302310

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302310

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302310
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationmagistrat COUEGNAT
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril 2023 et 4 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Bautès, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault du 20 mars 2023 rejetant son recours formé quant à l'indu qui lui a été notifié au titre de l'allocation de logement familiale et la décision de notification de dette du 2 décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la caisse de la décharger totalement de son trop perçu ;

3°) à titre subsidiaire, de la décharger totalement ou partiellement de sa dette, au regard de sa bonne foi et de sa situation de précarité ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault de réexaminer sa situation ;

5°) en tout état de cause, de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Hérault à payer à son avocate la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en contrepartie d'une renonciation à la perception de la contribution de l'État au titre de l'aide juridictionnelle ou à défaut de condamner la caisse à lui payer cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de notification de l'indu, qui ne comporte pas la signature de son auteur, est entachée d'un vice de forme ;

- elle ne précise pas, en méconnaissance de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, le délai imparti pour s'acquitter des sommes dues ;

- en retenant que l'enfant Lee B n'était pas à sa charge et en lui notifiant un indu au titre de l'allocation de logement familial, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, compte tenu de l'origine de l'indu, de sa bonne foi et de la précarité dont elle justifie, la caisse a fait une inexacte application de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale en refusant de lui accorder une remise de dette.

Par lettre du 19 août 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de ce que :

- les conclusions dirigées contre la décision de notification d'indu du 2 décembre 2022 sont irrecevables dès lors que la décision du 20 mars 2023, prise sur recours administratif préalable obligatoire de l'allocataire, s'est substituée à cette décision ;

- les conclusions tendant à la remise gracieuse de la dette correspondant à l'indu d'allocation de logement familiale ne sont pas recevables, faute d'être dirigées contre une décision de la caisse se prononçant sur une telle remise.

Des observations en réponse, enregistrées le 21 août 2024 et communiquées le même jour, ont été présentées pour Mme B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la décision de refus du 3 mars 2023 s'étant substituée à la décision initiale, les arguments relatifs à la régularité de l'acte ne sont pas recevables, ils sont en tout état de cause infondés ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- en l'absence de bonne foi, aucune remise de dette ne peut lui être accordée.

Par une décision du 23 juin 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Couégnat comme juge statuant seul en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, magistrate désignée,

- et les observations de Me Fontana, substituant Me Bautès, représentant Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 2 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a notifié à Mme B des indus d'allocations et de prestations familiales d'un montant total de 42 782,24 euros, incluant un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 6 310 euros au titre de la période du 1er décembre 2019 au 30 novembre 2022. Par courrier du 19 décembre 2022, Mme B a saisi la commission de recours amiable d'une demande d'annulation de l'indu d'allocation de logement familiale. Par une décision du 20 mars 2023, après avis de la commission de recours amiable du 3 mars 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a rejeté le recours de Mme B. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal, à titre principal, d'annuler les décisions de la caisse d'allocations familiales des 2 décembre 2022 et 20 mars 2023, et, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse de sa dette.

Sur l'indu d'allocation de logement familiale :

En ce qui concerne la décision de notification d'indu du 2 décembre 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ". L'article L. 821-1 du même code précisant que : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : /a) L'allocation de logement familiale. () ". Aux termes de l'article R. 825-1 de ce code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que la décision par laquelle celle-ci rejette, implicitement ou expressément, ce recours se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge. Par suite, les conclusions de la requérante doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du 20 mars 2023 rejetant son recours. En conséquence, les moyens tirés des vices de forme aux motifs de l'absence de signature par son auteur et de l'absence d'une mention prévue par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale invoquées à l'encontre de la décision du 2 décembre 2022 sont inopérants, et doivent par suite être écartés.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

4. Aux termes de l'article L. 512-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne française ou étrangère résidant en France, au sens de l'article L. 111-2-3, ayant à sa charge un ou plusieurs enfants résidant en France, bénéficie pour ces enfants des prestations familiales dans les conditions prévues par le présent livre sous réserve que ce ou ces derniers ne soient pas bénéficiaires, à titre personnel, d'une ou plusieurs prestations familiales, de l'allocation de logement sociale ou de l'aide personnalisée au logement. () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : ()4°) L'allocation de logement régie par les dispositions du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ; () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; () ". Aux termes de l'article R. 823-4 du même code : " Sont considérés comme personnes à charge, sous réserve qu'ils vivent habituellement au foyer : 1° Les enfants de moins de vingt et un ans et considérés comme à charge au sens des 1° et 2° de l'article L. 512-3 du code de la sécurité sociale et de l'article L. 823-2 du présent code ; () ".

5. Il est constant que la seconde fille de la requérante, Lee, réside hors du territoire français depuis le mois de décembre 2019. Elle ne remplit ainsi pas la condition de résidence prévue par les dispositions citées au point précédent. C'est donc à bon droit que la caisse d'allocations familiales a considéré que cette enfant ne pouvait, pour ce motif, être considérée comme à charge de l'allocataire au sens des prestations familiales. Les circonstances évoquées par Mme B quant au fait qu'elle assume financièrement la charge de son enfant, quant au handicap important de l'enfant et à l'absence de solution de prise en charge en France, sont sans incidence sur la légalité de la décision contestée, qui résulte, ainsi qu'il l'a été dit, de l'application de la réglementation.

6. Les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault du 20 mars 2023 doivent donc être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer cette somme.

Sur la demande de remise gracieuse :

7. Il n'appartient pas au juge administratif, qui ne peut se substituer à l'administration, de se prononcer lui-même sur une demande de remise gracieuse de dette. Dans ces conditions, Mme B, qui ne justifie pas avoir saisi la caisse d'allocations familiales de l'Hérault d'une demande en ce sens, n'est pas fondée à demander au juge la remise gracieuse de l'indu d'allocation de logement familiale.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1990 font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'avocate de Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault et à Me Bautès.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

La magistrate désignée,

M. Couégnat

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 12 septembre 2024

La greffière,

M. C

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