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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302542

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302542

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302542
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023, M. D C, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet de l'Hérault rejetant sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices du fait de sa carence fautive à le reloger ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune offre de logement dans le délai imparti, en dépit de la décision de la commission départementale de médiation du 6 octobre 2020 par laquelle il a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence ;

- au titre de ses troubles dans ses conditions d'existence, il est fondé à solliciter la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une décision du 21 mars 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;

- les observations de Mme A, représentant le préfet de l'Hérault.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été reconnu comme étant prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision du 6 octobre 2020 de la commission de médiation du département de l'Hérault. Par ordonnance du 31 mai 2022, il a été enjoint au préfet de l'Hérault de reloger M. C sous astreinte à compter du 1er juillet 2022. M. C a signé un bail le 4 octobre 2022 pour un logement social de 73,85 m² à Montpellier, avec un loyer mensuel de 422,25 euros et, par un courrier reçu le 5 novembre 2021, il a saisi le préfet de l'Hérault d'une demande indemnitaire préalable tendant à obtenir réparation du préjudice subi résultant du retard pris pour le reloger, qui a été implicitement rejetée.

Sur l'étendue du litige :

2. La décision née du silence gardé par le préfet de l'Hérault sur la demande indemnitaire présentée par M. C a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande de ce dernier qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision du préfet de l'Hérault doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'Etat, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. Il résulte de l'instruction que, le 11 août 2020, M. C a saisi la commission de médiation de l'Hérault d'une demande de logement social en faisant état de la suroccupation et de l'indécence de l'appartement qu'il occupait, d'une superficie de 20 m², avec son épouse et sa fille mineure. Par une décision du 6 octobre 2020, la commission de médiation a reconnu le caractère prioritaire et urgent de sa demande pour l'attribution d'un logement de type F3, compte tenu de la suroccupation de son logement, la surface habitable pour accueillir trois personnes étant de 25 m², et de la présence d'un enfant mineur au sein de son foyer.

5. Si M. C n'a effectivement pas été relogé dans le délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, le préfet de l'Hérault en défense fait valoir que M. C s'est vu proposer dès le 20 octobre 2020 un logement de type T3 que l'intéressé a toutefois refusé au motif qu'il était situé au deuxième étage d'un immeuble sans ascenseur, en faisant état des difficultés de son épouse pour monter les escaliers. Un logement de type T3, situé en rez-de-chaussée, lui a alors été proposé le 30 novembre 2020, offre à laquelle aucune réponse n'a été apportée, M. C se trouvant à l'étranger à cette période et n'ayant pas réceptionné le courrier. Une troisième proposition de logement de type T3, situé au premier étage, a été soumise au requérant qui l'a refusée le 27 avril 2021 aux motifs que le bâtiment était insalubre et n'était pas desservi par un ascenseur.

6. Il résulte de l'instruction que la première proposition soumise à M. C le 20 octobre 2020, moins d'un mois après la décision de la commission de médiation du 6 octobre 2020, portait sur un logement de type T3 et était donc conforme aux préconisations de la commission de médiation, l'intéressé n'ayant fait aucune mention de la nécessité d'obtenir un logement situé en rez-de-chaussée ou dans une résidence avec ascenseur en raison des problèmes de santé de son épouse dans la demande de logement dont il a saisi la commission le 11 août 2020, et aucune pièce n'est produite dans le cadre de la présente instance pour attester de la réduction de la mobilité pédestre de l'épouse du requérant, à la date de cette proposition, qui permettrait de démontrer que ce refus était fondé sur un motif légitime. Il résulte également de l'instruction que, moins de deux mois après avoir été reconnu prioritaire, M. C a bénéficié d'une deuxième proposition pour un appartement de type T3 situé cette fois en rez-de-chaussée et répondant ainsi non seulement aux préconisations de la commission de médiation dans sa décision du 6 octobre 2020 mais aussi parfaitement à ses attentes. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pu accepter cette proposition dans la mesure où il était à l'étranger lorsqu'elle lui a été adressée, il lui appartenait toutefois de prendre les dispositions nécessaires pour faire suivre son courrier ou donner procuration à une personne de confiance pour recevoir et retirer son courrier auprès des services postaux durant son absence de son domicile. Enfin, M. C, qui ne produit au dossier, ainsi qu'il a été dit, aucune pièce médicale relative à l'état de santé de son épouse et, par ailleurs, aucun élément quant à l'état d'insalubrité de l'immeuble où est situé le troisième logement qui lui a été proposé en avril 2021, ne justifie pas davantage d'un motif légitime pour refuser cette proposition. Il convient, au demeurant, de souligner qu'antérieurement à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de la demande de relogement de M. C par la commission de médiation, un logement social situé à Castelnau-le-Lez lui avait été proposé dans le cadre du dispositif des ménages en difficultés économiques et sociales, qu'il avait refusé le 2 octobre 2020 au motif qu'il n'était pas situé dans le secteur recherché, alors qu'il a indiqué cette commune au nombre de celles où il souhaitait résider dans le cadre du renouvellement de sa demande de logement social présentée le 11 octobre 2022. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. C, qui avait pourtant été informé des conséquences d'un refus d'une offre adaptée dans la décision de la commission de médiation du 6 octobre 2020 et invité, le cas échéant, à actualiser sa situation afin de recevoir une offre de logement la plus adaptée possible, ne peut être regardé comme justifiant avoir refusé, pour des motifs impérieux, les propositions de logements sociaux qui lui ont été soumises par l'Etat, notamment celles formulées dans le délai de six mois suivant la décision de la commission de médiation du 6 octobre 2020, étant, de par son comportement, lui-même à l'origine du retard dans son relogement intervenu le 4 octobre 2022.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de l'Etat dans le retard pris pour le reloger. Dès lors, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C étant la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, et à Me Bautes.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024

La magistrate désignée,

S. B Le greffier,

D. Lopez

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 4 juillet 2024

Le greffier,

D. Lopez0dl

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