mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2302848 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Vice-Président ENCONTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2023 et complétée le 26 mai et le 19 juin 2023, ainsi qu'un mémoire complémentaire, enregistré le 10 juin 2024, M. B C demande au tribunal d'annuler la décision implicite de la commission de médiation de l'Hérault portant rejet de sa demande de logement présentée dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
Il soutient qu'il est en attente d'un logement depuis plusieurs années et qu'il souffre d'une sévère dépression, ne lui permettant plus de demeurer dans son logement actuel.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Encontre,
- les observations de Mme A, pour le préfet de l'Hérault.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a saisi, le 19 octobre 2022, la commission de médiation du département de l'Hérault afin que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente. La commission a rejeté sa demande par une décision du 7 mars 2023 dont M. C doit être regardé, par la présente requête, comme demandant l'annulation.
2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : () : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement, à condition que, eu égard à ses caractéristiques, au montant de son loyer et à sa localisation, il puisse être regardé comme adapté à ses besoins.
4. D'une part, s'il est constant que M. C n'a reçu aucune proposition de logement dans un délai anormalement long dépassant 36 mois, la commission de médiation de l'Hérault pouvait, sans commettre d'erreur de droit, examiner la situation d'ensemble du requérant au regard notamment des conditions dans lesquelles il est logé.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation de l'Hérault a refusé de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande du requérant dans la mesure où il est locataire d'un logement social et que son souhait de s'installer à Montpellier, en raison de pressions familiales violentes dont la réalité n'est pas démontrée, ne rend pas son logement inadapté à ses besoins.
6. Il est constant que M. C est locataire à Saint-Etienne, dans le département de la Loire, d'un appartement du parc social de type T2, présentant une superficie de 53 m², qu'il occupe seul. Pour soutenir qu'il ne peut se maintenir dans ce logement en raison de son état dépressif, le requérant ne produit qu'un certificat médical, peu circonstancié, selon lequel son état de santé nécessite un changement de lieu de résidence et une attestation établie par une psychologue clinicienne faisant état, sans en indiquer les causes, d'une dégradation de son état psychologique en lien direct avec son environnement quotidien. Ces seules pièces ne sauraient toutefois, par elles-mêmes, conférer un caractère prioritaire et urgent à la demande de M. C, dont l'appartement qu'il occupe à Saint-Etienne est adapté à ses besoins, tendant à obtenir un logement social à Montpellier, le souhait d'une commune de résidence par le demandeur n'étant pas au nombre des critères prévus par les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024
La magistrate désignée,
S. Encontre Le greffier,
D. Lopez
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 juillet 2024
Le greffier,
D. Lopez lr
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