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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303057

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303057

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303057
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationmagistrat COUEGNAT
Avocat requérantVICTOR AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a examiné la contestation de M. E B, fils de l'allocataire, relative à la décision de la CAF de l’Aude du 25 avril 2023 n’accordant qu’une remise partielle de 1 095 euros sur un indu d’aide personnelle au logement de 1 460 euros. Statuant en plein contentieux, le juge a rappelé qu’il lui appartient d’apprécier lui-même le bien-fondé d’une remise gracieuse au regard des dispositions des articles L. 823-9 du code de la construction et de l’habitation et L. 553-2 du code de la sécurité sociale. La solution retenue est le rejet de la requête, au motif que le requérant ne justifie pas de la précarité de la situation de l’allocataire, condition nécessaire pour obtenir une remise totale, la bonne foi n’étant pas suffisante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2023, complétée par des pièces les 12 juin 2023, 11 mars 2024 et 27 mai 2024, M. E B conteste la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Aude du 25 avril 2023 en tant qu'elle n'a accordé à son père, A B, qu'une remise partielle de 1 095 euros sur un indu d'aide personnelle au logement de 1 460 euros.

Il soutient que :

- il conteste la réalité de la " déclaration tardive " mentionnée sur la décision dès lors qu'il faisait son maximum pour suivre les documents relatifs à son père, dès lors qu'ils lui sont transférés par l'EHPAD où il réside depuis 2021 ;

- il sollicite la remise totale dès lors que son père n'a pas suffisamment de revenus pour régler son EHPAD, auquel il participe avec son frère et qu'ils sont de bonne foi, ce dont il atteste par le règlement du solde laissé à sa charge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Aude, représentée par Me Font, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B à lui verser une somme de 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête présentée par M. E B est irrecevable pour défaut de qualité pour agir au regard des articles R. 431-4 et R. 431-5 du code de justice administrative ;

- elle l'est également dès lors que si A B est décédé au cours de l'instance, il n'est pas établi que la somme litigieuse soit inscrite au passif ou à l'actif d'une potentielle succession et qu'elle soit susceptible de concerner le requérant ;

- le solde de l'indu a été réglé, ce qui suffit à démontrer l'absence de précarité financière y faisant obstacle et a fait disparaître l'objet du litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D comme juge statuant seul en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 janvier 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Aude a notifié un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 1 460 euros à M. A B, qui a formulé, le 25 mars 2023, une demande de remise gracieuse de sa dette.

Par une décision du 25 avril 2023, la caisse d'allocations familiales a accordé à l'allocataire une remise partielle de 1 095 euros, laissant à sa charge la somme de 365 euros représentant 25 % de l'indu. Par la présente requête, enregistrée le 26 mai 2023, M. E B, fils de l'allocataire, doit être regardé comme contestant cette décision en tant qu'elle n'accorde pas une remise totale.

2. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553- 2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () Par dérogation aux dispositions précédentes, lorsqu'un indu a été constitué sur une prestation versée en tiers payant, l'organisme peut, si d'autres prestations sont versées directement à l'allocataire, recouvrer l'indu sur ces prestations selon des modalités et des conditions précisées par décret. (). Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

4. Il résulte de l'instruction que l'indu d'allocation de logement sociale mis à la charge de M. A B a pour origine une rectification des revenus sur la période de novembre 2021 à décembre 2022 par la prise en compte de sa situation maritale avant le décès de son épouse. Pour contester la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Aude a refusé d'accorder à l'allocataire une remise totale de sa dette, le requérant, fils de l'allocataire, soutient qu'il est de bonne foi et qu'il n'a pas commis de déclaration tardive. Toutefois, alors que la bonne foi de l'allocataire n'est pas remise en cause, le requérant ne justifie pas par les pièces produites que l'allocataire était dans une situation de précarité, laquelle n'est en tout état de cause pas alléguée, qui l'aurait placé dans l'impossibilité de rembourser, de manière échelonnée le cas échéant, le solde de l'indu laissé à sa charge.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non recevoir opposées par la caisse d'allocations familiales, que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la caisse d'allocations familiales de l'Aude.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

La magistrate désignée,

M. D

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion sociale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 12 septembre 2024

La greffière,

M. C

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